SCÈNE V
Luquain^ Nicolas, Eugène^ Gobert^ Hubert-^ Anasiase^ Laetunce,
LUQUAIN.
|ous ayez oy ce quHIs ont délibéré de [faire, et la cruelle sentence que ces L vieillards ont donnée contre le pauvre (Lactance. Il faut que si tost qu'ik seront sortis et auront fermé lliuis, nous leur allions au devant et leur ostions le cofire le plus diligemment qu'il nous sera possible, crainte que, s'en voulans fuyr, ils ne le jettent par terre. Et combien que je n'aye aucune envye les offenser, si est-ce qu'où ils feroient mine vouloir résister, je vous prie ne tenir voz mains à vostre cein* ture.
Eugène. Il ne faut blesser personne, s'il est possible.
LuQUAlN. Vous dictes vray, et nous sera assez faire les mauvais , pourveu que puissions sauver Lactance. Maistre Nicolas, c'est à ce coup que vous vous acquerrez un aoiy pour jamais.
Nicolas. Mais je crain bien m'acquerir quelque malenoontre pour jamais. Vert et bleu! cecy est un acte digne du gibet.
LuQUAiN. Un brave bomme ne pense jamais à tant de choses ; il faut estre résolu et avoir un courage délibéré. Les voicy, ne bougez.
Les Escoi»li£rs, Comédie. 173
GOBISBT. Sors tout bellement. Baûse-toj, fort, encores un peu; or te Yoilà bien.
HuBf^RT. Que diable! il est pesant; je ne le porteraj jamais jusques là. .
Anastase. Qu'y a-il d'icy au petit Chastellet? Deux pas.
HtiBERT. Oy , à qui les pourroit faire si grands.
GoBERT. Pren courage, n'ous t'ayderons à un besoin.
Hubert. 11 le faudra bien. 0 Dieu! qu'il pesé!
LtJQUAiN. Peut-estre qu'il n'a pas este à ses affaires aujourd'huy.
Lactange. Est-ce ainsi qu'on traicte les escolliers? Ah Dieu !
GoBERT* Laisse-le crier, ne dis mot.
Anastase. Compère, avez -vous fermé ITiuys?
GoBERT. Oy, asseurez-vous-en sur moy.
LuQUAiN. Marchons, il est temps.
Nicolas. Je veux tout tuer, car je suis maintenant en colère.
LuQUAlif . Sortez, compagnons; sortez, soldats ; tuez, tuez, frappez, meurtrissez, assommez !
Hubert. Miséricorde! hélas! gens de bien, ne me faictes point de tort !
LUQUAIN. Demeure, poltron.
GoBERT. Hé! monsieur le capitaine...
Hubert. Fuyez , mon maistre : ce sont Espagnols.
LuQUAiN. Mects bas ce coffre.
Anastase. Au meurtre ! au meurtre ! aux volleurs! aux volleurs!
174 Larivey.
LuQUAiN. Arrestç^ vieil sorcier. Compagnon, prenez cet autre.
GoBERT. Escoatez, monsieur le capitaine...
Hubert. Je me recommande à tous, pour IV mour de Dieu.
Nicolas. Ne bouge. Quoy ! tu veux fuyrî
LuQUAiN. Ce vièllard... QuW me donne les clefs de ce coffre.
GoBERT. Il n*est fermé qu*avêc ces cordes.
Nicolas. Ostez-vous, que je les couppe.
Anastase. Nicolas, je vous cognoisbien.
LuQUAiN. Vous me cognoistrez aussi qil^lque jour. Or sus, sortez, seigneur Lactance.
Lactance. Je ne diray mot icy, mais il nous les faut mener au logis.
LuQUAlN. C'est bien dict.
Lactance. Cheminez^ cheminez, on ne ton» fiera rien.
Anastasb. AHofls où 3s voudront. Que me sçauroient-ilsfâôre? car, ayant perdu llionneur, il ne me chaut de perdre la vie.
GOBBRT. Allons, puis qu'il plaist à Dieu.
Lactance. Sus, entrez, passez devant.
Nicolas. Quelle clairté est-ce cy? Ha a! c'est k médecin qui retourne de la ville. Entrez avec eux, seigneur Lactance ; je reviendray incontinent.
Les Esgolliers, Comédie. 176