SCÈNE III
Mugdelaine^ Richard,
Magdelaine.
I u je suis seulement née pour me pro- I nostiquer tout mal encontre , ou le res- [ pect que je yeux avoir à ce sot Fierabras ^ m'apportera quelque dommage, empeschant mes desseins. Je ne sçay que j'ay , maU je ne puis demeurer en une place.
Richard. Si je ne me trompe, ce voyage me sera prospère, car je voy mon estoUIe luire de loin. Bon vespre, ma dame Magdelaine.
Magdelaine. Dieu té gard, Richard.
Richard. Que veut dire cecy ? Vous n'estes non plus parée que si vous n'estiez pas des nopces! 0 Dieu du ciel ! Enfin , il faut dire que Tamour des jeunes hommes resemble à un feu de paille , qui est plustost estaint qu'allumé.
Magdelaine. De quelles nopces dis-tu, Richard?
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Richard. Des nopces de Vincent.
. Magbelainb. Des nopcesde Vincent! Et quoy! se veut-il marier?
. Richard. Mon Dieu ! quevous le battez froid! Pource que vous n'en sçavez rieùf . MagdelaiKe. Non, par ma conscience !
. RicuAR». Est-il possible , veu que tout Paris lesçait?
M AG DEL AINE. Voilà les premières nouvelles.
Richard. Ma foyv je peusois, vous voyant aio» mélancolique , qu en fussiez plus que toute asseurée ; autrement, je ne vous en eusse pas parlé, car je ne me plais point à porter de mauvaises nouvelles.
Magdelaine. Je ne voudrois pas t'en sçavoir manvaisgré. Mais, dy-moy, quelle femme prend-il?
Richard. Tout va bien. Renée, fille du sire Nicaise, qui est tant ridie.
Magdelaime. Comment le sçais-tu?
Richard. Jele sçay bien. Toutesfois, je ne vous en puis dire autre chose.
Magdelaine. Et Vincent en est-il tant amoureux qu'il l'ayt faict demander, ou si cela est venu de la part des viellards?
Richard. Il ne peut estre autrement qu'il ne luy porte quelque affection , car elle est assez belle et bien gentille. Mais qui cognoist mieux Vincent que vous?
Macdelaine. 0 homme de peu de foy ! voicy dont je m'estois tousjours doutée, il s'ira hurter contre quelque vilaine, et je seray tousjours la meschante et la malheureuse.
Richard. 0 la femme de bien! Comme si je ne sçaTois pas que c'est une putain !
3o Lariyet.
M AGDELAINE . Heks ! qu'une femme ne devroit jamais si légèrement et sottement croire aux pro*messes et sermens des amoureux !
Richard. Ma foy ! ma dame, je le pense ainsi. Toutesfois, il peut estre advenu que Tafiamé désir de son père, qui ne regarde qu'aux biens. Ta contraint ce faire. Mais quoy qu'il en soit , dictesr moy, quel mal y auroit-il que l'envoyassiez quérir * pour luy remonstrer?
M AGDELAINE. Quel autre, sinon renouveller e^ augmenter mes douleurs !
Richard. Cela ne vous peut nuire, joint que ferez plaisir à mon maistre, qui est tant amoureux de ceste-là , que, si Vincent ne l'espouse, elle ne luy eschappera past
M AGDELAINE. Richard, j'ay tousjours esté preste faire plaisir à tout le monde , specialemenf a tels c[ue ton maistre; mais que gaigneray-je me plaindre à luy, si tu me dis qu'il est aveuglé en l'amour d'icelle, ou que son père l'y contraint?
Richard. Madame, la crainte que chacun a ^ d'estre trompé en ceste marchandise est si grande. Qu'on reseoiDle au navire qu'un peu d'eau pousse de ça et de là. Soyez soigneuse et employez icy • vostre entendement , de mode que ne vous puissiez plaindre à l'advenir. Quant au reste , laissez faire au diable , il y attachera la queue. Or, le voicy bien à propos ; je vous advise qu'avez beau-^ coup de puissance. Â Dieu.
Magdelaine. Je feray mon devoir.
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