ACTE irïL
SGÊJ^E K Aurêl{ân\ Spinette.
AURELIÀM.
I combien je suis ayse que Gerarâ a prin» I résolution de venir ce soir av«c rnoy à [Troyes, et beaucoup plus de ce qu'il ' m'a descouvert les tromperies et trahisons de celle qui faisoit semblant de m'aymerMir toutes choses, voire plus que sa propre vie! Se pourra-il jamais faire que je croye plus auxpa* rolles et larmes des femmes? C'est une pure venté^ et le touche avec la main , dont je dey remercier Dieu, qui m'a faict ceste grâce. Mais pour ce que Gérard ne demeurera gueres à revenir icy, où je luy ay dict que je l'attendroy jusques à ce qu'il fust allé prendre congé de Louys, ce ne sera.^ue bien faict que je m^expedie au pliistost. Tout à pointf je voy madame Spinette sur le pas de la porte. ,
Spinette. \\ est desjà bien tard, et AureUaii ne vient point. 11 aura oublié de passer par icy^ etçeut-estre demeurera ce soir avec son amy» Mais le voicy.
AuRELiÂM. Dieu vous donne le bon soir.
Spinette, Tout â ceste heive je pensoy si passeriez par cy à ce soir ou deonain matin. Bon soir et bon an.
AuRELiAN. Et bonne heure encores davantage à vous. Madame.
La CoNSTAifCE) Comédie. a63
SpiNETTE.Je sais iDÛoiment ayse qu^estes. venu icy, aflin de vous retirer d'une vostre opi-, nion, et pour vous faire oujr chose qui vous fera, esbahir. Avez- vous point puis naguères sçeu le tout?
AuRELiÂN. Commancez, de grâce.
Spinette. Pour ce que je pense que le sçavez, il n'est pas besoin de vous répliquer ce qui s'est passé entre dame Constance et Anthoine avant qu'elle se mariast.
AuRELiAN. Je sçay bien tout cela.
Spinette. Et combien grande a esté l'honnea^teté'^ tmntinence des deux.
AuRELiAW. l'auray tousjours cela en ma mémoire, estant chose qu'on ne peut dire estre souvent advenue.
SPiNETTE. Peut-estre moins que ne pensez. Que diriez- vous si on vous disoit que madame Constance est autant pucelle que quand elle sortit du ventre de sa mère ?
AuRELiAN. Je diroy que je n'en croy rien, icelle ayant esté avec son mary environ duix ans.
Spinette. Je suis contante qu'il y ayt dix ans qu'elle a un mary , mais elle ne l'a jamais hante ni cogneu.
AuRELiAN. Madame Spinette, trouvez qui croira cela ; car, quant à moy, je ne voy point qu'il y ait de vray semblable.
Spinette. Escoutez-moy, s'il vous plaist; c'est un autant grand mal d'estre obstiné que de ne croire ce qui peut estre, jaçoit que diracilement , comme de «roire tout ce qu'on oyt dire.
Adrblian. Il est vray.
Spinette. Outre cela, croyez et tenez près-
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que pour miracle que le mesme luy e^ adt^eau avec Aodioine, lequel eUe ayme tantvet ne ¥oulez^ vous induire à croire ce que sansdouteje vous rendraj très facile. Mais escoate2r>iiioi...:Voiis sçavez qu'Ânthoine, mon frère, Ta fiancée, et comme elle luy a promis ne touIov un autre mary que hiy, qu'aussi il lui a faict le semMable de ne vouloir jamais autre femme qu^élle.
ÂuRfiLiAïf . Vous me dites icy une belle diose; mais combien a elle esté en celle volonté?:
Spinette. Elle y a tousjours esté, et y est continuellement.
AuRELiAN. Toutesfois depuis, pea de joors après, elle a prins Léonard, encores qu'on dise qu'on eut bien de la peine h la faire consentir.
Spinette. Si consentir à ceurqui peuvent quasi forcer les pauvres filles à faire ce qa'îls veullent, et qu'avant le consentement et libre volonté on face Je mariage, vous auriez raison. Anrelian. • j . .
AuRELiÂN. Elle a esté si longtemps avec «on mary, et jamais , ainsi que l'on dit, n'a esté, une mauvaise paroUe entre eux ; n'est pourtant à oroire que Léonard l'ayt tenue en sa AasAre comme sa sœur.
Spinette. Ains ne l'a pas tenue- aatrement;
AuRELiAN; Madame Spinette, on peut crwre toute chose ; mais ceste-cy est trop malaisée. Je sçay que Léonard est jeane homme, qu'aussi madame Constance est jeune et belle fenune : poinrquoy, posé le cas qu'elle eost délibéré enrsoymesme de demeurer ainsi comme vous «dites , il n'aurait pourtant une mesme volonté, si Dieu n a ainsi opéré en eux miraculeusement. Je sçay bien
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quelà où jottë obstinatioD des femmes, elles Teulent tovsjours Taincreetcm^rteranâessos; mais, d^autre part, je sçaj aussi que les hommes sont hommes,' mesmes en certaines choses.
Spinette. â tous autres ne semble possiMe qo'one femme, et particulièrement en ces affaires ^ poisse £gdi«chose mgne de merveille et de louanse; mais en cela vous estes trompez comme en pbsûeuts autres affaires des femmes.
AlJRELf AN. Je ne dy pas que cela soit impossible, car y en a eu d autres, si les histoires sont yrayes; mais nous ne sonmies plus en ces tempslà. Or, poursuivez : je vous prie de jue aire comme la diose est passée.
Spihette. Madame Constance , après tant de batailles que. vous sçavez , ayant consenti à son père, fut mariée avec Léonard, et le banquet des nopces faict. Le soir d'après an'elle fut avec son mary,- et estant avec lui en la cliambre, elle (ainsi qu'elle m'a dict) lui parla en ceste manière : Les I0Î&, tant divines qu'humaines;.:
AcftELiAN. 0 bon Dieu! qu'est-ce xpiej'oy?
Minette. Veulent, ô Léonard! que tonte pcrsowie se carde autant c{ue luy est possible de foire injure a son prochain, et ae celles prind' pallement qui, trop grief ves, offensent en Thon- Beur ou riromme ou la femme. Après d'offenser Dieu directement, les hommes se doivent tant garder, que plustost ils s'offrent endurer mille morts que d'y devoir jamais pensé.
• AcBELiA». A qiioy voaloit conclure ceste-<U?
Spinbtte. Parquoy, si dignes du dernier Supplice aont juçez ceux qui offensent le prochain en. choses ordinaires (pour parler ainsi), quelle peine
s66 .Làrivet.
meriteroit une personne qui, en un mesme temps, offense griefvement Dieu et les hommes ? Moj^à jeune homme! que tous pensez estre fille etvQstre ièmme, ay promis et juré à Dieu de ne vouloir jamais avoir autre mary qu'Ânthoine tant au^îl vivroit; et luy, me acceptant pour telle, appelant IHeu à tesmoin, m*a fiancée. Après est aavenii , pour Tobstination de mon père qui m'a donné i vous pour femme, qu'à ceste occasion Anthoine s'est esloiffué de moy de corps, mais non de vo-* lonté et de cœur; qui sera eâtemellement joint avec le mien.
AuRELiAN. Que respondit Léonard à cela? .
Spinette. Ayant demeuré longtemps tout pensif, dict : A Dieu ne plaise, Constance, que je veuille que tu Toffenses, ny Anthoine ou moy* mesme! Que ferons-nous donc? Je ne puis, dictelle , continuant son propos , estre légitimement vostre femme tant qu'Antnoine vivra; mais oui! se trouverait en vous tant de bonté et plus de courtoisie qu'en tous les autres hommes , je vous prie, à mon si grand besoin, qu'il vous plaise me faire ceste grâce de me laisser en vostre chambre sans me toucher par l'espace de cinq ans , iouyssant neantmoins de mon douaire et grands biens ; au bout de ce temps , si de fortune Anthoine ne révient, et de bonne volonté, présupposant qu'il fust mort, je consentiray que nie preniez à femme, estimant estre vraysemblable aue qui en un fi longtemps peut revenir et ne tient conte revenir en son pays, le renonce tacitement. Mon père cependant pourrait encores...
AùRELiAN. J 'entend bien ce que voulez dire. Poursuivez.
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SpilfETTEr Et si cela advient, tout se portera bien. Léonard, ayant entendu tout cela et longuefirent rayasse en son esprit , promit par un serment solemnel et le plus estroit qu'il peut à la daœe Constance (ainsi qu^elle me Ta raconté n'a pas longtemps) tout ce qu'elle sceut demander , et commançant dès le sinr^tousjours depuis. Tant que Léonard a esté en la maison , Tnn couche en une chambre et rautfe en une autre; ce qui n'a pas esté malaisé faire croire autrement aux serviteurs de la' maison, Léonard estant cependant a^sez longtemps aux champs, tantost environ ifn an à Lyon ^ tantost ûx mois en un autre lieu , avec diverses excuses, et souvent, aîns la plus-
Îmtt du temps au village et en ses ihestairies , et 'atilre à la ville. Vous riez?
' AfJliEliAN. Je ne sçay pourquoy . Je suis oyant ces choses comme hors de moy , ne pouvant quasi parler; et à la vérité , on ne peut publier pour courtoisie extraordinaire â'un gentilhomme , sinon celle de Léonard, et la foy de madame Constance pour la plus grande qu'on ayt jamais trouvé en femme. Et si tous deux cognoisseht la faveur
âa'eo cela ils ont receu de Dieu en ce monde , 6u n'y a amour, ny foy, ny courtoisie, sinon feinte et en apparence , ils sont vrayment très heureux.
Spinette. Je pourroy adjouster plusieurs autres choses qui se sont passées durant l'espace de dix ans , et vous dire avec quelle grande amitié ils se sont réciproquement aymés , si le lieu et le temps le permettoit; mais je diray seulement que jamais couple d'amans, soit de ces plus signalez, lesquels vous, hommes, publiez et vantez tant,
a68 Laritet.
n^aesté et ne sera pareille à Constance et Leonai'd , si le monde dnroit mille fois autant qu'il iôïbi durer. Vous faictes merveille de cela? Et pourquoy entre Thomme et la femme ne peut estre une sincère et parfaicte amitié sans amour lascif, comme on Yoit souvent entre deux hommes?
AunBLiAN. 0 très heureux Constance et Léonard ! puisqu'avec le repos de cesle vie et Teternelle gloire de vostrc nom , vous vous rendez immoitels et pouvez espérer de posséder le ciel, tant est grand le mérite d^une telle amitié et si grande foy ! Et les cinq ans passez, qui finirent il j a cinq autres ans , qu'en a-il esté?
SpiNETtE. On ne conneut jamais queLeonarl, aymant sa Constance à TesgaJ de ses yeux et de sa propre vie, se faschast d'attendre si longtemps', ne quil luy semblastque ce fust pour tout le cours de ses ans , aius ne requeroit a Dieu autre grâce que ceste-cy : assavoir, qu'Anthoine, vray mary de Constance, Tetoumast, pour avec luy avoir ceste mesme amitié qu'il a avec elle. Et cela a esté cause que voicy pour la troisième fois qu'il le va cherchant.
AuRELiAN. Et vous, madame Spinette, par vostre foy , croyez-vous cela?
Spinette. Comment ! si je le croy? J'en suis plus asseurée que de chose très certaine et qu'on touche avec la main.
AuRELiAN. Je vous jure, dame Spinette, que ces discours m'ont tellement esmeul^sprit, que je m'en sens tout.remply d'une douce et louable envie. 0 ! combien, Aurèlian, ton estât est contraire à cestuy-cy !
Spinette. Helas! si l'œil ne me trompe,
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Yoicy Siret, serviteur de Léonard , lequel , à sa contenance , semble estre tout dolent et mal content.