‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 45 sur 158 · SCENE y · texte numérisé non relu

SCENE y

Luquain, Marion,

LUQUÂIN.

olà ! quelqu'un !

Marion. Que ras- tu cherchant à I ceste heure, bonne pièce?

LuQUAiif . Yous-mesmes, mon petk tendron.

Marion. Il te sied fort bien te mocquei de moy. Adieu.

LuQUAiN. Vous estes farouche. Escoutez.

Marion. Non feray, il est trop tard.

LuQUAiN. Escoutez si TOUS Youlez, je vous prie.

Marion. Que yeux -tu, folastre ? Or sus , tien donc tes mains en repos, mauyaistié !

LuQUAiN. Entrons entre ces deux ^rtes. Je vous yeux dire je sçay bien quoy, aussi bien estes-yous seule.

Marion. J'ayme mieux estre seple que mal accompagnée.

LuQUAiN. Il yous pourroit adyenir pis.

Marion. Tu ferois mieux t'en aller, que tu ne sois tancé par ton maistre.

LuQUAiN. C'est tout un ; faictes seulement ce que je yous dy.

Marion. Adieu, adieu, je n'a}r pas loisir. .

LuQUAiN. Le diable yous puisse emporter! Voyez la carogne I elle fait la rencherie , et elle

Le$ EscaLLiERs, Comédie. 167 Bieait qu'elle n'est fourbie. Je te secouerois bi^ un petit entre l'huis et la muraille. Ho, voiçy nostre voisin ; ^e veut-il dire? Il vaut mieux que je m'en aille faire un tour jusques au logis, puisque je n'enten poinct de bruict.

SGËNE y.

Anastase^ Huèert,

Anastâse.

I es advocats ne sont jamais résolus dès le I commencement; ils veuUent tousjours î avoir delaypour penser à ce qu'on leur I demande. Gecy n'est pas une matière tant douteuse , qu'il soit besoin d'une si longue considération : car, comme il me semble, l'alliance que j'ay faicte aujourd'hui ne peut autrement estre effectuée, puisque cet autre est retourné ; joint aussi qu'entre Contran et moy il n'y a que des simples paroles. Or, je ny veux plus penser jusques à demain matin. Qui aura le tort prenne en patience. Je sçay bien qu'en un mesme temps ma fille ne peut estre femme de deux maris. Je m'en vay sonpper et nuis dormir, car je suis si las, que je ne me puis plus soustenir sur les pieds. Aussi i^^ay-je pas eu repos en toute la journée d'un bon

3uart d'heure , et puis je n'ay plus mes jambes u temps passé. Enten-je pas ouvrir la porte ? Oy, c'est Hubert. Hubert, où vas-tu?

Hubert. Je venois vous ouvrir l'huis, pour ce que , dès l'estable, je vous ay entendu parler à vous-mesmes.

ANASTASE. Tu ne t'en dois esmerveiller : car,

i58 Lauivet.

cmnme oh discourt à part spy avec la £antasie , ainsi on peut de soy-mesme discourir avec Tesprit et les paroles quant et quant. Penses-tu que je sois le premier qui parle quelquefois à soy-mesme!

Hubert. Nenny, Jésus ! je ne le peïise pas ; ains j'en cognois beaucoup qui vont parlant seuls par les rues et font autant de bruict que s'ils estoient une douzaine , proposant, faisant responces, haulsant tantost la parolle , tantost les doigts, et tantost lesabaissans. Que voulez-vous d'avantage? quand j'estrille le mulet, je parle à lui, me semblant proprement parler avecques vous.

ÂNA STASE. Comme si tu voulois dire qu'il y a non plus de profit parler avec moy qu'avec une beste.

Hubert. Pardonnez-moi, ce que j'en dis n'est as pour en parler. Que diriez-vous si je vous aisois veoir à l'œil qu'il me respond par signes , tantost me monstrant les aents , maintenant liaulsant la queue, et quelques fois me jettant deux ou trois ruades quand je parle à lui avec la main ou avec un baston ?

Am A STASE . Il faict ce qu'il doibt , et je ne m'esbaby pas, parceque c'est de beste à beste ^ et voilà pourquoy vous vous entendez par ^gnes. Mais parlons de ce qui importe d'avantage : le soupper est-il prest?

Hubert. Je n'en sçaurois que dire, par ce que madame est en colère, et se fascbe si fort contre tous ceux qui se présentent devant elle , que je n'ay osé , toute 1 après-dinée , me trouver en la cuisine.

Anastase. Voilà grand cas de ceste femme!' Que dict elle?,

Les Escolliers, Comédie. iSg

Hubert. Qu'elle se veut rendre religieuse , et que, si tost que yostre fille sortira hors de la maison, qu'elle ne demeurera pas une heure ayecques vous , par ce que né tenez comte d'elle.

Anastase. Voudroit-elle que je la tinse toujours pendue à mon col?

Hubert. Non; mais elle voudroit que con<ferassiez avecques elle, comme ont accoustumé iaire les maris , et discourussiez des affaires de la maison, principalement de celles qu'on ne peut honnestement celer k sa femme ; comme , pour exemple , elle dict que c'estoit la moindre cnose que peussiez faire que de l'advertir de ce mariage

Ï l'avez faict aujoura'huy , devant que lé conclurre. t elle a raison ; vous sçavez mieux que moi que le plus grand desplaisir qu'on sçache faire à une femme est l'avoir à mespris, et ne la respecter comme elle mérite et le désire sur toutes choses. Et je pense cela ne leur advenir à autre occasion sinon que ce sont signes de peu d'amitié ; ou ,'d'autre costé , c'est signe de très grande amour leur faire part , comme à un autre soy-mesme, de toutes choses , tant bonnes que mauvaises , qui leur adviennent ou tombent en la fantasie. Je ne puis penser comme il y a des femmes belles , riches et renommées pour beaucoup de perfections , tant sages et continentes que de garder si inviolablement la foy à un inari fascheux , qui, sans occasion , sera quelque fois deux mois sans parler à elles, et ne se donnent en proye es amoureux embrassemens de ceux qui les ayment et révèrent cent mille fois plus que leurs sots maris , dignes de porter cornes.

i6o Larivet.

Anàstase. Feste de moy ! ta es an galant homme.

Hubert. Il est ainsi que je le vous dj.

ÂN4STASE. Que dict Susanne?

Hubert. Elle saulte,elle rit, ayecques Gillette ; c'est un passetemps ; jamais je ne la vy plus joyeuse.

ANASTASE. Que diable ! ces filles ne sont pas si tost nées qu'elles demandent un mary. Geste bavarde de Gillette l'aura advertie que je la veut marier. Or sus, sus, allons veoir que c'en est.

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