SCÈNE IX
Fidelle^ M, Josse.
FlDELLE.
es choses qae m^avez dites sontincroya- Ebles, neantmoins sont possibles à mon Isort. Si elle Cait des sorcelleries et en-
ichantemcns pour Fortuné , c'est signe
qu'elle n'est encor venue i bout de ses intentions, et cela me confprte. Je veux que nous ùcions la sentinelle cy autour.
M. JOSSE. Vous -vous mocquez bien ! Reprenez, et rétorquez vos parolles ainsi. Elle fait des sorcelleries pour Foituné, ergo elle désire Fortuné ; elle désire Fortuné , donc elle ne me désire pas : hoc est argtanenium directe concludens. Mon enfant, si elle vous desiroit, vous luy plairiez; mais elle ne vous désire pas, ergo vous ne luy plaisez pas. Pourquoy perdez-vous tant de temps? C'est une folie vouloir suivre celuy qui s'enfuit et aimer celuy qui hait. Recouvrez vostre liberté, laquelle, tandis que vous amuserez à ces folles amours , s'esloignera tousjours de vous , disant : LiSer existimandus non est qui servit turpitudîni. Laissez-'la, tant à ceste occasion comme aussi pour ce que, comme dit un bon autheur , terra nil pejus créât ingrato homine. Ce nom homo , pour ce qu'il est commwiis generis^ se de^ cline hic et hœc homo , qui signifie tant masle que femelle. Parquoy Servie Sulpice, consolant Ciceron de la mort de TuliiC) saillie, dit qu'il de-
36o Laritst.
Toit sapporter patieBment la mort dlcelle pour beaucoup d'occasions, et spécialement pour cestecy : i^uia homo nata erai. Notez homo nota. Espions donc et explorons.
FiDELLE. Géste4à, est-ce la sorcière dont m*avez parlé?
M. JOSSE. Ce doit estre elle ; je ne peux par la yisive puissance la bien comprendre... Ouj, c'est elle-mesme. Voulez-vous que je la batte, cjue je la yerbire, que je la souffîette et colafîse?
FiDELLE. Laissez-la aller à sa malle heure; regardez quel visage Vrayement digne de son mestier ! Que maudites soient celles qui se servent d'elle et qui luy prestent foy ! Cachez -vous cy derrière , car je voy venir Béatrice. Il nous sera bien aisé d'entendi'e quclqu'aulre nouveauté.