SCÈNE IIII
Constance^ Elisabeth^ Biaise.
Constance.
uoy ! madame Elisabeth , ne m'oyez- 1 vous pas ?
Elisabeth. Ouy, de par Dieu! me
' voicy.
Constance. Allez un peu en la maison tenir compagnie à madame Spinette, qui est seule, pour
Cjpi rfiie \f. Vfiiitr lin TV»i1 -nârlûr a Rloîeo o.* <^<«A«r^;..
Elisabeth. Or sus, je vas donc trouver madame Spinette.
Constance. Allez , je vous iray tantost trouver. Mais voicy^ le galland. D'où viens-tu?
Blaisb. D'icyprès, de la maison des labou-
reurs
Constance. Tu es tousjours à te promener ou à jouer. Dieu sçait comme le cheval est gouverné ! Blai&^e. Très bien.
Constance. Il luy faut demander. Qu^as-tu
1a GoNStANCfi, Comédie. iiS
k faire avec ce soldat auquel navires tu parlois $i falniliëreiiie&t?
Blâise. Dieu me soit en ay de! Rien que bien* Je le cognois je ne sçay comment. Il est yray que Tautre jour je m*en allay en la maison du sieur de Layau, ou il estoit , et là son seryiteur me monstra tous les bastimens et les jardins du lieu, en la présence de son maistre , me faisant mille caresses.
Constance. Luy as-tu jamais parlé de moy ?
BbAiSB. Non , Madame.
Constance. Âs-tu esté en sa propre maison?
Blaise. Ouy, Madame ; ne yous Tay-je pas dit?
Constance. Il est donc capitaine, quoy?
Blaise. Non, Madame, comme je pense. Ce neantmoins , il est bien yenu et bonoré d'un cbacun , et est au logis comme un seigneur, et, si son laquais m'a dit la yerité, il a, je ne sçay si c'est du seigneur, qui luy estgrandamy, oud'autre, une honorable proyision, et je le croy, pour ce qu'il tient deux seryiteurs , une seryante et un bon cbeyal.
Constance. Je t'ay maintes fois dict que tu ne hantes telles gens , et tu yeux en cela comme en toute autre chose faire à ta teste.
BiJiiSE. Youlea^-yous que l'on me tienne pour un asne? Si au commencement je l'eusse cognea pour autre qu' homme de bien , je n'y eust jamais retourné depuis ; mais , ei^ bonne yerité ^ il me semble fort honneste homme et bien apprins. Yoy là son laquais qui chemine la teste baissée ; il peut avoir perdu quelque chose.
Constance. A son dam. Biaise, sçay-tu ce que je yeux dire ayant que je m'en aille ei» la maison?
246 ' Larivet.
BLAiSE.Quoy, Madame?
Constance. Si j'ay esté contante que tu faces quelque petite niche au maistre , je ne Veux pas pourtant que iuy faLces chose que ce soit qui luy soit de dommage. Ce n^est pas bien £aiict de se moquer des simples et ignorans , non pins que des affligez et misérables.
Blaise. N'en ajezpœur, Madame; c^est assez que TOUS en rirez, il n en pleurera pas. Mais que va cherchant cestuy-cy ? Je luy vas demander, et demeurer un peu avec luy, jusques à ce que monsieur le Pédant se mette en ordre.
SCJÈNE V.
Le Laquais de P Espagnol et Btaise .
Le Laquais.
e voudrois bien encores faire davantage I pour mon maistre , qui me porte ime si t grande amitié. En effet , ces seigneurs ^ et maistres qui sont aymésse gouvernent plus sagement que ceux qui sont seulement craints, parce que ceux qui ayment craignent quant et quant de ne desplaire a la chose aymée ; ce que ne faict la crainte, quand elle marche devant et est suivie de Tamour. Que beny soit-il !
Blaise. Et depuis quand es-tu devenu sage, Farfanique?
Le Laquais. C'est proprement depuis le jour que tu as prins possession ae la folie pour en jouir a perpétuité.
La Gonstaiv£e, Comédie. 247
Blaisb. Qu'as-tu perdu, que tu regardes aiasi contre terre ?
Le Laquais. Tav perdu... je ne reu^ pas dire quoy.
Blaise. Lève le front et regarde au visaige oeax qui parlent à toj,.
Le Laquais. Je te prie, ne me romps point la teste,, car je suis ruyné ; Jioa pas cjne je me soiicye de dix escus qu'il peut valoir, mais pour ce que...
Blaise. ResTes-rtu^.ou si tu dis a bon escieiit? Qu'as-tu perdu?
Le Laquais. Tay perdu les patenostres de mon maistre. Le sçay-tu, maintenant?
Blaise. Quelles sont les patenostres de ton maistre? un cappelet? Comme ainsi les as-tu laissé cheoir?
- Le Laquais. Mon maistre, les tenant naguères entre ses mains, et Toolant faSre je ne sçay quoy, me les bailla garder, et je ne sçay comme je les ay perdues.
Blaiss. Ton maistre doit eâre de ceux qui, en apparence, font deyantle peuple une grande mons'^ tre de dévotion et font un grand bruict avec les grains de leurs patenostres, se mettent à genoux en leur chambre , et, se promenant seuls, medi* tent plusieurs choses^ et non comme les. bydjcopiques, pour estre ouys et veuz de tout le monde-: je veux dire hypocrites.
Le Laquais. Je n'ay que faire de tout cela. Je suis fasché de les avoir perdues.
Blaise. Veux-tu que je t'ayde à les cherdier?
Le Laquais. Je t'en prie. 0 patenostres benbtes!
^8 Làrit«t«
. Blaisb. Gomme sont-elles faictes? Sont-elles comme les ave Maria?
Le Laquais. C'est un chappelet noir ; ne te Taj-je pas dit? et les gros grains sont des boatons d'or, avec une houppe de soye yertc.
Blaise. Gommançons d'un costé, étalions tout le long du chemin par où tu as esté , jusques à l'endroit où tu t'es advisé les ayoir perdues. Par ^insi il sera fort aysé les trouver.
Le; Laquais. Tu dis yray. Si tu les troureje te donne un ducaton.
Blaise. Je seray bien aise de faire chose qui puisse estre agréable à ton maistre et à toj. Je youdrois bien , si ne les trouvons sitost que nous voudrions bien , que me fisses un plaisir, et en cela je ne me puis servir d'autre que toy .
Le Laquais. Si c'est chose qui importe , allons sans y songer davantage, d'autant que, si ce que je cherche est perdu, il faudra enfin prendre patience.
Blaise. Allons tousjours cherchant, car, quoy qu'il en soit, je veux' qu'entrions en la maison par ITiuys de derrière, affin de n'estre veuz.
Le Laquais. Allons où tu voudras. . . Qui sont ceux-là?
Blaise. Que diable sçay-je! Pensons ànosaC^ faires.
La CONST^IfCB, COMEBIE. ^9