‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 18 sur 158 · SCÈNE IIII · texte numérisé non relu

SCÈNE IIII

Jherosme^ Vincent^ emmenant Magdelaine avecques sa servante; Gotard,

Jherosme.

► e ne sçay où je pourray trouver mon ffils.

Vincent. Helas! Gotard, voicy mo»

F père.

Gotard. A vostre dam, je le disois bien.

Jherosme. Qui sont ceux-là?

Vincent, Je suis perdu.

Gotard. Que diable nous ameine maintenant ce vieillard !

Vincent. Mon Dieu! je ne sçay quelle excuse je trôuveray.

Gotard. J'y pense, laissez faire.

Jherosme. Cfeux-cy ont à leur suitte des personnes chargées ; où pourroient-ils bien aller à ceste heure?

Vincent. Que ferons-nous? devons-nous retourner d'où nous venons?

Gotard. Non, cai^ il nous a veus. Passez outre et faignez consoler ceste-cy. Cependant je Tentretiendray de balivemeries. Qui évite un mal en peut fuyr mille.

Jherosme. Il me eemble que Vincent est Fun de ceux-là.

64 Lârivet.

GoTÀRD. AU feu ! au feu ! ô quel malheur est cestay-cy!

Jherosme. Voilà la voix de XxOtard.

Vincent. Ne vous desconfortez, tout se portera, bien.

Jherosme. Et bien! hé! Vincent, est-il temps de retourner en la maison ?

Go'TARD. 0 Monsieur, vous voicy? Voyez , voyez un. peu la fumée, comme elle sort à gros bouillons du feste de ceste maison.

Jherosme. QùWtu à me tirer ainsi p^^la manche? Que veux-tu que je voye? \

GOTARD. La fumée ! Voyez à travers ces deux cheminées de bricque; regardez , là , là, droit à mon doigt. Oh! si vous eussiez esté icy tout a ceste heure, vous eussiez veu les flammes qui touchoient jusques au ciel. Quant à moy, je vous dy que de ma vie je ne vy chose plus esponventable. La voilà ! la voilà encores une autre fois. 0! quelle fumée ! Jésus! qu'elle estespaisse ! L'avez-vous pas veue ?

Jherosme. Non, je ne Tay pas veue ; en as-tuveu? Pour me trop amuser aux folies de ceste beste , je ne sçay plus qu'est devenu Vincent : voyez SI je ne suis pas bien lourdaut!

GOTARD . Laissez-le aller, il sçait bien le chemin . ' Jherosme. Penses-tu que je le croye autre-, ment? Mais voicy le point, je luy voulois dire je ne sçay quoy, puis sçavoir qui est celle qui va quant et luy.

. GOTARD. Quoy, vous ne l'avez pascogneue? Jherosme. Je ne l'ay pas cogneue, voirement. GoTARD. A bon escient , vous ne l'avez pas cogneue?

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Jhebosme. Comme reussé-je peu cognoistre, veu cra'elle se bouschoit le yisage avec son mouchoir?

GoTARD. La pauvrette ! elle pleuroit sa fortune, et de son mari. C'est madame Claudine, vostre mepce.

Juerosme. Quoy! ceste-là est Claudine, ma mepce !

GOTARD. Par vosti'e foy, qui pensiez -vous donc qu'elle fust?

Jhebosme. Ceste^j m'a semblé un peu plus grande qu'elle.

GOTAl^D. Je suis tout émerveillé que n'avez parlé à elle; vrayement, j'attendois que luy demanr oassiez pourquoy elle pleuroit, et que la deussiez consoler, parce que Vincent ne sçait si bien faire cet office que vous.

Jherosme. Que veux-tu d'avantage? Je ne Tay cogneue, et eusse pensé , à là veoir aller de nmct, que c'eust esté toute autre femme qu'elle ; ear je sçay que ce ja'est sa coustume d'aller ainsi. Comme Vincent s'est-il trouvé avec elle ? Où vont-ils à ceste heure avec ces hardes ?

GoTARD. Il me fasçhe beaucoup de vous dire si mauvaises nouvelles ; mais patience. Il est advenu que ses servantes, par ne sçay quel malencontre, ont mis le feu en la maison. Voyez le nudheurî

Jherosme. Comment diable ! le feu est donc en la maison de mon neveu?

GOTABD. Oy.

Jherosme. 0 ! meschantes , vilaines , yvrognesses, folles et insensées !

GoTARD. A ceste cause, madame Claudine,

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ayant amassé ce qa^elle a peu, et qui s^est présenté devant ses mains , en ayoit chargé une de ses seryantes et se sauYoit avec elles, quand de fortune elle a rencontré mon maistre qui venoit de souper de la ville.

JHEROSiiE. Il fera tousjours des siennes. Il est heure revenir de soupper !

GoTARD. Adonc, elle Ta prié Faccompa^er

i'usques chez son frère, parce qu'il luy sembloitne uy estre bien séant aller ainsi seule, sans compagnie de quelque sien parent. Que diantre sçay-je pourquoy elle n'a voulu demeurer chez ses voisins!

JfiEROSME. EUe est sage et bien advisée, et doibt avoir faict cela pour bonne occasion. Mais voyez si ce malheur manquoit à cet homme de bien ! Ces poltronnes de chambrières, et vousaurtrès serviteurs de maudite génération, ne prenez jamais garde à ee que vous taictes. Qu'est devenu mon neveu ?

GoTARD. Si vous le voyiez , il est plus mort que vif.

Jheroshe. Il ne peut estre autrement, le feu estant en sa maison.

GoTARD. Il s'efforce getter par les fenestres buffets, licts, tables, coffres, et tout ce qu'il çenlt, tandis que les voisins sont empeschez a esteindre le feu. I

Jherosme. Tu eusses esté bien rompu, asne de bastonnades, de demeurer derrière pour l'ayder en ceste nécessité , et laisser porter à un autre ce que tu tiens. Je te sçay dire que tun'aymes que besongne faicte. A-il beaucoup perdu?

GOTARD. Les voisins ont esté si diligens^ qu'il

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n'y a eu tant de mal (Dieu mercy !) que Ton craignoït.

Jherosme. Tant mieux. Mais, dy-moy, qui t'a ainsi vesttt?

GoTARD. Sot que je suis ! Pour ayder autruy, je me suis mis moy-mesme au piège. Que dictes-

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