SCÈNE X
LactancCy HippoUte^ Gillette.
Lactânce. *
aintenant qiie nous sommes seuls , con-* tez-moy, je tous prie, comme yoz affaires se sont passées ; car, pour entière^ I rement me contenter, il ne reste sinoa que je sache si vous estes content.
HiPPOLiTË. Comme j'ay commancé à yous dire , j'entray desguisé en tonnelier en la maison^ de ma dame Lucresse , par le moyen de Nicolas, nostre hoste , lequel ayoit charge du médecin de luy agencer quelques tonneaux de yin. Ce faict, et quelque temps après , iceluy, ayant donné \ entendre à ceux du logis qu'il m'ayoit renyoyé (parcequ*on n'ayoit que faire de tonnelier) , s^en alla, me laissant caché en une petite chambre borgne, où j'ai demeuré jusques a ce qu'ayant sceu que le mari ne yenoit souper au logis, ny peutestre coucher, je sorty, et entray en la chambre de la dame , laquelle , jettant sa yeuè* ^ur moy, qu'elle recogneut , ne m'eut pas plutost aperceu qu'elle se priut à. crier. Adonc, m'aprochant d'eUe, l'ambrassay ; et, mettant ma main contre sa bouche (affin qu'elle nefust entendue),^ la flattay le mieux qu il me fut possible. Touttesfois , voyant que les prières ne seryoieut de rien, je fus contrainct lui dire que, si d'amitié elle ne me vouloit escouter, que je publierois partout qu'elle m'ayoit baillé l'assignation de l'aller trouyer en cet
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accoustrement , et qae pour ce que je ne lui dounois ce qu'elle me demandoit elle faisoit ce bruit. Mais tout cela ne servit encores de rien. Enfin, m'estant assis, je la prins entre mes bras , et, essayant par mille amoureux baisers les larmes qui t<miboient le long de ses belles joués , je commançay à lui remonstrer combien grande estoit Tamitse que je luy portois , et comme à son grant bon* neur elle pouvoit soulager mes passions , et tant de longs travaux que je souffrois à son occasion 4 Elle, ayant ententivement preste Poreille à me^ propos , demeura assez long-temps sans respon* are. Finablemant, tirant un profond soupir du j^ns creux de son blanc estomac , me dit : Hippolite , voz prières ont eu plus de puissance sur moy que mon obstinée opiniâtreté . Voilà pourquoy je suis contante et veux estre entièrement vostre , m'asseurant, si vous estes tel que je vous estime ^ qu'en recompense de la faveur que je vous fais); vous ne blasmerez ma trop grande privauté. Après, £adgnant estre toutte marrie, se coucba, et moy au-^ près d'elle, oik j'ay demeuré jusques à ce qu'avons entendu mettre la clef en la serrure. Adonc, par Tadvis d'elle , m^estant armé d'une brigantine, et Daignant estre un larron , j'ay sorty comme le médecin vouloit entrer avec son serviteui*, après, toutefois, avoir prins assignation quand je la doy aller retrouver.
LactâNGE. Puis que cela seul empescboit l'entier de mon contentement est advenu , je te pardonne , ô fortune ! toutes les injures que j'ai recéues de toy. Or vous avez entendu comme mes affaires se sont passées ; et , s'il reste quelque chose à vous dire , vous le sçaurez tout à loisir. Mais
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peiisez-TOus'que le médecin croyeaae celiij qui
est sortj de son logis soit un larron?
HiPPOLiTE. Je pense qu'il croit plutost tout le contraire, et que neantmôins, comme pratique et sçayant , il est pour n'en dire mot et monstrer tout le rebours dié ce qu'il pense ^ attendant Vue*casion de s'en esclaircir ; mais il se trompe , car aucun de son logis ne s'en est aperceu , et je sçay que TOUS nj Nicolas n'en parlerez jamais. ^ r
Lactamge. Si la dame, coHunesage et accorte, élisant le moindre mal , pensa conserver mieus son honneur et bonne renommée en faisant Tostre volonté qu'à s'obstiner, ainsi qu'eussent faict beaucoup de ny aises , croyez qu'elle vous apprendra désormais à manier plus dextrement 1 amour que n'avez £aict jusques icy.
. HiPPOLlTE. Je nen doubte, et suis plus que résolu , ne deussé-je avoir autre contentement que de la veoir, de 1 aymer toute ma vie , pour le respect de sa beauté , prudence et grande doul*ceur ; mais nous en parierons une autre fois plus à loisir. A Dieu , il faiit que je m'en aile.
Lagtange. Et moy aussi. A Dieu, jusques k demain.
Gillette. Bonsoir, seigneur Lactance. Vous sçavez bien ce que j'ai faict pour vous ?
Lactance. Hé ! te voilà, Gillette ! Asseure-toy que je t'en sçauray bien recompenser, aydant Dieu.
Gillette. Je l'espère ainsi. Allez ! allez ! vous vous faites trop attendre. Messieurs, il me semble vous oyr dire entre voz dentz que Gillette est' plus vaillante que Roland le furieux, puis qu'elle a sceu faire ce marché et se gaisner un maistre et son pain pour tousjours. Elle l'est encores plus
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crayon ne sçanroit dire ; et, en ceste opinion, mes dames , elle vous ose asseurer que, si laissez perdre le beaa de vos ans , que vous vous en repentirez , quand ne trouverez plus aucun chien qui vous aboaye. Voilà pourquoj elle vous prie prendre Toccasiim tandis qu^eile se présente. Et vous, Messieurs , si la comédie vous a plen , monstrezle-nous par quelque signe d'alleeresse. Mais pourquoy dis-je cela? car je sçay qu elle vous a donne plaisir, ne fust-ce qu^en ce qu^elle a esté cause qo^avez eu assez de loisir de contempler les divines beautez des dames de Paris.
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