‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 61 sur 158 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Aurelian^ Spinette,

ÂURELIAN.

^e suis librement sorty en la riie pour ^discourir avec vous , affin de librement )vou5 desclarer ce qui m'a meu vous dire )je ne sçay quoy de madame Constance et de son mary , pour autant que je seray bien ayse qu'autre que vous n'eu sçache rien.

af6 ImiiiTiEY.

Spim^tte. Vous avca bien fakt.

AuRBiiiAN. 11 y a enTiron dix ans, peu pto oa p«a moins, ie ne mVn pois souvenir, qu'An* tliotne Tostre frère p«tk de Troy^s^i non à autre occasion , sincm puroe que madame Constance , laquelle il ajmmt sm tontes choses, fut donnée par son père en mariage à Léonard;!! me fit par contracta que je partes une libre et franche donna* tion entre vi& de tous les 'biens et facultez qm Iny estoient esdieuz par la succession de son père^

Spinette; Je sçsj bien toutcela.

AuRELiAN. Moy, d'autre part, je loy promis, seulement de parolle et selon sa Tolonté, d'estre gardien d'iceux, et non propriétaire, pour les luy rendre il son retour; Apres, quand il voulut partir, je luy mis es mains mille escus, me disant lors : Sy entre cy et dix ans je ne suis de retour, croyez asseurement que je ne suis plus en vie, vous priant disposer du tout à vostre volonté.. Au surplus, ayez souvenance de ma sœur, an cas que durantœ temps elle aye quelque nécessité.'

Spinette. De quelle valeur pensez- vous estre ses biens?

AuRELiAN. Ils ne valloient lors guères moiijp que cinq mille escus , mais ils vallent maintenant d'avantage, à cause du rehaut des monnoyes, et que les héritages sont de meilleur revenu. Spinette. Se peut-il faire qu'à l'occasion de ceste-là seulement, il luy ayt prins volonté de quitter et abandonner entièrement le pays, les parens et les amis?

AuRELiAN. On dictencores beaucoup d'autres choses, lesquelles il n'est maintenant nesoin de raconter. Mais combien que la seule amitié en ayt

La C4>W8TA'90&^ COMfiBIE. %l^

eslè cause, je nem^en ^smervd^le pas beaucoup, et 8*«n ej>aliûscDt seshmient ceux qui n'oBt esprouré ooeUes sont ks forces d'ainoor, ou ceux qui ont taule ^ JBgemeiit et sont peuexperimea* tez es afi^res du monde.

Spihbxte. Soit r ooflune on -roodra. Je sçay bien que jamais ii n'a esté tenu pour homme <le pen à entendement. Mais poonmyez.

ÂDftEi.U9. lls^en^ladonoques à ceste occa-' sion, et ay ony dire qu^ tint le chemin de Bonrgongne ; et n^ay jamais ony nouvelle de kiy, sinim une senle fois.

Spisettb.Tous en avez donc receu des nou- Tdles?

AufiSLiÀN . Ouy, Madame : lorsque le roy faisoit la guerre pour le- recouvrement de la princi-* pauté de Luxembourg, il y a quelque temps, Léonard, mary de madame Constance, fut nnns en une escarmoncbeet blessé à mort par quelques Espagnols ; mais, comme voulut sabonue fortune, ceste prinse estant venue anx oreilles d^Ânthoine, qui estoit bien aymé du chef qui commandoit en 1 armée, payant de ses propres deniers la rançon, le remit en liberté ; puis, Tayant faict conduire en un bon logis, le fit à ses propres fîraiz et despens poiser et medicamenter, en sorte qu'incontinent après, jâçoit que les playes fussent périlleuses et de danger, il fut guery et sauvé.

Spikbtte. Je n'ay jamais ouy parler de -cela.

ÂURELIÂN. C'est un grand cas, puisqu'à Troy es on sçait toutes nouvelles, tant par la voyc des chassemaréé qu'autrement, que vous n'en avez rien sceu. Tant y a qu'Anthoine^ luy ayant faict ren-

a^o, . Lariyey.

dre tout ce qui lay a¥oit été prins, josquea à une esguiJlette, le renvoya à Troyes..

Spinette. Qu'alioit chercher Léonard panai les soldats ?

ÂURELIAN. Encores qu'on n'en sçache rien, à la Terité, aucuns pensent qu'il cherchoit Anthoine.

Spinette. Ëtpourquoy cherchoit-il Anthoiue?

AcJRELiAN. Plusieurs ont opinion qu'il le cherchoit pour le tuer, s'asseurant qu'il croyoit icèluy ne pouvoirestre ny seurement, ny avec honneur^ légitime mary de madame Constance du vivant d'Anthoine ; mais autres sont d*opinion contraire, et tiennent pour tout certain qu il le cherchoit à autre intention. Toutesfois, comme j'ay dict,oa n'en sçait rien à la venté, pour estre Léonard, ' comme devez sçavoir, homme qui parle peu, et qui eu toutes ses affaires est bien entendu. Mai^ soit comme on voudra. Anthoine ne. parla pas beaucoup à luy, croyant peut estre que trop paiv. ler nuit.

. Spinette. Comme avez-vous donc eu nouvelles, de luy?

. Aureliàn. Quelque temps après, ilm'cscrivit une lettre, laauelle j'ay apportée sur moy ; et, afin que sçachiez le tout, je vous la veux lire.

Spinette. Je ne vous en veux donner la peine ; dites-moy seulement la substance du contenu en icelle, puis ce m'est assez..

Aureliàn. Il m'advertit qu'il se porte bien, et est en resolution de jamais ne revenir veoir ce pays, et que partant je dispose de ses affaires selon son intention.

Spinette. Fait-il mention des affaires de Léonard?

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' ' AcRELiAN. Non, Madame; il se plaint seule^ ' ment d'estre poursuivy de celuy qui le deyroit Bjmer. '

Spinette. IVoù escrit-il?

\ÂukELiAN .' De Besançon .

'■ Spinette. NVvez-vous apprins autres choses de luy en tant d'années?

• * ÂURELIAN. Nenny par ses lettres. Ce nonobstant, avant que prenore aucune résolution, j'ây *voulu laisser escouler quelques ans. Or, maintenant que certaines miennes affaires me contraignent aller en Bourgogne, soit que les dix ans soient accomplis ou non, je suis venu pour vous dire que n'ayant, par la grâce de Dieii, besoin de •m'aydcr de ce que, selon la charité et justice, on -doit à aulfuy, je suis résolu de distribuer et faire -part à Tos énfans, comme les plus proches pàrcns 'd'Ânthoine, de ce qu'il rn^a mis entre les maiâs. C'est pourquoy, avant mon partement, je laisseràv en ia bancque de Lyon, pour vostre fils aine, cinq cens cscus, affin que, quand il sera parvenu en âge, il s'en ayde selon vostre bonne volonté ; et encores autres cinq cens en la mesme bancque pour vostre grande fille, affin de luy estre délivrez lors que la voudrez marier. Ce que j'en fais est pour ce que si, en mon voyage, il plaisoit à Dieu faire sa volonté de moy, je veux estre acquitté de mon devoir, et si je retourne, comme j'cspere que ce sera bientost, moyennant la grâce de bien, j'adviserai à quelques autres choses au profit des neveux d'Anthoine, le départ duquel a esté cause qu'oncques depuis jen'ay esté joyeux ; "et si j'eusse pensé qu'il eust voulu faire ce qu'il a £sdct, il ne s en fust jamais allé sans moy ; mais je

9tt l^»rrsT.

neasoj qoH defM inre ^xmaaé jfhaàean aaàÉes jeunes lioraiiies «at amoMraéfaare en cas pareil, et qtte, ayant p«»sé a» an on deux en œste-frene»- «^ il s'en deroit rei^enir et'penserà autre Aosr. Stus j*aj omiea es eSkt qn^il a un srand exmragCy et qn'u est deboniiam et pakSoe en tonte. 9» actkms.

SpiifETTE. Ànrd[»Hi5}eB^7Januâsfôct comme font la plospart des femmes, lesçaj bien Ie& donnations faictes par mon frère, qui a plus tenu de conte d'aotruy que de mo j ; neàntmoîns , pour tout cela, je n'en ay jamais ouvert la bouche. Quelque temps après son départ, Fabian, mon mary, est moit, qui m'a laisse deux enfants mastics et deux femelles avec peu de moyens, et pour tout cela je n'ay pourtant désespéré de la grâce de Dieu, et telle croyance ou espérance n'a esté vaine ou trompeuse, puis que, parsa grâce, vostre bonté et amiable affection me faict aujourdliuy jouyr d'un si grand bienfaict, duquel je ne me soufleray jamais de remercier et l'un et l'autre. Mais, sans vous tenir plus en suspens , avez- vous à la vérité receu quelques nouvelles de la mort d'Antboine?

AuRELiAN. Pour vous parler franchement, un Bourguignon qui est en ceste ville, lequel au Conté luy fust bien grand amy et plus que frère, m'a affirmé par lettres et depuis dît de Douche à plusieurs qu'il a receu certains advis qu'Antoine est mbrt en Allemagne.

Spinette. le dis ainsi pour ce que ce matin j'en ay longuement devisé avec madame Constance, laquelle m'a envoyé quérir tout exprès, et entre autres choses m'a dict qu'il y a environ un mois que Léonard, son maiy*, estoit parti de

La CONffT.AifGB^'COHEBIE. ;1<S

Troyes pour aller en AUemagoe troorer Antlioine, affin de le ramener à Troyes. Je roia ^-^ ray d'ayantage , oq^â ce soir elle attend et ron et Fautre. Vous en faictes Te^baliy ?

AcRELiAïf . Je ne sçay et ne puis , sîfioftt serrant les espauUes, croire qae Léonard soit, com-' me roD dict, arrivé, et qu^Antboéne soit vivant, vea que Léonard le chercbe Çainsi que j^av ooy dirc^) plus pour le faire mounr que pour le taK mener par deçà . Dites-moy par vostre for, madame Spipette, comment dame Constance peut en un oiesme temps avoir deux marys, pose qn'il fiist vray que Léonard fust allé trouver Anthoinet C'est ce qui a donné i plusieurs occasion d^en parler. Je sçay Bien que madame Constance est belle et bonne autant que Tor affiné ; mais...

Spinette. Je croy qu'elle est telle que vous dictes, mais (Aurelian^ le monde a este, est et sera tousjours pareil. Si quelqu'un est bon, il trouvera qui mesdira de luy ; et qui est bon, c'est assez qu'il est bon* Le monde en croit ce que bon luy semble.

AuRELiAN. Cela ne peut estre, madame Spinette, et répugne trop à la vérité, car il faut encores tant faire que le monde lé croye.

Spinette. Que voulea&-vous faire? Elle est de celles, comme plusieurs autres, qui se contantent de bien faire , et congnoistrez que le bon est tousjours congneu des bommes de nien, mais non des malins et mescbans. A grand peine les personnes bonnesles et bien apprinses ont mauvaise opiïûon d'autruy à la seule veue; mais si par mal'heur quelque vicieux, ayant commis une faute ixotable, se présente à eux, ils les excusent dou^

•^Ua4 . Larivby.

cernent; mais le menu peuple et gens de petite estoffe sont ceux qui ne crojent seulement la

' faute qu'ils Toyent ou qu'ils entendent, ains bien souvent, je ne dy pas par quelque vraysemblance, ils sont induits a croire, voire de propos délibéré

• feignent, ou, comme Ton dit, composent au détriment et desbonneur de leur prochain; et de telles

fens se faut bien garder, et non des bommes de ien. Mais, retournant à madame Constance, vos-

• tre venue a esté cause que d'elle je n^ay enc(M:es entendu le tout. Toutesfois je sçay bien, que se confiant, comme elle dit, en sa conscience et bonne intention, elle ne se sûucie pas beaucoup de ce que dit le peuple.

ÂURELIAN. Il s'en faut soucier, et qui aPbonr neur en recommandation tient plus de conte d'entre tenu pour bon, sans Testre pourtant du tout, que d'estre bon et réputé pour meschant. Je vas chercher plus avant. Je sçay quasi à un jour près ce qui s'est passé entre Ânthoine et elle , et je vous le dirai ; je sçay qu'il y a aujourd'huy dix ans, ou peu s'en faut, qu'elle est la femme de Léo* nard.

Spinette. Entre vous hoinmes, croyez Ineu souvent ce qui n'est pas, mesmement les affaires des femmes, et le plus souvent le monde se trompe en ses jugemens.

AuRELiÂN. Voyons-le un petit.

Spinette. Ouy, le temps est dict estre père de la venté ; mais quand pensez-vous retourner A Troyes?

AuRELiAN. Ce soir, ou demain de grand matin. J'envoyeray mon laquais devant quérir mon cheval et dire qu'on m'attende à la Trinité, pour

La GONStANCfi^ COMBDIE. 32$

ce qae, passant par là, je désire yeoir un mien amy qu est demeuré malade aux fauxbourgs; pfHs je m'en.retonmeray à la viDe.

SpiifETTE. De grabd, sans vous incommoder, je Yousprie, à irostre retour, passer par icy, pour ce que je vous pourra j. dire quelque chose, madame Constance ayant ce jourdliiiy acheyé à me dire ce qu^eue ayoit ce matin commencé à me conter.

AuRELiAN. Je le yeux Hen, et feray semblant que j^ay oublié quelque chose à yous dire quand j ay pnns congé de yous.

Spirette. Comme il yous plaira.

AuRELiAN. Or sus, à Dîeu, jusques au reyeoir, madame Spinette; je yous prie présenter mes recommandations à madame Constance, à laquelle je ne diray autre chose^ ayant desjà prins coogé décile il n^y a pas longtemps..

Spinette. Aussi feray-je. H6 ! ceste jeune dame est la plus honorable et sage femme qui soit anjourdliuy au monde: elle sçayt mieux dissimuler qu'autre qui ayt jamais esté: mais entre cy et peu de temps, on descouyrira la yerité de ces deux affaires. Maintenant, pour ce que les jambes me font mal pour ayoir trop longtemps esté debout, je ne feray que bien de m'aîler un peu

Xser. nais yoicy dame Constance et dame Êlith ; il ne me seroit pas bien séant de m'en aUer. Elles discourent entre elles de je ne sçay quoy-

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