‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 43 sur 158 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Luquain^ Sjrltfesire,Yiei\ïaTd; Gillette, Anastase.

LUQUÂIN,

on maistre, m'ayant faictdire que je ne image d^icy, sera obey, eucores que je a*eB dusse aucunement tenir conte, ny m'en soucier, non plus que beaucoup d'autres serviteurs font aujourdliuy^ de leurs maistres, puisqu'il s'est plus fié en Nicolas qu'en moy, qui ay esté nourry avecques luy et l'ajrme plus qu'autre qui vive. D'autre part, je ne puis oroire (quand jy pense) qu'il ayt iaict cela smon poorce qu'il ne pouvoit faire autrement. Il n'y a naft keg tenms qu'Ëugine est de retour. Je suis mm ayse qa^ sVst emem^ en son estude. Quant à Lactance, je ne sçay ou il est, mais il n'a pas accoostnmé de revenir que la nuict ne le chasse. Je me doute qu'il y a quelque ordure en sa flûte. Mais voilà un vieitiard merveilleusement joyeux. 11 va droict à la porte du sire Anastase. Je veux veoir qu'il veut dire par ce haussement de mains et autres singeries qu il faict.

SiLVESTRE. 0 ! combien grande est la bonté et miséricorde de Dieu, qui n'abandonne jamais ceux qui espèrent en luv ! et si quelque fois il envoyé des adversitez, il le faict pour nous admon-

i48 Larivey.

nester, nous resyeiller, et nous ramenteyoir que nostre demeure n'est icj éternelle. À raison 4e quoy, nous ne deyons non plus mettre nostre aftection es choses terriennes qu'un pèlerin aux lieux par où il passe , jaçoit qu il les yoye beaux, plaisans et délectables. A ceste cause, nous deyons ayoir nostre fiance en luy seul, et non en autre. Qui eust jamais pensé qu'au temps que JY ayois moins d'espérance, je deusse retrouyer....

LuQUAiN. Je gaige que ce yiellard aura trouyé un trésor, ou quelque bourse. S'il estoit plus tard!

SiLyESTRE. Et je le puis ainsi dire, parce que je le tenois plustost pour perdu qu'adiré. 0 ! mon cher et très doux ! nu, huu !

LuQUAiN. Encor ne le puis-je entendre, car il m'est adyis que qui trouye quelque chose qui luy plaist en rit ordinairement, et cestuy-cy en ' pleure.

SiLyESTRE. Il me tarde que je conte à Ânastase ces bonnes nouyelles, qui ne luy touchent moins qu'à moy . Et ce qui me console a'ayantage, c'est que la fortune m'a esté tant amye que Susanne n'est encore mariée à autre, et que ce qui dès long temps est commancé s'acheyera, ayec l'ayde de Dieu.

LuQUAiN. Que yeut dire cestuy-cy de Susanne?

SiLyESTRE. Or, yoicy la maison d'Anastase ; j'y yas hurter. Tic, tac.

Gillette. Qui est U!

SiLyESTRE. C'est moy. Dictes au seigneur Auastase....

LuQUAin . U dict yray, c'est luy.

Les EsGOiiLiERS, Comédie. 149

SiLYESTRE. Qu^un sîen âmy désire luj dire quelque chose où il prendra plaisir.

Gillette. Il est empesché, vous ne sçauriez pour ceste heure parler a luy.

SiLYESTRE. Dictes-luy, je vous prie, qu'il Tienne jusques icy ; il n'en sera marry.

Gillette. Ayez donc patience, je le yas appéller. Que diable demande ce grifibn !

Siltestre. J'attendrayicy.

LuQUAiN. Je veux sçavoir qu'il y a de nouveau : il me semble que c'est Silvestre.

Anastase. Qui me demande?

Silvestre. Vostreamy Silvestre.

Ai9ASTASE. Vous soyez le bien venu.Voy, que voas estes resjouy ! Et bien, que dictes-vous?

LuQUAiN. J'en entendray quelque chose, si je puis.

Silvestre. Je vous veux faire part de mon allégresse et bonheur.

Anastase. Quelle allégresse? quel bonheur? Tous ne dites mot.

LuQUAiN. Je pense qu'il crèvera en ses panneaux.

SiLVESTEE. Je ne puis quasi ravoir mon halaine. Mon....

Anastase. Vostrequoy?

Silvestre. Mon fils, vostre gendre, que nous avons si long temps pleuré pour mort, vient d'arriver.

Anastase. Comment, arriver?

Silvestre. Oy, vient d'arriver , et a la meilleure volonté du monde que ce que nous avons fraicté ensemble en son aosence sortisse l'efiect que desirions lors.

i5o Laritey.

LuQUAiN; 0 Lactance, oà es-ta, qui pensob ceste-là devoir estre tienne ! . ,

GitLETTE. Il a plus grande part en die quliomme qui vive. -^

SiLVESTRE. Que songez-vous?

Anastase. Je suis fort ayse que vostre £is soit de retour^ tant pour Famour de vous que pource que je Tayme comme mon propre enfant;mais quant au mariage, je n^ voy point de moyen.

SiLVESTRE. Jésus ! Et pourqnoy?

Anastase. Pource qu'il y a si longtemps qu'on disoit qu'il estoit mort que c'est merveilles, et vous-mesmes m'en avez acertené plus dé ce&t^ fois ; à raison de quoy, me semblant estre temps de marier ma fille, je l'ay aujourd'huy promise k Contran pour son fils.

SiLVESTRE. Aujoiudliuy seulement? En aveïvous passé le contract?

Anastase. Non; mais, je luy ay promise de parolles.

SiLVESTRE. C'est tout un : s'il n'y a que cela, ce n'est pas grand cas.

Anastase. Ma parolle m'oblige autant que tous les contracts du monde.

SiLVESTRE. Il est vray;mais, en ce cas, où vous estes premièrement obligé par escrit, vos parolles ne vous en peuvent dispenser, si vous ay^ mez vostre honneur et avez àom de vostre réputation. Contez a Contran comme le tout en va, et je m'asseure que le trouverez tant raisonnable, qu il ne voudra que ce que je veux.

Anastase. Je croy qu'estes tout asseuré que j'y feray ce qu'il me sera possible; toutesfois , je

LbS ESGOLLÏE.R&, COVFUIS» i5t

fêoae <qae vous y estes yenu à tard. Mais, dictesmoy, comme yostre £ds est-il r^schappé?

SiLysSTRE. Je le yous diray tout à loisir; faictes seulement que nous puissions parler à. Contran : c^est un homme de bien , qui est fort raisonnable. Je yous prie prendre ceste peine pour rameur de moy, qui ne seray moins joyeux de ceste aliance que d ayoir retrouyé mon fils.

LuQUAlN. Je me contente d'en ayoir sceu jnsques icy« Je yas yeoir si Lactance est de retour, pour Fadyertir de toute ceste menée*

Anastasb. Que je suis marrj que je n'ay attendu encor aujourdliuy ! Mais yoyez un p^eUi quel mallieur I

. SiLyESTjRB. Il est encor assez k temps. Bon soir et4)onne nuict. Je me yas retirer, car il est tard.

AnASTASE. Attendez., je yous feray accompagner.

SiLyESTRE. IL n'en est besoin^ grand mercy. Adieu.

Anastase. Adieu, jusques au reyoir. Gillette! hé! Gillette! yien ça.

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