SCÈNE II
Gotard, portant un paquet, Richard.
GOTARD.
ioycy Ricbard; je l'enten bien à son f marcher.
Richard. Qui va là? 0! Gotard!
GoTARD. Parle bas. Gomme avezvous faict vos affaires?
Richard. Quoy, touchant Renée? Je ^ vas quérir mes compagnons. Laisse faire , tu verras SI nous la sçaurons Dravement enlever comme un corps sainct.
Gotard. Je te prie que cela se £ace: nous vous avons laissé ceste charge , parce qu'avons aultres escuelles à laver, joint que m'avez promis mettre l'affaire à exécution.
Richard. Hé Gotard ! tu sçais bien qu'entre nous serviteurs ne sommes negligens ny paresseux , quand il faut faire à bon escient. Je t'avise que cecy sera cause de me faire hausser les flânez de plus de demy pied , et tant boyre que je m'enyvreray pour huict jours. Mais, dy-moy, est-ce là cet accoustrement que tu disois devoir servir pour introduire Vincent chez le cabpitaine?
Gotard. Oy;, que t'en semble?
Les JaiouX) Comédie. 69
Richard. Il me semble que c'est la despouille d'an chcyallier du roy Ragot. Qu'as-tu fait de ton malstre, qui n'est avec toy? Mais que signi^ fient ces hardeset antres besongnes que tu portes? Où yas-tu maintenant?
GOTARD. 0 mon amy, je suis marry que je n'ay le loisir te conter tout le tu autem, depuis le commancement jusques à la fin : car, par ma foy, je te ferois crever de rire, si tu n'estois plus mélancolique que la mesme mélancolie.
Richard. Garde pour une autre fois ce que tu ne pourras dire à ceste heure , et responds à ce que je te demande.
GoTARD. Nous emmenons TÂngeyine , ayons vuydé sa maison de tout le plus beau et meilleur.
Richard. Ha ! ha ! ha ! Dy, je te prie, dy moy comment.
Gotard. Je te diray. Arrivez que fusmes en la maison , le capitaine nous mena en une chambre basse, nous disant : Ce sera icy vostre giste Sour ceste nui et ; et, nous ayant laissé une chanelle allumée, s'en alla. Après, chacun estant couché et endormy, mon maistre, oyant que tout estoit paisible, sortit tout bellement de la chambre, et s'en alla à celle de Magdeleine, où, après avoir firappé cojitre la porte deux petitz coups avec la pointe du doigt, mj fut ouvert.
Richard. Sçavoit-elle bien sa venue?
Gotard. Tu le peux penser. Et moy, d'autre costé, à qui le soing que j'avois de mon maistrc avoit chassé le sommeil de mes yeux ...
Richard. Quel soin de ton maistre? mais dy la pœur que tu avois de toy-mesme.
Sb - ■ ■ I.ARIVEY.
GoTAKD. Je le- yeux bien, lais9e-*inoy Sjre. Ayant mis le pied sar le sneil, et Toreille gaucHe contre la fente de lliuys, ainsi j^èsconte coymexrt si j!oirois point ouvrir quelque porte, et quelcun venir en noslre chambre. Et voicy que j^enten les ainans se rire, jouer et folastrer ensemble : à raison de q-noy (craignant qu'ils ne fussent oyz\ je couru les en advertir, quand TÂngevine me met : Il n'y a point de danger : ils sont tous endormis, car je les ay bien faict boire à soupper.
RieHÀRD. Je discour en moymesme à quoy doibt réussir ceste pratique.
GOTARD. Tu l'entendras. Si vous pensez (luy dis-je) qu'il n'y ay t point de danger, pourquoy ne vous levez- vous tout doulcement, et, avec vos bagues et joyaux, ne vous en allez-vous en lieu où, en despit du capitaine, vous vous puissiez donner du bon temps ensemble.
Richard. C'estoit bien àdvisé.
. GOTARD. Je pensois hier au soir à cela (respondit- elle). Ainsi, me commanda me tenir prest, . et, tirant de ses coffres ses meubles plus précieux , mesmes le plus beau et meilleur qu'eust son frère, et le tout enveloppant en deux fardeaux, les de-* party à moy et a sa servante, comme tii pourras reoir, si tu arreste encor un petit icy.
Richard. Par mon ame, vous ne pouviez faire un plus beau traict ni plus subtil que cestuy-cy. Ha î ha ! ha ! je me resjouy en moy-mesme, cousideraiit coinme cetoyson ctiemeurera plumé , lequel peisott, avec sa piaffe ; ses gardes et ses menasses, faire que l'Angevine fist plus de conte de luy que de sou propre profit et plaisir ; mesme voulait encore empeschèr que ton vnmliç l'allast veoir.
Les Jaloux, Comédie. et
€k)TÀRD. Ma foy, il le mérite. Toufesfois, nous lie rayons faict en intention de luy rien reteairv mais afin que, ne trouvant rien en la maison, il aille chercner ailleurs pasture, ou, s'il yeut de-«' meurer, il se tienne bienheureux quand on luy rendra le sien , sans se soucier d'autre chose.
Richard. Où avez-yous délibéré porter tout cela et mener ces femmes ?
GoTARD.Ghez Anthoine, que tu cognois, et qui nous ayme tant qu'à son desceu nous pou- YOns hardiment user envers luy de ceste privauté.:
RiGBARD. Vrayement , c'est un bon compai-» gjDon.
GoTARD. Les voicy qui viennent. Va-t'en, • Richard, passe chemin ; adieu.
Richard^ A dieu, jusques au revoir.