‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 60 sur 158 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Barbe, servante; Elisabeth^ Spinette^ Aurelian , sans parler.

Barbe.

insi tout se portera bien; le maistre se I va promener et icy on nettoyé par tout \ et se donne-on du bon temps. Je sçay que ce matin Pamy a disné à son ayse avec une compagnie du jour de la feste , estans entretenus d une jeune fille qui n'a pas vingt-cinq ans, belle et fresche comme uue rose , et encores d'une autre qui n'est à la vérité sinon belle et gratieuse. 0 qu'il faisoit beau veoir madame Spinette avec un accoustrement brun ! Je suis bien ayse qu'elle 3e resîouyt; mais, helas! ceste autre,

3ui est madame ËlisaDeth, laquelle ne crache que es sentences, comme si elleestoit quelque doctoresse, est devant la porte: elle aura entendu ce qaej'aydict. ^

Elisabeth. Tuferois mieux d'aller où tjMnais* tresse t'envoye, causeuse et babillarde que tu es !

2i6\ L*ARlTE¥'i ,

Enfin, ta seras tonsjours Earbe ou bàyardb ymsàé si c'estoit a moy à faire. . . (

Barbe. Que vous ay-^ie dict? Jeferay Wucoup mieux , sans respondre, d^aller eu i&|&^stresse m'envoye... ^

Elisabeth. Il y a desjà long-temps que tu m'as faict sortir de la maison.

Barbe. Car, si je recommenyoy , ce serottponr une heure.

Elisabeth. Entre plusieurs choses qui s'esprouvent contraires à la vie paisible de ce monde, ne sont ny les dernières ny les moindres celles aue on a a Toccasion de ceux qui nous servent. Outre ce qu'estant continuellement desrobez et pillez, ceux-là nous veulent encor tenir le pied sur la gorge et estre juges de toutes nos actions. Combien se trouve-il de serviteurs , combien de servantes qui, pour un petit desdain ou autre légère cause, ont occasionné la mort ou étemelle infamie de leurs maistres î Ny les bienfaicts, ny les courtoisies, nyquelqu'autre amitié et humanité, ne peuvent le plus souvent rendre cesté perverse condition d'hommes ny humaine , ny raisonnable, ny fidelle. 0 combien est véritable que les maistres sont plus serviteurs que ne sont pas leurs varlets ! C'est pourquoy, ainsi que j'ay autrefois ouy dire, un pauvre cardinal, venant à mourir, dist ces mots : « Je meurs volontiers , dont je remercie Dieu , pour ce que par ma mort je suis délivré des mains des serviteurs. Je ne nye pas ^pourtant qu'il ne s'en trouve de bons et de fidel- '^ les, mais ils sont si rares et clair semez, que pour un tel on en trouve mille desloyaux , lairons, mesdisans , menteurs, et, en soniaie, très mes^dûttis,

Là GoirsTâHCE, Comédie. 217

Toutes Ibis, pub qu^onnes^^n peut passer^ Tuaance de ce monde le yoaUmt ainsi, il faut s'aceorder porter patienapent ceste incommodité et oalamite avec les autres malheurs qui accompa- ^ gnent la vie. ». Or sus , regardez qu on mesdit de . madame Constance, qui est un exemple de pudi- . cité et de tout autre t)onté! Ho! je nem'en ad- TÎsois pas. Voi^ dame Spinette et Aureliani Gardez-vous, madame Spinette , que cest air ne vous face- mal.

Spinett£< Que dites-vous? Dieu vous le pardonne! il y a six mois que Ton n'a veu un plus beau- jour que cestui-cy , occasion pourquoy Aurélia n et moy sommes sortiz dehors pour deviser et jouyr de ce beau et bon air.

IsLiSABBTH. Que ce soit pour vostre commodité* Cependant, je m'en vas trouver madame Constance.

Spinette. Vous ferez bien, car elle est de-, meurée seule en la maison.

Page 1