‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 36 sur 158 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Lactance^ Gillette, servante d'Anastase.

Lactance.

ais que va cherchant Gillette ainsi seule ?

I Elle est fort troublée, je me doute qu'il

y a de la diablerie : c'est pourquoy je

î me veux approcher, pour entendre ce

qu'elle dict de nouveau.

Gillette. Je veux (et deussé-je faire je ne sçay quoy) chercher tant, que je trouveray le seigneur Lactance, pour luy aire que, s'il ne se diligente de faire ce qu'il a promis, que Susanne sera pour un autre.

Les Esgolliers, Comédie. 127

Lactange. 0 Dieu! secourez-moy! que serace icy ?

Gillette. Il est advis à ces jeunes kommes que c'est assez de promettre. Il y a quelque temps que je eommençay à Iny dire quil se resolust de donauder au sire Anastase,' mon maistre, Su«sanne, sa fille, à femme ; mais il tire tousjours le cal arrière et faict tant le long que c'est merveilles. Elle est maintenant seule au logis, et, si elle sçavoit qu'on parlast de la marier, elle se desespereroit, parce que la pauvrette pense que cestuycy Fayme de tout son cœur. Et Dieu sçait ce qui en est, et comme le tout en va ! Eh ! qu'est-ce de ces jeunes folastres ? Je vous sçay dire que les filles qui s'amourachent d'eux, au moins la plus part, demeurent tousjours trompées.

Lactance. Tuteplains à tort de moy, Gillette, et à tort m'as en ccste oppinion.

Gillette. Hoo, Monsieur! qui vous sçavoit là! Hé! d'où venez-vous?

Lactance. J'estimois que tu fusses toute asseurée de mes bonnes vôlontez , et que je ne desire et ne pense autre chose sinon comme je pourray faire pour contenter ma Susane et moy. Toutesfois, à ce que je voy, tu en doutes. Gillette! Gillette ! il n'y a personne plus empeschée que qui tient la queue de la pœsle. Ce sont besongnes trop malaisées et qui ne se jettent pas en un moulle : car il faut que je pense à beaucoup de. choses, si ta le veuxsçavoir. Mais, dy-moy, comme sçais-tu que son père la veut marier ?

Gillette. J^ ' '

pas une heure chercher un certain Gontran, qui

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pour son fils. Et Dieu yeullé quHl paisse retourner sans rien faire !

Lagtance. Que te semble-il que je doive faire? •

Gillette. Je serois d'adyis^ si vous estes homme de courage, que le monstrassiez maintenant , et qu'à ceste nreure qu'il n*y a personne qu'elle au logis , vous Tallassiez veôir et missiez bravement Tafiaire à exécution, afin que, si son père k son retour Favoit promise à un antre, cest autre ne Tayl toute entière et n'y vienne à tard; A quoy pensezp-vous ?

Lactance. Je pense de manpr l'araire en sorte qu'il succedde sans inconvénient.

Gillette. Et quelle' difficulté y trouvezvous?

Lactance. Aucune. Je suis résolu me tenir 4

ton conseil. * ?

Gillette. Oy, mais ce sera aux conditions,

comme je vous ay autresfois dict , que l'espou-

serez.

Lactance. Helas! penses-tu autrement? as-ta si peu de foy en moy que je ne sois pour faire tout ce qui peut réussir au bien et contentement d'elle et de moy ? Mais je voudroie bien que tu m'attendisses un petit' icv, par ce que, devant que d'aller là, il fant que j'alle dire un mot à un mien amy pour chose d'importance. Toutesfois, regarde si tu veux aller devant, je seray aussi tost que toy.

Gillette. Je m'en vas donc. Bricquel je me

suis obliée. Escoutez, Monsieur : entrez par ceste

"•elle et venez droict à l'huis de derrière ; je seray

fenestre , et si tost que je vous apercevray,

Lbjb Escoii.iEH9, Comédie, «ay

je descendrair incontioeiit pour ouvrir et xonê mettre entre les Iras de yostre grande amyç, afin de flaire, etc.

Lagtance. Hé ! n ayez honte de le dire, c'est toatun.

Gillette. Je tous prie, au moins , que quel-*que fois tous tous soayeues du plaisir que jt TOUS fais.

Lactauce. Pren courage, cair si mes desseins reussbsent à bien , tu anras telle part en ma mai* son qu'auras occasion t'en contenter.

Gillette. Je le croj ainsi. Ne demeurez donc goàres, je tous prie.

Lagtance. âs^^u considéré comme aprisje pourray sortir sans estre veu par ceux du logis?

Gillette. Il faudra que, quand je tous feray signe, TOUS tous cachiez en la garde-robbe ; après, quand les Tiellards se seront mis au lict, tous tous couchiez aTec Susanne et y demeuriez jusques au lendemain matin, une heure deTant jour, puis retourniez TOUS mettre où tous estiez aupav raTant, et atteocbez là jusque à ce que je trouTe la commodité de tous faite sortir.

Lactance. Penses*tu qu'en la garde-robbe il y art lieu où je me puisse oacheir?

Gillette. J'ay mis ordre à tout. Venez seules ment et me laissez faire* ie sçay bien où tous mettre finrt commodément.

Lactance. C'est assez, je Tas après toy.

GfLLETTE. Un jour me dure lydle ans, tant il me tarde Teoir ces jeunes amoureux cueillir en-* semble le fruipt de leurs amours. Mais que le seigneur Lactance ne pense pas joyr de la pucelle que premièrement, et en ma présence, il ne luy

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proméltc Pespouser , et ne hii eh baille quelqae gaige; Que sçày-je si , ayant soullé d'elle sa volonté, il est point homme pour luj baiUer da pied Ïârle cul? Il nV pas affaire k des nyaises, non. ^r, attendant qu'il vienne , je veux aDer porter ces: bonnes nouvelles à la fille , l'advertir de ce ou^^lle doit &ire et hiy dire aussi qu'elle délibère uiire ceste nuict un mignard et plaisant onvrafge en: cuir doré , où il faudra à bon escient emibesongner Tesguille et le dez ; autrement , qu'elle n'aura faict chose qUi vaille josques icy.

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