‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 17 sur 158 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Uagdelaine^ Vincent^ Gotard,

Magdelaine.

I oyez, ô mon bien, de qui vous devez: I faire plus d'estime, ou d'une flUe qu'à. , peine cognoissez-vous de veue, ou de moy, qui, ne me souciant ny de trans-v porter mes biens, ny de laissa: le reste en aban* don, ny de mon frère unique, ni de beaucoup d'autres choses, me suis en ceste façon donnée enproyiB à vous. Voyez, ô mon hien, de qui vous de-, vez faire plus d^estime, d'une fille qu'à grand peine cognoissiez-vous seulement de veuë, ou de^ moy, qm m'oblie moy-mesme, et me pers potjr. l'amour de voiis.

62 Larivey.

Vincent. Helas ! cueur de mon coq)s, et vie de ma vie, je cognois que vous m^aymez conmie, voire plus que vous-mesme, qui me confirine tousjours en la foy que je vous ay jurée, de. ne vous abandonner jamais.

Magdelaine. Doneques (ômon ame!) delivrez-moy de ce soupçon, et me baisez pour arres de ceste tant douce promesse.

Vpncent. Que pensez-vous faire (o mon cher tbresor)? baisez-moy tant qu'il vous plaira : car

Sour chacun de vos baisers, je vous en veux reare quatre des miens.

GoTARD. Hé ! vertu de moy, cachez-vous. Que diable! vous n'avez point de honte d'estre veus de tant de personnes qui vous regardent ! Vous ne vous souciez de rien. Vous avez passé sur le pont de Goumay.

Magdelaine. Oheur de ma félicité ! pourquoy ne puis-je ainsi tousjours vous baiser et embrasser comme ores je vous baise de bien bon cueur , comme ores je vous estrains entre mes bras, et me soulier une wis en ma vie de vous baiser, toucher et caresser ? car quand le ciel me menasseroit lors de ruine, je ne craindrois aucun mal.

GoTARD. 0 Dieu ! avec quel art et industrie ces larronnesses putains sçavent vuider la bourse d'argent et l'esprit de raison!

Vincent. Que les riches possèdent leurs richesses, les rois leurs royaumes; que les avaricieux se tuent d'amasser et amonceler des thresors , et les guen'iers triompher de leur victoire : car, quant à moy, je ne suis pour leur porter envie , tant que je seray avec vous.

GoTARD. A la vérité, quand je le vous auray

Les Jaloux, Comédie. 63

dict deux ou trois fois et faict plus que mon devoir, je seray contraint laisser couler l'eau à yal. Que diable ne marchez-vous ?

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