ACTE IV
SGËNE L Bracquet'^ le Capitaine.
Bragquet.
' a diable soit le deffj ! Yoas voulez tous ^ perdre avec cet effronté Angevin , qui [jamais ne vient au point ! il y a deux
[ heures que devrions avoir disné.
Le Capitaine. Queveux-lu? Si ceux qui ont quelque dispute à desmesler viennent pour me demanaer mon advis et conseil, les renvoyeray-je ? C'est grand malheur que d'avoir trop d'entendement . Cependant on nous atten : une heure leur dure mille ans. As-tu prins garde comme elle s'est attiffée, comme elle s'est fait belle quand elle m'a veu? Soudain elles me viendront embrasser, combien qu'elles ne me reviennent guères ny que j'en face conte. Voilà pourquoy je me fais taut attendre.
Bragquet. Vous ne les aymez point? Pleost à Dieu que le pape m'aymast autant!
Le Capitaine. La mine que j'en fais, c'est de peur de les désespérer, cognoissant combien la fille m'ayme.
Bragquet. Si vous ne Taymez, pourquoy luy donnez-vous ainsi en gros ?
Le Capitaine. L'obligation que je luy ay à cause de cet enfant me lie et contraint à luy vouloir bien , afin de n'estre veu ingrat.
Les Tromperies, Comédie. 67
Bragquet. Estes-Yoas bien asseuré que cet enfant estvostre?
Le Capitaine. Comment , si j'en suis asseuré ! N'as- tu pas y eu comme il me ressemble ? Et puis, penserois-tu que je voulusse endurer qu'homme •vivant m'ostast ce qui m'appartient? Malheur à qui le voudroit entreprendre ! 11 est mien , j'en suis asseuré. Il ne faut que les putains se gabbent de moy ; et puis ne vois-tu pas de quelle affection elle m'ayme ? Voilà pourquoy je luy fais des démonstrations extravagantes ; autrement , qu'ay-je affaire d'elle ? Crois-tu que, si je me fusse voulu ab- . baisser soubs l'obéissance des femmes , je ne trouvasse des roynes, des princesses, qui seroient ayses que je les regardasse d'un œil amoureux ? Il ne s'en peut trouver un pareil à moy.
Bragquet. Quoy ! qu'un pareil à vous ne se peut trouver au monde : Pourquoy me le dites^ vous? on le sait bien, car, quand je vas après vous, il n'y a fenmie qui ne me demande qui vous estes, où vous demeurez. Je ne vous ai pas tousjours dit combien vous estes désirée II n'y a pas longtemps que, comme vous passiez par une rue où 11 y avoit force belles et gracieuses dames assemblées en un monceau, sitost qu'eustes passé outre, elles coururent après moy, et, me tirant par le manteau, tne demandoient qui vous estiez.
Le Capitaine. Comment te disoient-elles?
Bragquet. Mon amy, qui est ce paladin?
puis vous regardoient par une grande merveille. Mais une de la compagnie, par ma fo^ la plus belle, se print à dire : 0 le bel homme ! ô comme il me plaint ! Regardez quelle belle contenance, quelle disposition de corps ! Mon Dieu ! que celle-
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U est heareose qui peut coacher arec lay 1 Le Capitaine. Ha! ha! ha! elle disoit cela? Qui sont-elles?
Bracquet. J*oubiîois le meilleur : elles m'ont promis des collets de chemises et de heaux mouchoirs, et que je vous meine aujourd'huj passer Sar là. Je croy quelles attendent desjà au milieu e la rue.
Le Capitaine. Ouy, vrayement c'est pour elles ! Elles m'y peuvent bien attendre tout à loisir. 0! que c'est une grande misère que d'estime beau outre mesure ! On ne le penseroit pas. Tu as tousjours un yarlet ou une chambrière k ta queue qui te prie que tu te laisses veoir, tantost de bouche, tantost par faveurs, tantost par lettres, et tantost elles-mesmes passent et repassent mille fois par devant ta porte pour te veoir. Mon Dieu ! quel rompement de teste c'est de les escouter et de leur respondre! Par la croix que tu vois en ceste espée, j'ose dire qu'en telle nuict j'ay eu quatre assignations en diverses maisons riches et magnijQques où rien ne me manquoit.C'estoit pitié que de mon fait: je ne dormois point toute nuict, mais je la partissois , et , une expédiée , je m'en allois a l'autre. Enfin ceste practique m'a fasché, si que
i*e me suis mis à suivre les armes, à ruiner murailes, defiendre boullevards, saccager pays, mettre à rançon les paysans trouvez au labourage, emmener vaches , brebis et pourceaux. Mais ne peirdons point temps. . . La porte est fermée, frappe vistement ; fay ouvrir.
Bracquet. Tic, toc, holà! qui est leans? Le Capitaine. J'avois en ce temps-là mille faveurs : mes coffres estoient plains de chemises,
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de coiffes , de mouchoirs et* d^autres jolivetez qu'elles me doDuoient.
Br ACQUET. Que diable font ces feimnes ? je croy qu'elles n'ouvriront jà.
Le Capitaine. Siferont ; frappe uneautre fois.
Br ACQUET. Tic, tac, toc.
Le Capitaine. Holà! foUastre! Mais voy comme asseurement elle se mocque de moy ! Ce n'est qu^amitié. Ouvre, friande !
Bracquet. Ces mocqueries ne me plaisent point avant disner. Si j'estois vous, je me courroucerois. Holà! tic, toc.
Le Capitaine. Tu es un lourdaut : ces jeux sont proprement la salade, ou la saulse 4^amour. Tu n entends le mestier.
Bracquet. Je me contenterois d'un disner positif,* sansceste salade. Je voy bien que l'hoste nous veut hebierger.
Le Capitaine. Que diable est cecy? Holà! m'amour,' ne me tenez plus icy en aboy ; ouvrez.
Bracquet. Voire, voire, vous l'ay-je pas bien dit?
Le Capitaine. Si vous me mettez en colère, ie jetteray la porte par terre, je vous accoustreray le visage à la mosavque, si menu que ressemblerez à une mappemonde. Frappe deux coups tant que tu pourras.
Bracquet. Tic, tac... Prenons party, mon maistre, et allons disner en l'hostellerie, car l'heure de gouster est desjà passée.
Le Capitaine. M'en aller!... Jenesçayqui me tient que je ne rompe les dents à ces maraudes ! Je voudrois veoir qui m'en oseroit empescher î 0 eiel ! approche, mettons l'huys en dedans.
71 Larivet.
court SOS, soustien le premier effort ; tu les chasseras adonc comme le faucon chasse les pigeons.
Bracquet. Et si, à la première rencontre, ils me tuent? 11 n^est rien meilleur que jouer au plus seur et s'enfuyr. Vive la poltronnerie !
Le Capitaine. Fuyr? Dieu m'en gard! Plus tost perdre mille vies que de reculler d^un pas. Voicj la première fois. 11 me semble, quand je me trouve aux mains, que je suis en un banquet, que je suis aux nopces. .
Bracquet. Hé! cela n'est un banquet solem^ nel :! il n'y a rien de bon pour vous.
Le Capitaine. 0 comme tu dis bien ! Je coffnois maintenant que tu Tentends. Un mon sem- Elable ne devroit jamais venir aux mains sinon pour escarteller cent hommes , abbattre et froisser cornettes et enseignes, et mettre mille soldats en routte.
Bracquet. Mais qu'eussiez-vous fait de la chair d'un tel porc? Elle vous eust faiit mal au cœur.
Le Capitaine. Tu dis vray. Allons chercher le capitaine Tailbras, le capitaine Brisecuisse, Brafort, Cachemaille, Pinçargent, Grippetout et mes autres amis; puis retournons faire bravade à ces poltronnes.
Bracquet. Alkttis, mas disnons premièrement.
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SCËNE III.
Constant^ Fortunat, Valentm,
Constant.
[s-tu là, Valentin? Il n*est plus possible 'que je puisse supporter 1 insolence et [trahison de ces meschantes. Comme puisr je espérer que me serve mon contract, si nonobstant iceluj la vieille carongne reçoit despresens d^un autre?
FoRTUNAT. Hé ! revenez, de grâce, seigneur Constant ; ma jeune maistresse vous en prie, par l'amitié que jamais luy avez portée, que ne sovez jaloux et que n'ayez aucun soupçon sur ceïuy qui est envoyé par un vieillard pourry, glaireux et puant. Et quoy ! voudrîez-vous estre jaloux de luy? J'ay ouy dire au notaire que ce jourdTiuy est franc et n'est comprins au contract , et que là où les feriez convenir aux consuls , que vous ne gaieneriez pas.
VALENTIN. Par mon ame! le notaire Tentend; ce convenir, ces consuls, sont ceux qui vous donneront le tort. Vous ne tiendrez pas vostre courage, non ; je le vous ay dit autres fois, trop effroyable est la mémoire et souvenance de ces convenuz et consuls :
Comme retourne le thoreau Devers sa génisse amoureuse, Au foyer la vieille frilleuse Et le cerf au frais du ruisseau , Gomme au jeu courent les pipeurs.
74 Làriyet.
A la danse la pastourelle , Le tendre enfant à la mamelle Et les mousches à miel aux fleurs , Ainsi Tamant accoustumé Aux faveurs et à la caresse De son amoureuse maistresse Retourne en son sein bien-aymé.
Constant. Soit aymé, soit ce que Ton youdra, tant y a qae rayaricede la mère est forte assez poar ' me raire convertir ceste amitié en hayne. Trop grande est la despense, et trop lourdes et insupportables sont les injures de ces malheureuses, nées à la malice et à la trahison, et qui n*ont point defoj. Qu'elles jouyssent de leurs capitaines, de leurs favoris, qu'elles crèvent de presens, si auront-elles quelque jour affaire du pauvre Constant, ou^.
FORTUNAT. Je sçay que voulez faire mourir de deuil la pauvrette, et vous la plaindrez après. Hé ! seigneur Constant , la malice de la mère ne doit prejudicier à la bonté de la fille, qui ne peut vivre sans vous. Pensez que cVst elle qui vous a trouvé cet argent.
Valentin. g la belle occasion de faire la paix.
Suis que sommes recherchez de Tennemy ! Ëntenez-y, mon maistre, entendez.
Constant. Paix ! qui me veut estre amy ne m'en parle point. Oste-toy d'icy, poltron, et ne te présente jamais devant moy.
FoRTUNAT. Hé! Monsieur, que vous ay-jefait? je ne vous ay jamais offencé. Attendez un peu.
Constant. Oste-toy de mes costez, mouche canine ! Vous ne valiez tous rien. Allons en la maison, Valentin.
Valentin. Allons, puisque le youlez; mais
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TOUS pourriez espargner ceste peine, car -vous IX* j serez sitost entré que voudrez retourner. Constant. Retourner! tu verras.