T. YU
aïo Laaitet.
temps, quelque occasion nous separoit, nous nourrissions nos cœurs et nos esprits de très douces pensées.
Spinette. 0 comBien grandes sont les forces d'amour !
Constance. Finablement, croissant ens^aoble les ans avec Tamour, vint jusques à Ik que, ne nous contentans d'estre honnestement ensemble, quelques fois le jour, mais par occultes Toyes., environ l'espace de trois ans continuels, une mesme chambre nous a reçuz tous deux quasi toutes les nuicts, au moins deux ou trois heures. Et qui le croiroit jamais, si'par hazard quelqu'un n'a receli de Dieu une pareille grâce, qu une fille de quinze ans et un jeune homme de dix-huit ou vingt , ayant esté si longtemps, quasi vescu ensemble et demeuré en une mesme chambre , ain& sur un mesme lict, tout vestuz, et que cependant toute deshonneste pensée a tousjours este esloigiiée d'eux ? Personne, comme je croy.
Spinette. Sinon celuy qui , par un singulier don de Dieu, comme vous avez dit, s'est trouvé en un pareil faict. Vous me contez, madame Constance» un amour vrayment sainct et une chose malaisée h croire à plusieurs.
Constance. Dieu, qui sçait tout, dame Spinette j sçait encore si en cecy je dis autre chose que la vérité. Mais il ne peut quasi estre que ne vous souveniez de quelque chose.
Spinette. Je me souviens seulement de je ne sçay quoy, pour ce que, comme vous sçavez, nous estans encore fort jeunes , mon père estant mort, je fus par mon frère, qui estoit un peu plus âgé quemoy, et par mon oncle, mariée à Fabian,
La Constance, Comédie, an
ifii deœda, il n^ a pais encore deux ans passez, me hissant diargée aenfans et de peines.
ConsTANGE. Ainsi vont les affaires de ce fiionde.'
SpraETTB. A la vérité, j*enten aujourdiiuy (retamiaDt à nostre propos) un des plus grands csaa dont jamais j'ay ouj parler; mais quand je em$idère quelle vous avez tousjours esté, et eomUen modeste et bien apprins a esté mon pauvre frire, je m^accorde aysement à croire que (comme tous dictes) vostr« amour a esté trcs chaste et bon. Mab poursuiye^ vostre discours.
Constance. Les affaires estant en ces termes, mon père délibéra me marier ; ce qu'estant venu à mes oreilles , je parlay un soir à Anthoine en ceste manière : Anthoine, puis que depuis quelque temps ton père est mort, ta es maistre de toi-mesme ; je cognoistray maintenant si cest amour que ta as tousjours monstre me porter est tel que je l'aj creu ou autre. Toy-mesme tu m'as dit, et j'en suis très certaine, que le bruit court presque partout que mon père m'a donnée pour femme à Léonard, son compagnon d'estat : de quoy on peut conjecturer qu'an moins ils en ont tenu quelques propos. C'est ponrquoy, avant que l'alTaire passe plus outre, je seroy bien aise que toy-mesmes allast a mon père me demander en mariage. S'il advient qu'il en soit content, nostre long et honneste désir prendra fin ; si autrement, je peuseray à ce qu'aurons affaire. A cela me respondit Antnoine : Combien que ce soit une folie entreprendre cela , qtti ne peut réussir en façon quelconque , puisque la fortune (le propre de laquelle est tousjours s'opposer aux honneste^ désirs des hommes) le veut
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ainsi , ce neantmoins je feray de très bonne to-^ lonté ce qu'il tous plaist me commander ; mais pour ce que vostre père, comme vieillard et très riche, fera ce que la plus part des autres hommes ont accoustume faire , je ne doute point qu'a moy, jeune homme peu riche, et pauvre, en son esgard, 'ftu respect de luy, il n'en face refus , et d'avantage m'estimera sot et de peu de jugement. Mais à quoy m'amuse- je ainsi à raconter par le menu toutes ces choses? 11 parle à mon père, duquel il eut la responce qu'il s'estoil imaginée ; parqùoy, estant soudain retourné à moy, prenant a tesmoin celuy qui gouverne toutes choses, il me fiança de mon bon gré , et me promist ne vouloir jamais autre femme que Constance, et moy, au semblable, que je ne voulois autre mary qu'Ânthoine.
Spinette. Helas ! que me dites-vous, madame Constance? Avez-vous deux marys?
Constance. Escoutez, de grâce. Le jour suivant,l'afiaire se conclud entre mon père et Léonard, et en fut dressé le contract. Et mon père, estant retourné au logis, me dict : Constance, je t'ay mariée. Faictes en sorte, toy et ta mère, que tout soit bien net en la maison , et puis mets-toy en ordre et te pare, pour ce qu'à ce soir nostre Léonard te viendra veoir et toucher en main. Quoy entendu par moy, sans penser à ce que j.e devois dire ny jeter une seule larme, luy respondy : Vous avez mal faict de me marier sans premièrement entendre quelle estoit ma volonté; mais vous en aurez le plaisir et l'honneur que vous mentez.
Spinette. Quelles choses font quelques fois ces hommes ! Votre mère, que disoit-elle ? Constance. Ma mère estant malade au lict,
Là Constance, Comédie. ii3
comme TOUS sçayez, d'une maladie qu'elle a porté
E' lusîeurs années, Tou:e jusques à la mort, en estoit ien faschée, luy sen^lant que mon père ayoit tenu peu de comte d'elle à la conclusion de ceste affaire sans l'en advertir ayant la dernière resolution, combien que quelques jours auparayantil luy en eust tenu quelque propos. A la responce donc que ie fis à mon père, il commença à crier, et moy à luy respondre , neantmoins ayec toute ' reyerence et doucement, que je m'estois donnée à Dieu, et youlois estre religieuse. Mais tout cela ne seryit de rien, pour ce que, s'estant mis en la tesle que Tafiaire iroit selon sa yolonté , sortant dehors me dit : Constance, tay-toy et ne m'en parles plus ; il conyient à une honneste fille de se contanter de la yolonté de son père, mesmement en ces choses qui sont de si grande importance. Hoy, ayant ouy ces propos, me mis à penser ce que je deyoy faire, et me résolus finablement à chose foit périlleuse.
Spinette. Et quelle resolution prinstes-yous, par yostre foy ?
Constance. Je me résolus... Mais qui est cestui-cy qui yient droict à nous ayec un laquais derrière luy ?
Spinette. Il me semble, et il est yray, que c'est le grand amy de mon £rère Ànthoine.
Constance. Dieu nous soit en ayde ! Que pourroit-ce bien estre?
ai4 Laritet,
SGtËNE III.
Aurelian^ Constanfie, Spinette*
ÂURELIAN.
îea TOUS donne le bon jour.
Spinette . Et à voufr €e que de&uez^r \ Anrelian. Quel miracle est-ce cy ?
ÂURELIAN. Il me faict mal que peutestre j'ay interrompu vostre discours.
Constance C*est bien , je m'esmerveille de vous.
ÂURELIAN. Madame Spinette, je fus hier en Yostre maison pensant parier à vous ; mais je ne vous y trouvay pas.
Spinette . Je m'esbahy qu'on ne me le dist quand je fus de retour...
ÂURELIAN. Je y ay encores esté ce matin de bonne heure.
Spinette. Car je ne vous eusse pas laissé pren^ dre ceste peine.
ÂURELIAN. Et m'ayant esté dict qu'estes venue icy veoir madame Constance , et pour ce que j'ay à parler avec vous de chose d'importance* joint que demain je doy partir .pour aller à Lyon y j'ay prins asseurance Ae vous venir trouver icy, et SUIS marry que ce ne sera sans donner de Ten** nuy à madame Constance et k vous.
Constance. Âins de la consolation. Nous e&^ tions icy hors de la maison à deviser, attendant llieurede disner , et puis qu'estes venu tout à temps nous disnerons de compagnie, et, le repas prms.
La Cohstaitgb, Comédie. ai5
vous parlerez à madame Spinette à vostre commodité.
AuRELiAN. Jeferaj ce qu'il vous plaira.
Constauce. Ëntix>ns en la maison ! Venez, madame Spinette.
ÀURELiAH. Passez, de grâce.
SpineTTE. Pour vous obeyr, Aurelian.