SCÈNE III
AnoBtase^ Gillette, .
Anastase.
E ne sçay si je songe ou si je veille, mais je sçay bien que je n'oy jamais H|^ parler de cas plus estrarige que cestuy- |©cy, qu'une fille eust deux mariz tout a ! Gillette, yiendras-tu?
la fois
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Gillette. Vous estes bien abusé : die icn a bien trois. Bon prou Juy fkce.
Anastase. Qui eust jamais pensé qu^aujourdliuy proprement cestuy-cy deust retourner, ou,
Sour mieux dire, deust resusciter? 11 ne pouToit, epuis le jour de sa prinse, arriver en saison plus fascheuse pour moy que maintenant , par ce que, s^il fust venu plustost^ ma fille estoit sienne, car il n'y avoit encor rien d'afreste avec Contran. Si aussi il ne fust arrivé que d'icy à cinq pu. atx jours, il n'y eust plus eu d'espérance, d'aultant qu'il l'eust trouvée mariée. Gillette! te despescneras-tu, dy, maraulde?
Gillette. Me voicy ! me voyez-vous pas?
Anastase. Hoo ! tu ne disois mot.
Gillette. Je vous voulois laisser dire , puis qu'avez commencé le premier.
Anastase. Tant y a qu'il failloit que cela advint.
Gillette. Vous ne sçavez pas tout.
Anastase. Que dis-tu, bavarde? Tu ferois mieux de te taire.
Gillette. Je dy qu'il eust esté meilleur...
Anastase. Quoy, meilleur?
Gillette. Que cestuy-cy fust retourné pi ustost ou plus tard.
Anastase. Qui, cestuy-cy?
Gillette. Faictes vostre conte que je ne suis^ pas sourde; je vous ay bien oy.
Anastase. Regardez! comme elle estoit coyè sur le pas de l'huis, pour escouter.
Gillette. Or sus, que voulez-vous?
Anastase. Que tu ailes quérir mon manteau ; despesche.
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Gli.ii£TTE. J'y vas.
ÂNASTASE. 11 Deseroit mauvais que, touchant «et affaire, j'allasse prendre advis de quelque ad- ,Tocat homme de bien. A qui m'adresseray-je? C'est tout un. Que j'aille où je voudray, il n'en y a pas un de qui l'oraele veulle respondre à mon intention que je ne face luyre le soleil en la main Je m en vas à M. Serrant, encor qu'il soit de mesme farine que les autres , affiu de ne m'esioigner trop de ma maison.
• Gillette. Tenez, voilà vostre manteau. ' AiVASTASE. Je suis maiTy que tu n'as apporté ma robbe fourrée.
Gillette. Vous ne me l'avez pas dict.
ÂNASTASE. Il est vray. Or sus, retourne en la Biaison, et regarde que le soupper soit prest à mon retour. Il me tarde que je m aile reposer.
Gillette. Il tarde encor plus mille fois à Susanne et à Lactance de se reposer entre deux draps , parce qu'icelle ayant toute la journée , et avec bien grande peine, gousté de la doulceur de ce monde, elle ne pense jamais voir l'heure que...
ÂNASTASE. Voyez ! il me sembloit bien que j'avois oublié je ne sçay quoy.... Gillette!
Gillette. Que vous plaist-il?
ÂNASTASE. Gardes-toy bien de babiller au logis ce que tu m'as oy dire à Silvestre , enten-tu?
Gillette. Bien, Sire, bien.
ÂNASTASE. Si les femmes sont naturellement causeuses, ceste-cy l'est par dessus les autres.
Gillette. Par mon enda, je voudrois qu'il fust desjà de retour, et bien couché et endormy, affin que Susanne peust retirer le seigneur Lactance du coffre où elle l'a caché , pour faire avec
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luy la culbute sur les poix verdz: Je n'oy jamais dire qu'une fille se levant au matin sans mary en eust trois devant que la nuict fust venue, u est. vray ^u'il y en a assez qui en ont plus de demye douzaine ; mais c'est d'une aultre façon que ma maistresse, laquelle, pour chose que luy ayt dict sa mère quand elle Ta advertie de la venue de cet amoureux à qui son père la veult aujourd'huy marier, ne s'en estemeue en façon quelconque;, ains muette , sachant à quoy elle se doibt tenir, se monstre plus joyeuse et délibérée* Quant à moy, n'y voyant autre remède , je délibère demain au matin Tadvertir de toutes ces brouilleries ; et, si je ne me trcmipe, je n'ay pa» peur que tout ne se porte bien, parce que jesçay que Lactance ne manquera jamais de sa promesse. Moa Dieu ! j'enten ma dame qui m'appelle. Que je suis, mal'heureuse ! Si elle sçavoit que je fusse maintenant icy, ce seroit pitié ; elle enrageroit. Dieu soit loué qiie j'ay desjà mes excases toutes prestes !. Qu'elle me aise ce qu'elle voudra, je ne la crain plus.
SGÊl^E IIII.
Lubin, Marion.
LuBiif.
e ne sçay si je recognoistray bien la porte. Non, je ne la sçaurois remarquer. Si est-ce que , si j'ay bonne mémoire , c'est ceste cy. Non est, c'est l'autre. Ains
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c'est dle-mesme. Par ma foj, c'e$t mon. Tic, toc.> Que diable! on n^ dictmot. Tic, tpc. Je gage qa*il n'y aura personne.
MARfon. QuiestU?
LuBiN. Diea soit loué ! ils ne sont pas tous mortz. G*est moy.
Marion. Qui , TOUS?
LuBiN. OuTrez, que je vous voye. Ceux-là ne «ont trop asseurez, à ce que je Toy : car, si j'ay longuement burté, ils me font encor plus longue-^ ment attendre.
if ARION. Que dictes-'YOus?
LuBlif . Monsieur des Roseaux , en la maison doqael est monsieur de céans, est fort malade ; à raison dequoy je tous viens dire que n'attendiez vostpe maistre asoupper, nypeut-estre àcoucherv parce qn il ne yeult abandonner le malade qu'il n'y Toye quelque changements
M ARiON. Je le diray à madame.
LuBiN. NVfaillezpas.
Marion. Ildevoit, au moins, r'envoyer sonlaquais!
LuBiN. Je luy diray, si tous le trouvez bon.
Marion. Je vous en prie. Il me semble qu'il n y a personne céans, puis qn'il n'y a point d'hommes.
LuBiN. Vous dictes vray. Bon soir;
Marion. Bon soir et bonne nui et.
LuBiN. Ceste-cy est amoureuse du laquais, vertu.... sans jurer!
Marion. Je m'esbahy comme monsieur veut coucher hors de sa maison, il faut bien qu'il y ait de la nécessite ! Voilà, si ne mepuis-je persuader qu'il ne revienne avant le jour, car il n'est pas
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encér tard. Que' diantre y a-il là? Escoutez comme' elle crie. J'y yas.