ANASTASE
h vilaine, meschante, malbeureuse ! Je ne sçay qui me tient que je ne t'airache les yeux de la teste. Laissez-moy
faire que je la pende, que je l'estrangle,
que je luy couppe la gorge !
Hubert. Sire , c'est votre femme , appaisezvous»
Anàstase. Encores me viendras-tu fascher ! Hubert. Hé, ne sortez point, que les voisins ne vous entendent.
Anàstase. Devant, ostez-vousd'icy, tous tant q^ vous estes.
Iubert. Si vous voulez crier, pour le moins
Les EscotLiERS, Comédie. i6t
que ce ne soit point en la rue; entrez au logis.
Anastase. Àsseurez-Yous , meschantes que TOUS estes > que porterez toute la pénitence convenable à votre péché. Je yeux mettre le galant entre les mains de la justice ; je sçauraj lors si elle voudra souffrir qu'un bourgeois de Paris soit ainsi malheureusement deshonoré en sa propre maison par ceste mauldite et endiablée génération d'escolliers , qui ne sont nez qu'à tout mal. Au4si m'esbahy-je que la terre ne s'ouvre dessoubs leurs pas. Et quant à ma fille , que je desavoue pour ma fille , je la veux faire mourir de laîm entre deux murailles. Hubert , escoute : je vay J usines icy près, quérir le commissaire ; ferme 1 huis après moy, que pas une de ces femmes ne sorte.
Hubert. Le voilà fermé.
ÂNASTASE. J'enten ouvrir la porte de Nicolas, qui me faict douter qu'il ayt oy ce tumulte. Toutesfois, ce m'est tout un ; qu'en ay-je affaire ?
LuQUAlN. Je pensois sortir, quand j'ay enlenda ce vieil resveur, et pource que je craignois qu'il ne se teust s'il me voyoit , je me sub caché icy pour oyr qu'il y a de nouveau.
AmastaSe. Voicy donc le soûlas! voicy donc le repos !
LuQUAiN. Croiriez-vous que tout ce tintamare ne me plaist point ?
Anastase. Ah, pauvre Anastase! Voicy donc le plaisir qu'esperois recevoir en ta vieillesse !
LuQUAlN. Que diable à mangé ce vieillard?
Anastase. Voicy le comble de mon malheur, bâas î c'est qu'au temps que je pensois pourveoir ceste meschante fille , et d'autant alléger mon es-
iSa Larivey.
prit, ceste misère est adyenue qu'il faudra qu'elle me demeure sur les bras tout le temps de ma yie, ou que je Fenvoye en un monastère , au grand scandale de toute ma maison ; mais je yeux premièrement implorer Tayde de la justice toucnant cet afironteur, affin que...
LuQUAiN. Je ne puis bien interpréter ses parolles.
Ana&tase. Je pensois s'il seroit point meilleur qu'avant tout œuvre , j'en allasse conférer avec le sire Gobert, mon grand amy, et me conseiller comme je me doy gouverner en cet affaire, affin de tenir tout cecy couvert et caché ; il vaut mieux que je face ainsi, et que je m'en retourne pour l'envoyer quenr. Tic, tac, toc.
Hubert. Qui est là?
Anastase. Ouvrez, c'est moy.
Hubert . Qu'est-ce à dire, c'est moy ? Comment avez-vous nom?
Anastase. Ouvre, beste! me cognois-tu pas?
Hubert. Beste vous-mesmes ! Non, je ne vous cognois pas , si vous n'e$tes quelque mattois qui voulez de force entrer en la maison d'autruy.
Anastase. J'enrage.
Hubert. Mon maistre m'a deffendu ouvrir à . personne quelconque.
Anastase. Ouvre! Que maudite soit ta vie! Je suis ton maistre.
Hubert. Que ne le dictas-vous donc? Je ne vous cognoissoispas.
Anastase. Ouvre viste, et te despesche.
Hubert. Vous revenez bien tost. Est-ce desià feict?
Anastase. Vien çà : va chez Gobert, et luy dy
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cpe je le prie qu'il vienne jusques icy, pour chose qoi m'importe.
Hubert. Et s'il est couché?
ÂNÂ STASE. Dy luy, de ma part, que, sur tous les plaisirs qu'il me sçauroit faire, je puisse tout à ceste heure parler à luy ; d'autant qu il m'est' impossible l'aller trouver.
Hubert. J'y vas.
ÂÏ9ASTÀ6E. Cestuî-cy est jeune et dispost, et Gohert ne demeure guères loin d'icy , quimefaict p^ser qa^ils ne demeureront pas longuement. En effect, je ne me suis pas mal advisé me résoudre ne procedder plus avant et ne rien faire sans conseil : car ce n'est matière de si petite consecnieBce qu'il n'y £aille bien et meurement penser. Et le pis que j^y voye est que la colère suimonte si fort ceux qui se passionnent en quelque chose ^e se soit, que le plus souvent ils font lé rebours de ce qu'ils debvroient faire.
LuQUAiN. Je suis résolu , et deussé-je veiller toute nuict, d'entendre quelque chose de cemistère. Il n'est pas queLactance ne soit de la partie : car, ayant oy bruire je n;e sçay quoy d'honneur, je juge qu il n'y a autre chose que quelque matière de femmes , puis que ces sots mettent leur honneur, et de toute leur maison, entre leurs mains. Mais qui ne çreveroit de rire, voyant pleurer ce ▼iel barbet? Ha ! en voicy un autre , avec son honnet de nuict et sa vielle robbe fourrée. Faictes vostre compte qu'il sort dulict, ou bien que c'est quelque je ne sçay qui , lequel , desguisé en c«5 somptueux accoustremens , veut faire l'argun^nt de quelque nouvelle comédie.
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