‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 69 sur 158 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Biaise^ Fidence^ le Laquais.

Blaise.

[ que j'ay bien faict de sortir dehors aujparavant que le maistre fust cschappé (des mains de ceux qui le tenoieut. Jaçoit ^que à la brune il m'ait cogneu, comme je pense, si est ce que, pour estre sorti devant luy, j'ay opinion dcluy faire croire ce que je voudray. Et si le laquais qui m'a aydé sort bientôt de la maison, tout se portera bien. Le voicy tout à point; il ne falloit pas arrester d'avantage. 0 comme de grand courage vient ma maistresse, et ces autres dames !

FiDENCE Ubi ego illum sceierosum y miser ^ atijue impium inveniam ?

a58 Larivey.

Blaise. Hclas! qu'avez-vous , maistre? qo'y a-il?

Fi DE M CE. Ut ego unguibua iUi in oculoa ùiyo' lent venefico.

Le Laquais. ,Qu'a ce pauvre homme? .

Blaise. Qu'avez-vous?dictes-moy.

FiDENGE. Roffilas^ audacissime ? Quej'ay ?

Le Laquais. Quel langage de perroquet parle ccstui-cy?

Blaise. En vérité je nesçay que c'est que vous avez. Que veut dire vostre robbe ainsi enveloppée sous vostre bras? Où est vostre bonnet? Où sont vos pantoufles? Pourquoyne rehaulsez-vous

t)as vostre haut de chausse? Parlez, si vous vouez.

Le Laquais. Tu ne voys pas. Biaise, quels yeux faict cestui-cy ? Je pense qu'il esl fol ou demoniacle.

Fidenge. Lingua hœret meta, 0 infelicem Fidentiuml

Blaise. De quoy estes-vous tant perplex et esmerveillé ?

LÉ Laquais. Dites donc, parlez en sorte qu'on vous entende.

FiDENGE. Biaise, je tenoy pour tout asseuré que tu estois de la menée et complice du faict ; mais puisque, hors de toute croyance, je t'ay trouvé icy, je ne sçay que dire.

Blaise. Ha! maistre, vous $avezbien;dictesmoy, qu'y a-il?

FiDENGE. Quid tibi ego dicam, miser?

Le Laquais. Pourquoy perdons-nous ainsi le temps, si avons veu et nous sommes trouvé à tout ce qui s'est passé?

La Constance, Comédie. 269 Blaise. Tu lï'as point d^entendement; voicy le plaisir : mon maistre , si tost quç Tamy tant beau et bon fust entré en la chambre où vous Tattendiez sans clarté, je m'en reyîns deçà, et n'en sçay autre chose ; mais je doute que, maintenant qu'ayez obtenu ce qu'avez tant désiré , ne vous vouliez mocquer de mov*

FiDENt:E. Biaise,. mon amj, pour autant que je me ûe en toy, je te veux tout raconter. Sedquis puer hn "*

Blaisë. C'est ua jeune garçon mon parent : parkz hardiment.

FïBENCE; Voy combien l'ennemy du genre hu- Hiaîn cherche toujours de faire rompre le col à autruy. Uài ingressa est ad me^ stafim mediarn midierem xomplector. Me préparant, enten-tu?

Blaise. Poursuivez.

FiBENGE. Mais, que dirois-tu ? je trembloy comme lia feuille sur l'arbre.

Blaise. Puisque tu ne te veux garder de rire, Farfanique, retire-toy arrière. Je ne m'en esmerveiUe pas, car il y a aucunes choses qui se font presque tousjours avec crainte par ceux qui n'y sont accoustumez ; vous deviez, au surplus, estre à demy despouillé, pour mieux travailler à la luy te.

FiD£N€E. 11 est ainsi ; mais je sçay dire que je chassay la pœur.

Blaise. Comment?

FiDENCE. Parce qu'ayant prins courage, je l'affrontay; mais estans venuz aux prinses, mon malheur voulut que je tombay dessoubs, parquoy mon ennemy montant sur moy à chevauchon, au lieu de me caresser me mordoit, m'arrachoit la barbe, et me fùsoit les plus estranges choses du

a6o. Larivbt.

monde. Cependant, un esprit ou antre qae ce fast ipe ly a estroitement ensenîble les pieds^ avec lesquels je m'aydois encores un peu.

Blaise. Et que diable faisiezrYOUs des mains?

FiDENGE. le m'en deffendis quelorue temps le mieux qu'il me fut possible ; mais ennn advint, je ne sçay comment, que je me trouyé tout estendu ayant les mains lyées sur Le cul , ceste beste m'importunant tousjours, laquelle m'a tant offensé qu'ail est impossible que jamais je me puisse bien porter.

Blaisë. Se peut faire aue naraventure tous ayez laissé échapper de la Doucne quelques mots que je yous avois deffendu, et dict que yous en gardassiez comme du feu. Qu^ayez-yons à souspirer?

FiDEN€E. J'en ay bien l'occasion. En ces entrefaites, madame Constance, accompagnée d'une troupe d'autres dames, entra soudain en la cbiambre, et, les fenestres estant ouvertes, me yid estendu sur le lict, demy nud, et mes parties honteuses descouvertes.

Blaise. Je puis dire qu'elle a yu quelque ckose de beau. Mais vous laissez le reste et le meilleur : que deyint cest amy ?

Fidence. Soudaiu qu'il entendit ouvrir l'buys, il print incontinent au pied, et se fit quasi invisible entre ces dames. Quant à moy, îe crois certainement que c'estoitun diable : et qu il.soitvray, madame Elisabeth en pourra parler, parceque quand il passa elle fit le signe de la croix.

Blaise. C'est assez, je vousay entendu.

Fidence. Elle estoitavecLa Dame.

Blaise. Et bien, que vous dit Madame?

Fidence. Dij boni^ quièuavirbis, La plus re-

La Cohstange, Comédie. 261

levée Tilenioe et injare qui jamais ayt esté faicte aa plus mescbant qu^on puisse trouver. Mais, jeté prie, ne m^en faj point dire^d^avantage : pense seulement quel je aeyins , me trouvant , en la sorte tiue je t^ay dit , environné de tant de dames. Si je vivoy mille ans, je ne me souviendroy jamais de ceste journée que je ne sue et tremble de douleur. Va donc, Biaise, va, et pren accointance des diables , mais plus in aîernum,,.

Blaisë. Je vous dy des le commencement que, si h^estiez duit et expert en ces affaires , que ne vous y embrouillassiez point, et vous me distes que vous en sçaviez plus que jamais en ceste renonmdée science n'en sceurent Âsrippa , P. de Abano, Amaut de Villeneufre, Arbatel, Cardan et autres. Or tout' se porte bien : ne sçavez-vous cas que ces cboses ne soùt convenables au cbrestien? Et si 00 sçavoit que vous vous en meslez , vous seriez bruslé tout vif.

FiDETfCB. Je te prie. Biaise, mon amy, mon doux amy, que tu veuilles...

Blaise. Allons par Thuys du jardin en vostre chambre, et là, tandis que vous rageancerez vos affaires, nous parlerons du reste.

FiDENGE. Allons où tu voudras.

Blaise. Que fais-tu là, Farfanique? Vien en la maison.

Le Laquais. Allons, je vous en prie, car je meurs de soif.

26a Larivby.

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