‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 143 sur 158 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Dorothée^ Adrian^ le Médecin.

Dorothée.

aisez-moy une fois devant que vous en , aller. Le mal me vienne si vous n'es- ' tes vaùdois, traistre, meschant ! Vous m'avez, ce croy-je, ensorcelée.

Adrian. Guy , mais la i^bbe et Targent sont les charmes.

Dorothée. M'envoyerez-vous pas donc ces accoustremens et ces chaisnes pour aller en mas> carade?

Le Médecin. Je le feray.

Dorothée. Fortunat vous atten en la maison pour cela. Et quand me reviendrez-vous veoir?

Adrian. Pleust à Dieu que les accoustx'emens refussent sitost en la maison !

Le Médecin .Tout incontinent, petite friande.

Adrian. Jamais ! jamais !

Le Médecin. Viendray-je ce soir coucher avec toy?

Dorothée. Ouv, si vous m'aimez, mon désir. Hé ! ne vous en allez si tost, mon cœur.

Le Médecin. Adieu Laisse-moy, folastre,

qu'on ne me voye avecques toy.

Dorothée. Adieu.

Le Médecin. Allons, Adrian. Je nesçay comme aujourd'huy je ne suis crevé de rire : comme estil possible que ce sot ait esté si grue? Ha ! ha ! ha !

6o Larivey,

ha! je sçay (qu'elles ont tondu le pauvre mouton jusques au yif, etd^une belle façon. Ha! ha ! ha! c'est peut-estre pour ce qu'il ne baisoit le petit enfant. Se peut-il faire qu'un homme soit si aveuglé!

Adrian. Je prie Dieu que nous ne soyons en . la mesme barque ; il vous en pend autant au nez. Le Médecin. Tu en veux conter; j'ose bien dire qu'elle n'use point de feintise envers moy. Adrian. Je le veux bien.

Le Médecin. Elle meurt après moy, te dis-je; Je ne me puis desfendre d'elle. Pense-tu que je ne oognoisse bien quand les caresses procèdent du profond du cœur? M'auroit-elle descouvert un tel secret, montre le piège tendu k aulruy? Un enfant supposé? Elle m'ayme comme son frère, elle me chérit comme son vray amy, mais avec quelle seureté, quelle confiance ! Je l'aimeray de tout mon cœur tant que ces mains tasteront les pouls et que ces yeux regarderont les urines.

Adrian. Les caresses que je voy que l'oii vous fait seroient fortes assez pour me le faire croire, si le payement n'y estoit adjousté

Le Médecin. Guy , payement, tu l'as trouvé. Ains il me la faut prier une heure si je veux qu'elle prenne quelque chose de moy. On ne sçauroit trouver en tout le monde une plus honteuse fille qu'elle.

Adrian. Honteuse? ha! a-elle esté honteuse d'escorcher jusques aux os ce sot capitaine?

Le Médecin. Qu'importe cela? elle meTavoit dit auparavant.

Adrian. Elle en dira autant de vous à un autre.

Les Trohpbries, Comédie. Gi

Le Médecin. Ains elle ne youloit point de la robbe en façon quelconque.

Adrian. Toutes fois elle Ta prinse, et dix escus au bout , et puis les chaisnes que luj voulez envoyer.

Le Médecin. Elle ne Ta prinse pour autre cause sinon crainte de me faire courrousser, et, quant au reste, elle me Ta demandé pour aller en mascarade, tant elle s'asseure demoy! Et, pour le regard de ces escus , je ne pou vois moins , par ce qu elle est grassette , douillette , ronde comme un œuf, de façon qu'elle ne se peut prendre à ceste robbe, qui a servy à ma femme , laquelle est plus maigre et seiche que les os d'un trespassé , et à ceste cause la luy falloit eslargir ; autrement, elle ne luy eust de nen profité.

Adrian. Je vous dy. Monsieur, que la vieille est meschante , la fille rusée , et Tune et l'autre malicieuse. Ne vous fiez point en elles. Ha ! ceste vieille a mille mauvais signes ou marques. Pour, le premier, elle est remplie de proverbes et bror cards. Oyez ce que dit le texte :

La vieille qui est brocardeuse Cache soubs un paisible front Une guerre aspre et furieuse , Et jusque aux os la laine tond.

Et de sa barbe, qu'en dites-vous ?

Si tu rencontres par la rue Une femme qui est barbue, Passe outre et lui crache en la veue , Ou à beaux cailloux la salue.

Ces signes vous semblent-ils pas mortels? Prenez cet autre. Sçavez-vous comme on doit croire à un

6*ji Larivbt.

bossu? Gomme à un trompeur. Dieu vous garde des bossus ! Escoutez :

Le bossu poingt comme une ortie; Sa foy ne garde et trompe ; enfin On ne peut entrer au moulin Que la robbe ne soit blanchie.

Le seigneur Agreste, que cognoissez, ayoit tonsjours en la bouche mille bons proverbes, que tous les jours je cognois estre véritables. En yoicj Fan ;

Cil qui d*un bossu 8*accompagne Fût un semblable et pareil gain Uue fait la mouche avec Tyraigne , Ou qui pour argent prend Testain.

Le Medbcin. N'en doute point. Croy-tu que je sois si hors de moy que je ne sente au nez û on me veut bien ou non, à moi? Ha! je jure Dieu qu'elle est perdue en mon amour ; elle court après moy, elle me pince, elle me mort, elle me veut manger tout vif. Quand je dy que je m en veux aller, elle se desespère, se jette contre terre, bref fait rage.

ÂDRIAN. C'est ce qui me fait soupçonner.

Caresser outre le devoir.

Bien payer afin d'en r'avoir, Monstrer à tous un bon vissage , Gaigne des hommes le courage.

Le Médecin. C'est à propos.

Adrian. Ouy, à propos. Oyez cet autre:

La courtisanne qui t'embrasse, Et qui ses bras au col te lasse , T'ayme bien peu et feint beaucoup, Et enfin te perd tout à coup.

Les Tromperies, Comédie. 63

Le Médecin. Laissons cela, et va faire provision de quelque chose de bon pour le soupper^ afin qu'allions nousresjouir avecq' elles; vivons, puisqu'il plaist à Dieu.

Adrian. Baillez donc !

Le Médecin. Vien çà. Entrons et dy que nous Tenons de visiter un malade, enten-tu?

Adrian. C'est assez.

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