SCÈNE I
Nicolas, Luquain^ Hippolite,
Nicolas.
► 'ay cherché partout le Palais, j'ay tra- I versé toute la rue SaÎAct-Jacqaes , j Vy ^ tracassé tout le mont Sainct-Hilaire ; >brcf , J'ay esté chez tous les libraires de Tuniversité, et toutèsfois je n'ay jamais peu trouver le seigneur Hippolite. Vray Dieu ! ou ponrroit-il bien estre maintenant? Si ceste occasion se pert, il ne sera jamais en nostre puissance cd pouvoir recouvrer une semblable.
LuQUAiN. Monsieur, il me semble que j'enten parler nostre hoste, approchons-nous.
Nicolas. Jen'auray patience que je ne l'aye trouvé, et deussé-je. . .
HippoLiTB. Appelles-le, car il s'en va.
Les Escoi^iiiEBS/GoMBDiE. i3i
' LoQCAiN. Maistre picolas ! Ho ! maistre Nicolas!
HippoLiTE. Cour aprez \uj.
. LuQUAiN. Le diable le puisse emporter ! . HippOLiTE. Je crain qu'il ne nous ayt aper* ceos et ne s*enfiiye, pource, par avanture, qu'il n'est messager de lionnes nouvelles. Mais le voic^ ^i revient.
Nicolas. Mon Dieu ! que j'estois en peine de TOtt^ trouver !
LUQUAIN. C'est bien rencontré, par ce que vous en preniez bien le chemin.
Nicolas. Je vous aj tant cherché, que j'en suis ^i las que je ne me puis soustenir.
HiPPOLiTE. Qu'y a-il de nouveau ?
Nicolas. Je ne vous eusse sçeu trouver mieux à propos.
HlPPOLiTE. Dictes -moy vistement quelque chose de bon, et qui me resjouisse. Luquain, va aa logis; je veux demeurer seul icy avecques luy. . Luquain» Dieu vous en sache gré ! ô que vous me Caictes grand plaisir !
Nicolas. Je pense avoir trouvé le moyen de vous introduire en la maison de madame Lucresse; fit si vous estes encor en la volonté qu'autresfois vons m'avez dicte , et dont par mille signes vous faictesAtoute heure demonstrance, soyez content, pour un petit de temps, despouiller ces beaux habits, et vous vestir moins honorablement et plus ' à la lourde.
HiPPOLiTE. Je me despouilleray de la vie s'il en est besoin.
Nicolas. Non, il n^est pas (question de si grands despens. Je veux que la gardiez à autre intention,
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si, comme j*espère, je peux faire ce que je pense*
HiPPOLiTE. Je n'enten point encor chose qni m^àcrée. ,
Nicolas. Allons au logis, et quand je tous aurajr yestudes accoustremens que j y aj naguires portez...
HiPPOLiTE. Quek accoustremens?
Nicolas. Je vous meneray avecques moy J6 sçay bien où.
HippolitÎï. Mais (mon Dieu !) quVvous envye de faire ?
Nicolas. Laissez-vous gonyémer, si vous Toulez.
HippoLiTE. Cecy ne me contente; je le veux sçaToir.
Nicolas. Je le vous diray en deux motz.
HiPPOLiTE. Commencez donc.
Nicolas. Le médecin, mary de vostre Lttcresse. . .
HIPPOLITE. Pleust à Dieu qn^elle fust mienne !
Nicolas. M'a donné charge aller aujourd'huy accoustrer ses, vins. Or, j'ày pensé vous desguyser en tonnelier, et vous mener avecques moy en la cave, où je vous cacheray. Après, quand verrez qu'il sera temps assaiUir ceste forteresse, vous ferez ce qu*amonr vous conseillera. Pour le moins, je vous advise n'oublier à luy conter voz ennuys, vos misères, voz soupirs et voz larmes ; et si voyez que ces armes ne soient suffisantes, vous ferez qne ^ les menasses vous servent d'artillerie , si que par la vertu d'icelles vous puissiez acquerii* une honorable victoire.
HippoLiTE. Qu'est-il besoin de menasses?
Nicolas. Si de fortune elle estoit obstinée et
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FOnloit crier, Toas la ferez taire si aoe fois tous iay dictes que publierez par toute la ville aue c^est eUe qui vous a envoyé quérir. Quelquetois la crainte a plus 3e force que 1 amour.
HippOLiTE. La pouvant avoir aultrement, je ne veux lï&er de ces armes.
Nicolas. Aussi n'en sera-il besoin.
HipPOLiTE. Dieu le vueille!
Nicolas. Et si elle obeyt à voz volontez, prenez assignation pour v retourner une autrefois.
HiPPOLiTE. Vous udctes la chose trop asseurée.
Nicolas. De quoy doutez-vous ? Si elle est sage<, comme je Testime, elle se resouldra prendre du bon temps tandis que la fortune Iny en présente la commodité. Elle est femme et jeune, qtu a un mary qui n'est pas de grande exécution. Vous estes aussi jeune et Taymez beaucoup... ^ tays assez de choses qu'il n'est jà besoin ae dird icy. De mode que ce sera un grand hazard si elle sort du naturel des femmes ; la fortune vous se^^oit trop ennemye.
niPPOLiTE. La fortune aide aux courageux.
Nicolas. Je sçay que vous estes hardy.
HiPPOLiTE. Or sus, il se faut hazarder.
Nicolas. Et pource que les sages pensent k toutes choses, je vous conseille porter sur vous quelque corde pour vous en ayder quand il en sera temps.
HiPPOLiTE. Encores que la chose soit périlleuse et difficille, je suis résolu. Mais si le médecin retoumoit en ces entrefaictes?
Nicolas. 11 n'a accoustumé venir de si bonne heure, et principalement aujourd'huy qu'il a beaucoup de malades ; et, quant il reviendroit, vous
attendriez à sortir jusques à demain , après qùtl s'en seroit allé k sa pratique.
HiPPOLiTE. Or sus, entrons , que je m'habille a ta mode; puis nous sortirons par ITiuys de derrière , d'autant qu'il passe trop de personnes par icy, et je ne voudrois estre veu en ce vestement.
Nicolas. Entrez en diligence, qu'Anastase, qui viept deçà, ne vous voye.