‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 48 sur 158 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Luquain^ Nicolas, Eugène, escollier.

LUQUAIN.

andis'que ceux icy s'amusoient à en ; conter en la rue, Gillette, qui dès la fenes- |tre a entendu tout leur discours, m'est venu dif e en diligence que, si je n'ayde au seigneur Lactance et en bref, qu'il est mal à cheval; car les vieillards le tiennent en leur pouvoir et sont en volonté té mettre es mains de la justice ou luy jouer un mauvais tour. Or je veux employer toute ma puissance pour le retirer de leurs pattes, et deussé-je tout gaster. Voilà pourquoyje me suis ainsi desguisé et en ay faict faire autant à Nicolas et à Eugène , qui me viendront trouver tout à ceste heure en ce lieu, où nous attendrons jusques à ce que Gillette nous face le si^e. Ha ! voicy les gallans ! Mon Dieu ! comme Nicolas est faict ! Et où diantre avez-vous prins ceste vieille espée rouillée ?

Nicolas. En un lieu où elle a esté plus de vii^ ans sans voir lune ny soleil. Je pense

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qu'elk estoit au grand-p^re du grand-père de mon grand-père.

LuQUAiN. Monstrez un petit. Vertu de moy l c^est une vieille lame !

Nicolas. Oj, par sainct Jean ! et les vieilles sont les meilleures. Mais fay tout bellement, que tu ne la rompes. '

LuQUAiN. N'ayez peur. C'est mon, vrayement, elle est bonne.

Nicolas. Fort bonne, principalement quand elle est entre mes mains , car je ne veux souffrir qu'elle face mal.

. LuQUAiN. R'engaynez-la , qu'elle ne se moronde. Quant à vous, seigneur Eugène, vous estes si proprement desguisé que je ne sache homme qui vous peust recognoistre.

Eugène. Geste fiaulse barbe me sied-elle pas bien?

LuQUAiN. Très bien. Par ma foy ! on vous prendi'oit pour un archer du guet.

Eugène. Je Fay choisie exprès afiindeparoistre plus cruel. *'

LuQUAiN. Et vous, maistre Nicolas, en quelle volonté estes-vous de combattre?

Nicolas. Pour t'en dire la vérité, je ne fis jamais profession d'armes , de mode que je ne suis trop aise d'estre icy, et me semble que je serois mieux au logis; car que penses-tu que je face en si pauvre couche ?

LuQUAiN. Mon Dieu! que je suis marry que

i'e ne m'en suis advisé plustost ! je vous eusse >aillé une rondache et un casquet à la Siciliàne qui vous eust couvert jusques aux dentz, avec le coi-ps de cuirasse <le mon maistre.*

Les Escolliers, Comédie. «71

Nicolas. O ! que cela seroit bien mon cas ! l^ m'en tiendrois beaucoup plus asseuré, caije n'aj pour ma deffence que 1 espée et la cappe.

LuQUAiN. St! escoutez! j'oy ouvrir Thuis d'Ânafitase.

Nicolas. Seigneur Eugène, que ferons-nous? Gestuy-cy nous veull{»erdre« . Il me semble que je suis desjà entre les mains du bourreau.

LuQUAJN. N'ayez peur, tous serez |>endu si l'on ne vous noyé. Retirez-yous deçà et n'en bougez ; et quand il sera temps, faictes ce que je vous diray, et monstrez qu'avez veu du païs.

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