SCÈNE nii
Fidenecj Biaise , l'Espagnol.
FlDENCE.
L uia intus sum omnium rerutn satur, ïprodi ambidare hue libitum est» Cela jayde beaucoup à ma complexioo, me promener environ une heure après le repas, et mesmement, lorsque j'ay trop mansé, me promener unpeu par ces plaisantes couines, àrombre de ces vertes ramées. Mais pourquoy sitost sVst retiré de mes yeux le soleil qui donne jour à ma vie , ma gentille dame Elisabetn? Quel remide
Î' a-il ? Omnia vincit amor et nos cedamus amori. 1 me semble y avoir plus de mil ans que je n'ay repeu mon cœur ny mes yeux affamez de Tambreisie et tris doux nectar que distillent en moy les plus divins flambeaux de ma très belle déesse, lesouels ont force et puissance d'arrester le soleil, de ùke moavmr les montaignes , débrider le cours des rivières, et de chanser ^omme faisoit Méduse) les honuies en piores aures . Mais quel plus grand
23p Larivet.
miracle peuvent faire deux, yeux que celuy qu^ont' exercé en moy ceux de ma bien-aymée , iceox ayant, parleur grande yertu, pénétré mes entrailles et j^lus intimes parties de mon cœur diamantin,, et SI fort allume en mon froid estomac, plus dur que marbre, un feu si violent, qull me brusle entièrement sans que j'y puisse trouver secours? Au moins, qu'elle ouyst ces miens tant doux propos ,
Êarce que par là elle cognoistroit que Tespnt de lonsard et de du Bellay, par la grâce de ses estincellansyeux , font en mon estomac une fontaine de très éloquente éloquence. C'est pourquoy elle sera par moy quasi une nouvelle Gassandre, et une autre Olive^ par mon stil très célèbre. Mais heu ! Blasi! st! st: Il me souvient que la maistresse le rappelle pour aller en la maison. Sedeccuni ipsum* ' Élaisë. Mon doux maistre, vous estes plus heureux et plus fortuné amant qui soit iri toium orhem terrarum, depuis Gronceaux jusques à Troyes.Oseriez-vous penser combien dameEGsâbeth, estant à la fenestre et ayant ouy la douceur de vos sucrées parolles , a soupiré de joye? En effet, je cognois que c'est pour les grandes vertus dont estes doué.
FiDENGE. La maistresse a-elle encores entendu mes discours?.
Blaise. Ouy, Monsieur, avec un plaisir indicible.
FiDENCE. Qu'a-eDe dict?
Blaise. Rien autre chose, sinon qu'en se soubsriant elle a dict que Toysiveté et le trop bon traictement estoient cause que le maistre taisoit toutes ces folies.
FiDENGE. Verum est.' Otia si tollàs, pertere
La Con&tancFmXomedie. aSi
cupidînis arcus.Etquœêequuntur, Lequel grand vers a esté par le Morgant traduit hoc modo, en ceste façon : ' '
// est'nay de Voysiveté Et (tkumaine ItMcweté. ,
Blaise. Je yeux sçaybir àquoy.tend son dessein, etvéoir, puisque la maistresse le veut bien , si par une petite tromperie je luy puis tirer ks grillons de la teste.
FiDSNCE. Quel discours fais-tu en toy-mesme?.
Blaise. Je disois qu^ayant à demeurer icy quelque peu avecqùe vous pour le service de la maisttesse , j'ayme bien vostre compaignie. Mais, ditesrmoy, que vouliez-vous dire quand à table me £adsiez signe de Tœil, ine guignant de travers, comme ayez accoùstumé faire?
FiDE^NGE. Je te vouloy faire signe que Aac mane^ ante ortum êoUs, luna crescente , j ay faict cela.
Biaise. Et que diable est-ce à dire : J'ay fait cela? Je ne vous enten pas.
FiDENCB. Juxta formam clavicula.
Blaise. Ha ! ha ! ouy, ouy ! incantum.
FiDBNCE. On ne dictpas^ ainsi.
Blaise. Tant y a, vous m'entendez bien : Fencbantement.
FiDBNCB. Et pro consianti habeo ou'avant qu^il soit une beure on en verra les effets , et mesme je me suis de^à apperceu qu'elle devient folle de moy.
Blaise. Cy devant je me suis apperceu qu'icelle , voulant entrer en la maison ^ se retoumoit en arrière pour vous regarder;, jettantun si chaud' soupir qu*à m'a quasi bmslé le visage.
FioiSHGE. Quiat^imo peelare.^ ^ . t|
Blaise. Voalez-TOua faire ce qaejerôas drajrf FiDBNGE. LiiênHssùne^tiisYùloaûvn.
Blai&e. PourcetfaeTOUs sentes uopett. .. m'en* tendez-YOus?
BLAiSB.'Le saif de bouc, changez de cbemÎM et mettes an antre jiropoii, et, sr n^enavez, je TOUS en presteray un des mieasv par ce qneicestirf est si yitaivfôment sale qu-il semme estre brodé de graisse et de sueur, et ne sçait^n encorea;..; '. , FiDEM CE . Lis est suh judice. - . < r
Blaise . De quoy VL est. Aucuns /p^nscoit ^'il est de satin , autres disent que c'est do/Teloiirs , et les ouvriers eroyent que c'est de lafostainei; âiais Barbe ne l'entend ^ ainsi, ains s'appoinle an contraire de madame Elisabeth,, qui est dropi*nion que c'est de la trippe, et elleoict que eei^ dé la tiretaine; lamaistresse, que c'a esté autr^iob du drap de Berry; et, quand à moy^iqui pense l'entendre mieux que tous, je'jurerots bien qu'à :a esté faict de laine de porc. Mais laissons là toutes ces disputes.
FiAENGE. Ouy, ouy, nHssa.kœcfacianms, Tant y a qu^l est fort bon, pour ce que je ne l^ay encores porté quinze ans entiers.
Blaisb. Quand à vos brayes,.eQes sont raicor assez bonnes. .(
FiDEMGB. Tu le peux dure , car elles sont presque toutes neufves.
• Blaisb . Mais pounpioy^ portez- tous eeste méchante robbe?
FiDENGE. Je la reax du toutoster m/hl&i/iier, et en mettre une magnifieque qui me fust doçpiée
La Gon&TAircx, Comedis. 93}
par tm mioa dbcqple, locscpe je las passé doc-^ tetri Tboiosç;
Blaisb. £a botiâefoy 4 ^eistts^Toiispassédocteur ?
Futtif Gis. Doetear, doctisame ; ne f a j-je pas monstre mes lettres t
Blaisb» Nemiy, Monsieur. Et en qiieUe faeulté^sBttl^TWir passé docteur en toute folie ?
FlDSKCS; Minime j nequaqutan^ inprimiêH ^Knste4ffnitia>ffrwnm4itica, . BliAiSErfio ! je ne leisça^ois pask - ' FlluilfCB« Per verhum neseio eolviiur omruf jueatio, ' ELA<tSE4 8e Incâ^h doete^r en grammaire ?
FilHBNCE. Pourquoi non? Or, nesçays-tu pas quelle est des' sept ars libéraux, qu'elle est la fans* digne de tous , et <iue sans elle on ne peut droidement apprendre les autres ? Jaçoit que certains modernes n*entendans la matière , en confes*sant que éUgniwû, sunt f^eferehda^ nyent la unneure. Quiapropteruaum quodqué tate^ etillud magité^
B&AISE; Dieu sçayt si vous sçavez ce que vous difes ! car, quant à moy, f ay opinion que de six moite "VOUS n> en ditespas deux qui soient yeritables. En qnelfe autre sdenoe.estesrTous docteur?
FiBEMGB. ïn thet&rica^ musiea etpoesia.
• ;foAiSB. Mort queVatten! mai» ppùrquoy ne TOUS fistes-Tous pas docteur es maUiématiques?
FiEBifGS. Je le suis aussi Trayment en ceste faculté.
Blaiise* Vous voidez dire qne^cW assez d'estre excellent en icelJe.
f^hiBncE. Ony, je youlois dire ainn. Nesçais- 1u pas qnlan. grand philosophe ayoit eseritsurla
a34 Lariyey.
porte de son collège : Qu^aucun n'entre céans qaUl * ne soit mathématicien !
Blaisïë. Ho ! bon, bon ! Mais,pour retourner à vostre doctorerie, je ne pense point avoir faiUy quand ce matin je vous ay dit . qu'estiez docteur in quartoque.
FiDENCB. Âins as droitcment frappé au but, Aut aaltem non longe aberraéti a scopç.
Blàise. Donques, monsieur le docteur en tant de facultez, pour retourner à n^tre premier pro^pos , il est temps vous mettre en ordre comme je vous ay dict, aller en icelle chambre qui sera apn prestéé pour vous, et là y attendre vos^e.fortiXi^e ; et, afiiu que la chose ayt plus grand et prompt efiect, lisez sLtost que vous serez ^itré.$eul eu la chambre, par trois fois consécutives, œ troisiesme chapitre qui est marqué en marge du signe d'une main.
FiDENCB. Laisse faire à moy , je te serviray par excellence.
Blai&e. Or sus, allez en la maison. Que diaiiT tre faites-vous? Ne saultèzpas de ceste façon, car on penseroit que vous fussiez devenu fol.
Fll>ENCE. Hanc tua Pénélope lento liii mittii Ulisses, Escoute , Biaise , pour mieux te raconter ces miennes amours en françoys , je ne veux pas beaucoup estudier aux livres d'Amadis, en du Bellay, de TËxcellaBce de la langue françoise , ny encores en Ronsard , Baïf, Belleau , Desportes et autres.
Blaise. Or sus, cheminez donc, puisque vous estes en chemin.
FiDENCE. A Dieii, Biaise. Titire tupatulœ recuhans.
La Constance, Comédie. a35
BliAiSE. Allez, de par Dieu, etyoushastez. En effet, en celle cage des fols, laquelle se Yoid aujoui^ dliuj despeinte es boutiques des barbiers, et en ma chambre, où j^en tiens une au chevet de mon lict pour mon particulier estude, entrent de toutes sortes dlipmmes, et plus que tous autres ceux qui sont tenus du monde et qui se reputent eux-mesmes pour sa^es ; et , d cemy qui en a esté inventeur, on qui Fa faict impnmer et mettre en lumière, ny eust gardé du respect, et peut-estre n^eust craint offenser aueuns; ony verroit, ce me semble, de belles <;hoses, de façon que je ne mW merveiîterOT point de Fidence. Maintenant que la nuit approche, je luy feray une niche, puis que ma maistre^se et dame Elisabeth m'en ont donné la charge ; de sorte que Tamoiir luy sortira de la fantasie. Ces badins apprennent àudre le sot, et puis après sont fols de tout point ; et je n'en suis majrry, ponrce qu'enfin tels outrecnydez sont hommes jcomme nous. Mds puis que cestui'Cy ne passe point , et qu^il y a presque demie heure que je suis icY attendant, je yeux aller en la maison, ou, regardant par les tenestres, je le pourray yeoir en la rue.
iiô tiARlVEt.