‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 93 sur 158 · SCÈNE VU · texte numérisé non relu

SCÈNE VU

Blaisine, Narcisse.

Blaisine.

'envoyer hors la maison à ceste heure ) extravagante , et pour ceitains servi- I ces de peu dont on n'a maintenant

^ beaucoup affaire , me donnç un certain

indice qui ne me plaist point. Par ma foy, madame , vous ne vous cacherez tant de moy que

Le Fidelle, Comédie. 355

Je ne vous descouvre ; vous penserez que je sois en bas empeschée à cfuelques affaires , et je seray * en quelqu autre lieu à espier ; vous croirez que je sois coucbée et endormie, et je seray à escouter â la porte de la chambré : car est-^il que je puisse endurer d'èstre inférieure et avoir moins de liherU que Béatrice?

Narcisse. Mon maistre est demeuré plus mort •que vif quand je luy ay conté la nouvelle de Victoire , et ce que je fis lorsque je vy cest esprit sortir bors du charmer. Je i^eu a la renconti^e, et ne pou vois quasi trouver la maison, tant j 'a vois pœur qu*il ne m'attrapast.

Blaisine. Si désormais vousm^eovoyez si sou^yent hors la maison, par ma foy , je me trouveray partir , car de demeurer sans espérances d^avoir jamais bien , ce me seroit une grande folie.

Narcisse. Gecy me vient tout à point: voicy une des servantes de Victoire, de laquelle je pourray aisément sçavoir quelqu'autre particularité de ses amours* Mais comment entrei-ay-je en dis- 'cours?

Blaisine. Si la fortune m'envoyoit quelqu^un à la r'eocontre, je sçay bien que je ferois.

Narcisse. 0 belle occasion! Descouvre-toi, Narcisse ; feins de l'aimer, et si elle en est contente, contente-toy aussi, et joue aux dames rabattues, car es faits d'amour les femmes disent encores ce qu'elles ne sçavent pas. Mais de quoy servent tant de propos ? Bon soir, la belle.

Blaisine. Bonne nuit et bon jour.

Narcisse. Dieu conserve longuement et vous et celuy qui vous aime!

Blaisine. Dieu le vueille!

356 Lariyet.

Narcisse. Ayez-yoas affaire de compagnie? ' Blaisine. Seigneur, non.

Narcisse. Si avez besoin de moy i employez ma puissance.

bLAisiNE. Il n'en est besoin. Je vous remeiv de.

Narcisse. Voulez-vous que je vous dise?

Blaisine. Dites ce qu'il vous plaira.

Narcisse. Vous estes la plus belle fille que j^aje jasmais veuë.

Blaisine. Et bien ! qu'est-il pour cela?

Narcisse. Et que vous me plaisez beaucoup.

Blaisine. Mais c'est un malneur que vous ne me plaisez point.

Narcisse. Peut-estre que je vous plairois si m'aviez esprouvé,

Blaisine. Allez, allez à vos affaires.

Narcisse. Je vous prie , faites-moy une grâce ; dites-moy "vostre nom.

Blaisine. Il ne me plaist pas. 0 misérable Blaisine ! voy quel pi^e est tendu à tes pieds. Allez à vos affaires , vous n'avez que chercher qui je sois.

Narcisse. Pensez- vous que je ne sçache vostre nom? Ce n'est pas de ceste heure que je vous cognois.

Blaisine. Vous ne me pouvez cognoistre sinon pour fille de bien.

Narcisse. Je vous cognoy ^ur fille de bien. Ma chire dame Blaisine, ne vous faschez pas contre moy, car je parle à vous en amy, et comme désireux de vous faire service.

Blaisine. Trêve de parolles ; allez à vostrebesongne, car j'ay d'autres affaires : il me faut aller

Le Fidelle, Comédie. 357

ehez Vappoticaire qui demeure près S. N. faire un service pour ma maistresse.

Narcisse. Allez donc; mais, s'il est possible, souvenez-vous de Narcisse , vostre serviteur.

Blaisine. Aussi feray-je. 0 quelle ^este! il n'a eu la hardiesse de me donner seulement un baiser.

Narcisse. Je veux aller faire ce que m'a commandé mon maistre, et puis aller chez cest appoticaire retrouver ceste-cy, pour ce que le cœur me dit qu'elle est de bonne volonté , et puis j'ay ouy qu'elle a dit qu'elle se vouloit pourveoir. Ce sera ce que voudra le hazard.

Page 1