‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 23 sur 158 · SCÈNE IL Fieraàras^ Marquée^ son laquais · texte numérisé non relu

SCÈNE IL Fieraàras^ Marquée^ son laquais

FlERABRAS.

jaintenant que la tempérance a modéré

ma colère, la raison et la prudence fe-

I ront office en moy. Te semble-il pas

i que ceste injure mérite une horrible et

sanglante vengeance ?

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< Marquet. Que diable ! il le ifaut escourter et

lay coupper les coiiilles rasibus.

FiERABRAS. Premièrement, si je veux bien

considérer toute chose, ma sœur a esté yiolée et . rayie de ma maison.

: Marquet. Oy, sa rose matinale luy a esté j cueillie.

I FiERABRAS. Et avec elle m'ont encores des-

Irobbé partie de mon bien. Marquet. Il en prend ainsi k qui se fie trop aux putains, j FiERABRAS. L'injure est faicte k un grand

I cappitaine.

Marquet. Des ruffiens, veut-il dire.

^ FiERABRAS. A un gentll-bomme très gentil.

Marquet. Très gentil et très payen.

FiERABRAS. Que vcux-tu dire par ce mot : f très payen?!

Marquet. Je dy que vous payez très bien. I FiERABRAS. Ç'atousjours este macoustume.

Marquet. Oy, d'attendre que les sergens vous exécutent.

FiERABtlAS. Outre que je suis de grand parenté.

Marquet. Comme un fils de putain, qui a des parens par tout.

FiERABRAS. Qui faict que pour tant bons respects, je suis résolu baigner mes mains en leur sans. Mais je ne sçay de quelle peine les punir. Marquet. De la turquesque.

FiERABRAS. Ils ne seroient les premiers; je veux faire une chose beaucoup plus notable et signalée.

Marquet. Quoy?

7^ Larivet.

FiERABRAS. J'en veux faire une telle anatomye, qu'un chirurgien n*en sçauroit faire une pareille.

Marqubt. Ne dictes pas cela, je vous prie. * FiERABRAS. Pourquoy?

Marquet. Parce que tous ne les tenez pas encores. Ne sçayez-vous que dict le proyerbe : Ne contez jamais quatre que vous ne les teniez au sac?

FiERABRAS. Que me conseilles-tu donc que je face?

Marquet. Je ne suis homme pour vous donner conseil. '

FiERABRAS. Je le sçay bien, mais dj-moy ton advis.

Marquet. Il faut qu'employez vos amis, et faire en sorte qu'au moins vous puissiez recouvrer voz bardes.

FiERABRAS. Marquet, quand je seray colonel, je veux que tu sois un de mes premiers cappitainés en chef. Tu est fort sçavant homme.

Marquet. Taisez-vous, j'oy quelqu'un sortir de chez Alfonse.

SGËNE m.

Alfonse^ Jherasme.

Alfonse.

insi, puis qu'il vous pkist prendre ceste peine pour moy, vous irez trouver le seigneur Nicaise , et luy ferez entendre l'arrivée de mon pèrCf et ce qpSk rons

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a dict ; ensemblje ma bonne intention. Après, vous nous ferez sçayoir sa volonté.

Jhërosme. Aussi ferai-je : ne tous souciez; j^espère que tout se portera bien.

SGËNE un.

Fierahras^ Marquet, FlERABRÂS.

; arcpiet , yien çà : va trouver le cappi- I taine des gardes françoises , et luy dy , que certains éventez , outre-cuydez et ^ téméraires , sont venuz cbez moy, ont emmené ma sœur et voilé ma maison. Et pource que Je n'ay accoustumé employer, pour vanger le tort qu^on m^a faict , autres que les armes et la force de ce bras , je le prie de m'envoyer vingtcinq ou trente arcners.

IMarquEt. Que voulez-vous faire de tant d'aiw chers, si vostre bras peut seul exécuter ceste vengeance?

FlERABRAS. Tu ne dis pas que qui besongne par aultruy dict que c'est lay-raesme qui Ta taict.

Marquet. $eroit*ce pas assez de trois ou quatre?

FlERABRAS.. Non, parce que je les veux faire hacher menu comme cnaii* de pasté.

Marquet. Estre si cruel !

FlERABRAS. Ayant discouru en moy la qua- Eté de l'injure qu'ilz mont faicte , je trouve que num honneur ne peut autrement estre reparé. >

do Laritet.

Marquet. Ha ! ha , ha !

FiERABRAS. Tu ris en affaire de si grande oonseqoence ?

Marquet. Je ry, mais cen*est pas de cela.

FiERABRAS. De quo^ donc?

Marquet. Je me suis souvenu de voz valeureuses entreprinses.

FiERABRAS. 0 ho! j'en ay faict sans nombre. De quelles ?

Marquet. Quand, à Blois, vous coupastes les cheveux à une femme.

FiERABRAS. Ainsi faut-il chastier ces vilaines, pourries de verolle , qui ne respectent non plus tes hommes que les J3estes.

Marquet. Et quand, sur le pont Sainct-Michel, vous donnastes le desmenty au crocheteur qui vous avoit appelle filz de putain, maquereau et tailleur de cuir.

FiERABRAS. Ma générosité empescha que je ne mis la main à Tespée, car, à dire vray, cestescy ne sont armes à souiller au sang des faquins. ^ Marquet. Mais que veut dire que ne fistes rien k ce jeune homme qui, ce mesme jour, vous jetta au nulieu de la fange?

FiERABRAS. Pource que j'estois empeschéà me nettoyer de ceste ordure, car je ne voulois estrc mocqué d'une mienne amye, qui me regardoitpar une lenestre ; de manière que je n'euz loisir de m'en ressentir. Mais, s'il eust attendu un quart d'heure...

Marquet. Que luy enssiez-vous faict?

FiERABRAS. Quoy? je luy eusse baillé sur la joue, ou faict fuyr devant moy, comme j'ay ai>coustumé faire à ses semblables.

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Marquet. Or, Monsieur, je pense que fereâf merveilles : cW pooripioy , affin d*eQ avoir le plaisir, je vas quérir des soldats.

Fierabras. Je f en prie.

Marquet. Je m'asseure qu^ils yous feront rendre ce qui vous appartient.

Fierabras. Ils me feront plaisir ; mais je ne veux point qu^on me parle de paix , si premièrement, par accord exprès , je ne baille à chacun de ces voleurs quatre coups de dague. Enten-tu ?

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