SCÈNE IIII
M» Josse^ seul.
r omme on dit en un commun proverbe, ) j'ay passé sur la pointe d'une csguille, Tpour autant que les figures horribles \ que j'ay veu se promener à Fentour de ces os m'ont toucbé d'une telle frayeur, que je me pensois estre accablé d'une centaine de mauvais esprits. A la vérité, ce reste des chandelles des morts, que j'ay recueillies pour servir à mes nocturnes estudes , se pouvoit aysement allumer, pour, à la semblance d'un Hercule, me brusler en holocauste. Or, maintenant, je cognoy estre vray ce que dit nostre Nason : Littore totconchœ^ tôt sunt in amore dolores. Et puis fiez- vous en ces femmes! Elles ont la rage à dos, la tromperie d'un costé, et la haine de l'autre ; la faulseté en la partie intérieure, et le diable en l'extérieure. L'amour leur est comme une flamme entre deux vents contraires; elle vacille, ores inclinant de çà, et ores
35o Larivey.
de là. Elles ont leur foy plus fragile que le verre, en ieurs promesses sont instables, en leurs pensers plus légères que la plume voltigeante en Pair, et enfin plus mobiles que Tonde flottante en plaine mer, et ne sont en aucunes choses constantes, sinon en leur inconstance. Toutesfois je loue Dieu, qui ne m'a jamais laissé encourir aucun mal qu'il n'ait au moins esté meslé avec quelque petite miette et tantinet de bien. C'est pourquoy, en ce mien tant grand danger, je cognoy mon salut y estre beaucoup engagé, et si ceste affaire ne me succède, je cram y estre plongé en la plus creuse. Je n'eusse pas apprins que ^ctoire est devenue folle pour l'amour de Fortuné, et ne l'ayant sçeu, quelqu'autre eust prius ma place et entré ingaudium meum, et eusse tousjours esté bruslé d'upe espérance vaine ; mais effugi malum et ùu^eni bonum, J'ay trouvé un moyen par lequel finement je viendray à bout de mon intention. Je descouvriray à Fidelle qu'elle est amoureuse de Fortuné, afin qu'iceluy cognoissant qu'elle l'a quitté pour en aymer un autre, il la laisse. Après, j'advertiray Fortuné qu'elle fait faire des sorcelleries et enchantemens pour l'attirer à son amour, afin que iceluy, craignant de devenir froid et maleficié, ne soit par elle attrapé comme une soury prinse à l'amorce. Par ainsi, mei proci ^xc/u^i, j'obtiendrai la chose aimée. 0 quel commentaire ! ô quelle imposture! ô quelle belle rencontre! Je veux, puis que la servante s'en est fuye, et que inon dessein n'est réussit en vain, leur aller signifier ceste fraude et ceste sorcellerie.
Le Fidelle, Comédie. 35i