‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 91 sur 158 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Béatrice, Victoire.

Victoire.

> ous sommes esgarées, et avons perdu ' nostre droit chemin. Regarde quelle I force ont les enchantemens ! Enfin les morts sont ressuscitez.

Béatrice. "Vous ne m y tiendrez plus : j'ay pensé devenir folle.

Victoire. La cbose estoit aisée; au respect de la pœur, il failloit continuer et ne s^enfuir, car, à ce qu'autrefois j'ay ouy dire, les esprits ne nous peuvent offenser.

Béatrice. C'est un ouy-dire. Que devionsnous faire, si la sorcière s'en est fuye la première?

Victoire. Tu dis vray; je croy que d'une course elle a gaigné la maison sans regarder der- * rière ejle.

Béatrice. Cela ne se pouv oit faire autrement.

Victoire. Va, et pren garde de retrouver le seigneur Fortuné ; et, puisque le charme n'a eu lieu, mets toute peine, s il est possible, de Tamener icy ; va droit à la place, car tu l'y pourras trouver, poui' ce qu'il a accoustumé de s'y promener avec ses compagnons jusque sur les quatre ou cinq heures du soir.

Béatrice. Je le feray. A la vérité, l'amour des femmes est du tout différent de celuy des hommes, pour ce que icelles, après avoir mordu en Tameçon, s'allument d'un double feu, et les hom-

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mes, ayant prins du juleb, demeurent sans soif, et sont raâraichis. Bien est yray ce qu'on dit que amour asseure les esprits timides, parce que en un autre temps ma maistresse n'eust eu la hardiesse de faire ce qu'elle a fait maintenant, entreprenant jusques à fau*e des charmes sur les sepulcnres des morts.

Victoire. Béatrice, quefrenetiques-tu là? Ta pœur ne s'est-elle encores passée ? De grâce, £aiy ce que je t'ay dit.

Béatrice. J'y vas.

Victoire. 0 bonne fortune! voicy mon seigneur qui vient. Je ne veux pas rappeller Béatrice, ann qu'elle ne m'empescne de parler k luy.

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