SCÈNE I
Ânasiase^ Lisette^ Hubert.
Anastase,
\ i je ne me trompe, j'ay conté cinq heui'es [ à l'orloge qui a tantost sonné ; Je mode ) qu'il est entre cinq et six bien ayant , et * toutesfois ma femme n'est eiicores de retour. Le temps me dure mille ans, tant il me tarde que je la voye pour lui dire ces bonnes nouvelles, et affin aussi qu'elle mette ordre que tout soit bien net et propre en la maison. Mais la yoicy, la bonne mère de famille , qui , pour prendre ses
Ï>lai6irs , tant que la journée dure , ne se soucie aisser une fille preste à marier seule et sans compagnie. Qu'est-ce à dire, cela? Et bien ! Lisette , TOUS ferez tousjours des vostres î Est-il temps djB revenir quand on ne void quasi plus goutte?
Lisette. Oy, je fais des mienues. Ce seroit un grand miracle si on vous voyoit un quart
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d^eure sans crier. Et qnoy ! est-il si tard î il n'j
a pas un qaait d^heure cpie yespres sont dictes*
Encores fimoit-il oyr complies et dire mon ckap<*
pelet.
Anastàse. Je vous prie, ne querellons point en la rue, et faictes seulement que tout soit net en la maison.
Lisette. Qu'y a-il k nettoyer?
ÂNASTÂSE. Tout ce oui y est,, et mettre pots^ plats, escuelles et toute cnose en place.
Lisette. Pourquoy cela?
AifASTASE. Pource que J*ay accordé Susanne.
Lisette. Vous ayez accordé Susanne !
Anastàse. Oy, je Tay accordée. M'entendez^ TOUS k ceste heure?
Lisette. Avecq' qui?
Anastàse. Arec le fils de Contran, qui de-« main la viendra fiancer.
Lisette. Et vous ayez... à peine que jenedy«
Anastàse. Pourquoy?
Lisette. Pourquoy ? pour rien.
Anastàse. Pour nen, yoyrement. En este$yous marrie ?
Lisette. Je pense qu'il est beau et bon jeune homme.
Anastàse. Vous le deyez ainsi croire.
Lisette. Mais deyiez-yous faire si peu de comte de moy que faire cela sans m'en adyertir?
Anastàse. Voyez lliumeur de ceste femme ! Et que yous importe-il, pouryeu que la fille soit bien?
Lisette. De rien , sinon que ne me tenez pour yostre femme, ains comme une simple et malotrue chambrière. Que mauldit soit le jour et le
Les Esgolliers, Cohedie. i45
Sojnt que jamais je mis le pied céans pour yei^ir emçurer avec VDus ! .
ÂivASTASE. Toutes vos larmes ne me feront pleurer. Je sçay bien que femme se plaint, femme se deult, et femme rit, quand eUe veut. Vous n'estes ignorante qull y a plus d'un mois qu'on a premièrement parlé de ce maiiage; toutesfois, aae depuis, et je ne sçay poui^quoy, tout demeura la :. dont je ne me suis beaucoup soucyé, me proposant attendre la fortune, pour ne faire trop paroistre quelle estoit mon affection. Mais ayant depuis veu, et mesme aujourd'huy, que vous n'aymez que vos plaisirs, et ne vous souciez laisser une fille seule en la maison, sans songer a ce qui en pôurroit advenir, je suis allé trouver Contran, avec lequel j'ay, en deux mots, arresté ce mariage.
LISETTE. C'est bien faict, j'en suis bien ayse. Mais ce n'cst^pas tout : vous semble-il qu'elle soit en ordre convenable, et parée comme il appartient à une fiancée et nostre fille ?
ÂxvASTASE. Que luy faut-il? N'a-elle pas sa robbe néufve que je luy fis faire il y aura tantost sept ans !»
Lisette. 0 ! Dieu soit loué ! je ne la voulois pas mieux. •
Anastase. Je croy que vous voudriez que je fisse comme beaucoup de ceste ville, lesquels, tant pauvres soient-ils, spit qu'ils se marient ou marient leurs filles, sœurs ou parentes, leur baillent plus de nouveaux babits, menus fatras et agios, que si elles estoient comtesses. Et puis au bout de 1 an, pour le plus tard, il les faut revendre jjom* payer les dettes ou acheter dequoy viyre ; ou bien,