GOBERT
[ on soir, voisin. El bien ! qu'y a-il , que m'avez envoyé quérir a ceste t heure ?
ANASTA6E Mon frère, mon amy!
je suis perdu !
GoBERT. Ne pleurez ainsi. Q'avez-vous? Il seiqble que soyez un enfant.
^NASTASE. Gobert, mon amy, je suis destniict !
. Gobert. Ce n'est le faict d'un homme sage se désespérer du premier coup ; il faut monstrer visage a la fortune. Haussez la teste , et me dictes que vous avez. . .
LuQUAiN. Jamais ne puisse-il parler !
Gobert. Vous promettant qu'01 ce qui me sera possible, je ne vous manqueray d'aydc ni de conseil.
. Hubert. Entrez en la maison. H semble aux
passans qui vous escoutent ainsi crier que soy^ ♦ 1
Gobert. Il dict vray. Entrons dedans.
. Anastase. Ce qu'il vous plaira. Tant y a que je suis deshonoré pour jamais.
LuQUAiN. Si veux-je sçavoir tout le tu autem de cecy, et deussé-je par force entrer quant et eux. Mais escoutez : me voilà bien, ils sont demeurez en la salle basse, je les enten assez bien
Les Esgolliers, Comédie. i65
d'icy. Et un, vertu sainct picot! et deux, et trois mahz ! Graad bien luy face ! Toutesfois, c^est trop de trois pour une seule femme ; il n^ auroit des maris assez pour la moitié. Un mien amy, qui faict registre de ces matières , dict ordinairement qu'il y a si' grande abondance de femmes , que qui les Toudroit egaUement distribuer entre les hommes, chacun en auroit deux pour le moins, et uneyefve sur la porte.
ÂNASTASE. Je ne l'endureray jamais.
LuQUAiN. Il crie comme un bouc quW chastre.
GoBERT. Voisin, parlez, bas.
ÂNASTÀSE. Je veux parler hault, afin que tout le monde sache ceste meschancetéf ceste vollerie! et yeux que ce galland , né seulement pour ma ruyne, serve d'exeirijple à ses semblables, pour monstrer qu'on doit respecter les gens de bien. Je le veux moy-mesmes lier de m«s propres mains^ et moy-mesmes le mener en Ghasteilet.
LuQUAiN. Tant y a que jem'ymagine ce que c'en peut estre.
GoBERT. Je mVstonne que tout le voisinage ne court au ]|prilict.
LuQUAiN. Ce gailant qu'il dict avoir en sa maison ne peut estre autre que Lactance ; de mode qu'il est bon, ains très nécessaire , que j'alle au logis appeller Eugène et maistre Nicolas, et facions en sorte qu'ils ne luy facent aucun desplaisir.
GoBERT. Comme vous aperceustès-vous que l'escollier estoit tM)aché avec vostre fille?
ÂNASTA8E. Si tost (jue j'cus souppé (pour ce que J'estQislas ), je m'allay coucher. Mais a peine estois-je endormy, que je fus éveillé par un grand
ij66 Larivey.
bniict que j'entendy faire ea la garderobbe^
GOBERT^ Quoy ! Susanne estoit-e>Ue couchée?
Anastase. Âdonc, escouta^t que ce pouvoit estre^ j'oy marcher par la garderobLe.
GoBERT. Que faisoit vostre femme?
Anastase. Elle dormoit comme un tesson.
Ainsi, me doublant de ce qui en estoit, je sors tout bellement du lict. Neantmoins, je ne peu<si bien faire que je ne fusse oy. Enfin, estant entré en la garderobbe, la chandelle au poing, je luy demande pourquoy eUe faisoit un tel bruit (car il redoubla quand elle sceut que j'estois eyeille, par ce qu'elle youloit cacher son mignon).
Gober T. Que respondit-elle?
Anastase. Quasi nue et toute descheyelée, eUe se cachoit entre les linceux , quand je laprins par le^cheyeux^'et, la tirant hors du lict, luy de* mande de rechef pourquoy elle estoit descoifée et se cachoit. Adonc, elle, toute tremblante, commança^ les larmes aux yeux , me crier mercy , et dire que, yaincue de tiop grand amour, elle ayoit tout le long du jour couché ayec LaGt|»ce,.et deyoient continuer toute la nuict. Je m'enqi^r où il est ; elle respond n'en sçavoir rien. Je me rue sur elle, et à coups de poings la presse tellement, qu'en fin elle me dict l'ayoir caché en un coffre qu'elle me monstre.
GoBERT. Qut<eust jamais pense cela de cesie fiUe?
Anastase. Je cours droit au coffre, car j'entendy qu'il se demenoit pour sortir, et en un instant le ferme à la clef.
GoBERT. Vous seul ?
Anastase. Hubert, que yoicy^ m'a aydé.
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GoBERT. Ne disoit-il mot?
Anastase. Il prioit, il menassoît, il faisoit rage.
Hubert. Mais yoicy le bon, que, quand nous Ijons le coffre avec les cordes, ce pauvre diable se démena si fort, que le coffre tomba : tellement que- je pense qu'il s est rompu la teste.
GoBERT. il aura loisir de crier, car il n'est pas mrest de sortir qu'il n'ajt compté avec son boste. Où est Susanne ?
Ana STASE. Je Tay enfermée en une chambre, oh elle pleure et se' tounnente, plus pour la pœur qu'elle a que je ne £aice quelque outrage à son amy qu à elle-mesme. Or, je vous ay envoyé aaerir pour me conseiller avec vous de ce que je doy faire de l'un et de l'autre. J'avois pensé y procedder par la voye de justice ; mais j'ay changé d'advis, afin, s'il est possible, de ne mouvoir trop ceste ordure.
GOBBRT. C'est bien advisé à vous, et ne faire comme aucuns qui, ayans les cornes cachées en leur sein, les attachent sur leur teste. Quant à TescoUier, je ne. m'en émerveille, sachant combien les escolliers sont malicieux ; mais je m'es-« bahy que ma commère n'a mieux gardé sa fille.
An ASTASi^. C'en est faict, il ne faut plus parler de cecy, mais bien regarder à ce qu'avons à faire.
GoBERT. Il n'y a si grand ma) que je ne fisse àî ce samement, et si j'estois en vostre place, je lay coupperois la gorge.
Anastase. Si on le sçavoit, que deviendrions^ nous?
GoBERT. Quand on le sçauroît? Ne sçavtz-vous
i68 Laritet.
qu^l est permis tuer ceux qu*on trouve en sa i son en tel fdrfaict? Qui pensera que ce ne soit pour vous tuer aussi ?
Amastasë. Il est vray ; mais c'est quand on ne les peut prendre ou se defiendre d'eux.
GoBERT. Yoicy, j'ai trouvé un bon moyen pour nous venger de luy le mieux du monde. II iaut que disiez en vostre logis que le voulez laisser aller, pourveu qu'il promette qu'on ne le reverra jamais.
Anastase. Pourquoy cela ?
GoBERT. Parce que, vostre famille croyant que l'avez envoyé, nous pourrons seurement effectuer mon dessein, qui est de getter le coffre, ainsi qu'il est, dedans la rivière.
Anastase. Comment! dans la rivière?
GofiERT. Oy, en la rivière.
AwASTAftajEt s'il se noyoit?
GoBERT. Je l'y veux jetter afin quHl se noyé. Vous estes hors a'entendement. Vous consentiez tantost qu'on le tuast, et maintenant vous doub*> tèz si on le doit jetter en Ift rivière !
Anastase. Vous dictes vray. Allez, j'en suis content. Mais si, par les chemins, nous rencontrons ' le guet ou quelqu'un? carjesçay bien quil criera.
GoBERT. Il ne criera pas, car nous dirons si haut qu'il l'entende que nous le faisons porter au Chastelet, ainsi enfermé en ce coffre, afin qu'il ne s'enfuye ; ce qu'il croira, pensant n'avoir beaucoup failly.
Anastase . Je suis tout transporté : voylà pourquoy je veux tout ce que vous voulez.
GoBERT» Nous descendrons le long de la ru» des Bernardins, Hubert ayant le coffre sur seses^
Les Escollier», Comédie. 169 paales, et de là gaignerons le port de la Tourncllc ; puis, quant y serons arrivez, nous jetterons coffre et escoJlier dedans Peau. La rivière est crande et le coffre pesant, de façon qu'il se perdra bien tost au tond. Après, nous envoyrons demain, pour plus grande seureté, les femmes aux champs. Mais entrons, afin que ceux icy ne nous voyent.