‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 92 sur 158 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Victoire^ Fortuné, Blaisine.

Victoire.

\ st-il possible, cruel, que preniez si grand [plaisir en ma peine, que ne pensez ja- ? mais qu'à trouver nouveaux moyens de [me tourmenter? Que vous ay-je fait pour me bourrelier en ceste façon?

Fortuné. Vous sçavez bien que jamais je n'ay couru après aucune femme ; aussi ne veux-je encores commencer par vous. Je vien icy à vostre mandement, et non pour autre chose que pour vous ouyr; partant, contentez-vous, car je n'y veux plus venir.

Victoire. Doncques,par une si grande ingra-

Le Fidelle, Comédie. 355

titude TOUS recompensez celle qui vous aime et sert fideUement? Je m'imaginois, considérant le mérite de ma foy, yeoir plus tost toute chose inn possible, que yostre amour rangé autre part. Or, e le voy maintenant à descouvert, cai' je sçay j)ien que le mespris que faites de moy ne peut provenir sinon qu'avez prins party ailleurs.

FoRTUVÉ. J*ay imité vos raçons de faire pour ▼ous ressembler.

Victoire. Si vous me ressembliez en amour, TOUS seriez heureux.

Fortuné. Je tous aime trop.

Victoire . Sim^aymiez, vous ne me fuiriez pas ; mais vous avez chassé de vous ce cœur que je vous avois donné, car, s'il estoit joint au vostre , vous ne le transperceriez point de si aspres pointures.

Fortuné. Allez, car je vous sçay dire que sçavez bien feindre. Vous voulez que je croie que m^aymez, et neautmoins estes tousjours en estroits discoui's avec Fidelle, la volonté auquel vous suivez sur toute chose.

Victoire. Vous trompez vostre opinion et mWensez hors propos , pour ce que je vous aime seul , et veux à vous seul estre éternellement , et ne me verrez plus regarder Fidelle, lequel, comme amy domestic, devise quelques fois avec moy.

Fortuné. Gognoissant toutes les femmes estre trompeuses, je crain et entre en doute. Mais laissons cela a part ; quand voulez-vous que je vienne me resjony r demie heure avec vous ?

Victoire. Je voudrois que n'en partissiez jamais; venez quand il vous plaira.

Fortuné. Je viendray d icy à un peu. Aussi-

T. VI. w

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tost qu'aurez entendu le signe , ouvrez, pour ce

que je ne veux demeurer en la rue.

Victoire. Allez en paix , et n'oubliez pas de retourner. Blaisine !

Blaisine. Que vous plaist-il?

Victoire. Qu'est-ce que je pourray commander à ceste-cj, affin de l'entretenir une heure hors de la maison. Va à l'appoticaire qui demeure auprès de S. N*, à l'enseigne de la Foy, et loy dis que tout à ceste heure il te fasse un epitome cordial, et me l'apporte incontinent. Tiens, prens cest escu, et en despendle moins que tu pourras ; mais ne retourne sans cela, et, s'il ne le veut faire, va chez un autre, et ne viens jusqu'à ce que tu sois servie.

Blaisine. Il y a plus de demie-lieuë de chemin. . '

Victoire. Quand il y en auroit dix , il y faut aller.

Blaisine. J'y vas donc.

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