SCÈNE V
NicoUia , Luquain.
Nicolas.
ref , en toutes choses il faut ayoir cou-> ) rage , et jamais ne s^estonuer qu^on ne * Yoye sa teste à ses pieds. J'en cognois aucuns qui brouillent le monde en mille façons , et quand ils sont arrivez au comble de leur mistre , ne s'en retirent seulement , mais retour^ nent en meilleur estât que jamais. Et, s'il advient
âu'à quelque temps de là ils retombent , soudain s se relèvent et deviennent plus gaillards qu^au Saravant. Si , quand Hippolite me donna congé e ma chambre, j'eusse perdu le cœur, je fusse aujourd'buj le plus misérable homme de la terre ^ où j'espère estre le plus heureux. Or, maintenant que mon Hippolite est logé ^ et que peut-estre il baille une médecine à la médecine... que sçay-je ! je veux , comme il m'a dict , que Luquain vienne icy, s'il en estoit besoin , le secourir. Quant à moy, je feray la sentinelle en ceste place. Toutesfois, SI je rencontrois ce que je ne cherche, j'escrimeray bravement de l'espée à deux pieds pouj^ mieux me sauver : car je ne sçaurois m'ayder d'autres armes. Ho ! Luquain ! Luanain ? Je croy qu'il n'est pas au logis. Luquain \ he Luquain ! na ! le Toicy*
Luquain. G ! maistre Nicolas, d'où venez-vous? Nicolas. De faire une bonne œuvre pour ton maistre, ains nostre maistre.
Les EsgolIiIers, Comédie. i4i
LuQUAiN. Tant mieux pour vous, s'il est ainsi* Ouest-Jl?
Nicolas. Tu ne le devinerois pas en mille ans; ^ Chez le médecin.
LuQUAiif . Vous parlez si bas que je ne vous puis entendre.
Nicolas. Ayec madame Locresse, en la cham* bre do mededn.
LCQUAm. Comment diable ! chez ma dame Liicresse^
• Nicolas. Oy, chez ma dame Lucresse, oy ! snys-je bègue?
LUQUAIN. Chez madame Lucresse?
Nicolas. Oy, de par... tu me feras jurer.
LCQUAIN. Du consentement d'elle?
Nicolas. Du consentement dé Caillette ! Allons ao logis, et là je te conteray lliistoire : car, de parler icy en la rue, il n'y a point de seureté. Ce^ pendant je t'adverty et commande, de la part de Ion maistre , que d'autant que tu desires sa bonne grâce , tu ne t esloiene aujourd'hui de la maison, affin que, si de fortune tu entendois quelque bruict chez le médecin , tu ailles au secours du sîèar Hippolite.
LOQU AIN . La chose n'est doncpas trop asseuréé ?
Nicolas. Tris asseuréé, si ; n y a aucun danger. Toutesfois il est bon faire ainsi, et pour catlse.
LuQUAiN. Il sera obey . Mais je crains que ceste menée n'engendre quelque je ne sçay quoy.
Nicolas. Vertu... sans jurer, se peult-il faire que tu sois tant opiniastre ?
LuQUAiN. Allons , allons donc ; je yeux ce que TOUS youlez.
Nicolas. Tu as esté plus d'un mois àmeprçs^
1^2 Larivbt.-
cher, me priant qa^en cecy j*aidasse à ton maîstSte ; et, maintenant qu'il est où ta 1& demandois , ti: te semble quW t'ayt £ûct tort.
LuQOAlN. Saufvostre grâce. Mais si c'eustesté inoy, j'eusse voulu jouer plus seurement.
Nicolas. Tu ne sçais encores comme le tout «a Ta, et toutesfois tu yeux parler^ Fay ce que je te dis. Et si Eugène retourne de bonne heure au logis, metspeiné deFentretenir, qu'il ne sorte, affifi qu'en cas de nécessité il nous puisse aussi ayder. * . LuQUAiN . Or je n'enten rien en cecy, et ci'ain bien fort que mon maistrc ne se soit mis en un labirinthe d'où il ne puisse à son aise retrouver l'entrée.
.Nicolas. Je m'esmerveille de toy. Allons en la maison , et je te diray tout.
LuQUAiN. Se peut-il faire que devant que d'entrer en ce danger il ne m'en ayt parlé ? . Nicolas. Il n'a pas eu loisir.
' LUQUAiN . Allez tousjours devant, je seray aussi tost que vous. Le monde peult-il faire que les •hommes perdent ainsi l'entendement en ceste foUie d'amour, et que , pour un bref plaisir plein de mille ennuys , ils bazardent leurs vies, leurs biens et leur honneur? 0 pauvres pères! helas! que vous jestes deceuz en vos opinions ! car vous pensez , quand vous envoyez vos enfans aux universitez pour estudier, qu'un jour ils doivent estre l'honneur, la réputation et la gloire de vostre maison ; •et, le plus souvent, ils sont la honte de vostre race et la perte d'eux-mesmes , quand , oublians leur devoir, ils s'adonnent trop a leurs voluptez. Je ne dis pas que quelqu'un ne profite , mais je dys que aune centaine il n'en vient un à bien.
Les Esgolliers, Comédie, t^i
Le père de mon maîstre n'a que ce seul fils , qnll peéseestretout àddonnéaux lettres, et tous Toyez en quel péril il se mect ! Si j'ay quelquesfois dict à Nicolas qu'il Taydast en ses amours, mon intenti<m estoit qu'il le mist en la bonne grâce de la femme du médecin , et non qu'il le menast quasi par force en la maison d'iceluy , comme if me semble qu'il a faict. Or je le Tay trouver pour apprendre de lui comme le tout en ya.