SCÈNE VIII
Fortuné , seul,
i tous les hommes qui font profession d'à- [mour sçavoient s'arrester sur la conti- : nence comme je fais, 0 ! qu'il feroit beau } vivre au monde ! Les femmes courer oient après les hommes, et nous autres vivrions sans soin. Ce seroit à elles d'endurer les fatigues qu'à
S resent, de nostre bon gré, il faut que soufiTrions. ïais se trouve aujourd'huy nue certaine sorte d'hommes amoureux , lesquels , s'ils ne sont tousjours , comme on dit ordinairement , derrière la queue de leurs amoureuses, leur semble ne pouvoir jamais accomplir leurs désirs', et partant les suivent à la messe , à vespres , aux festes de la ville et des fauxbourgs , faisant tousjours le passionné et monstrant signe de vouloir mourir. Ils
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se prominent continadlemeiit devant les maisons de Jeurs daines , et ne s^apperçoirent , les nnsera*blés, qu'ils donnent matière à un chacan de parier dVux, et font que les dames, enorgueillies du ser- TÎce qi:^'cUes se -voje'nt faire , se tiennent tant grandes et tant belles, se jugent de telle puissance et tel mérite, qu'il leur semble tout service leur estre deu, sans que pour' cela elles pensent estre tenues d'aucune chose v et de Isi advient qu'infinis amants despendent leur temps et leur peine en vain. G fols etinsensez qu'ils sont! Ils aevfoîent considérer qu'il n'y a animal au monde plus vil que la femme , laquelle se cognoissant telle ,* et en cela seulement la temme monstre avoir de Fentendément, tient en son secret pour beste tout bomme qui l'ayme, qui la désire et qui la suit ; et partant les jeunes hommes devroient faire comme je fais, aller à elles par la seule nécessité de génération et pour prendre plaisir à les tromper, pour ce que, les desprisant et monstrant qu'on ne se soucie pas beaucoup d'elles, elles courront toutes après eux : car tenir les femmes en doute de l'amour qu'on feint leur porter et se laisser veoir peu souvent , elles se résolvent incontinent , et en une mesme heure s'en void l'exemple ; car, pour me monstrer desdaigneux de l'amour de Victoire, elle court après moy, où, si je monstrois le contraire , je serois fuy , chassé et hay. Je veux donc l'aller trouver pour me donner un peu de plaisir, et puis me retirer avec mon accoustumee allégresse. La porte est ouverte: il sera bon que j'entre sans perare plus de temps.
Le Fidelle, Comédie. 369