SCÈNE X
Béatrice , Méduse, Fîdelie, M. Josse,
Béatrice.
' e ne Tay jamais peu trouver. Au moins I si j'eusse r'encontré Bené ! Mais voicy i madame Méduse : je la veux mener chez I ma maistresse.
Méduse. Et viteun dulcedo, in secula seeulorum.
Béatrice. Dame Méduse, dites -vous vos oraisons pour la pœur passée?
Méduse. Lacrj'-marum valle, Regina rogo.
Béatrice. Il n'y faut plus penser.
• Méduse. Et nunc et semper. Amen,
Le Fidelle, Comédie. 36t
Béatrice. Cest bien à propos..-. Vous les venez d'achever, de pœur de mourir, hé?
Méduse. 0 simplette I de quoy v^ux-tu que j'aye pœur?
BEATRICE. De qui vous a faict fuir.
FiDELLE. Voicy que se vérifient maintenant les propos de M. Josse.
Méduse. Je m'en fuy par ce que, voyant que vous autres aviez prins la myte, j'eu doute qu'eussiez veu des sergens , et a ceste occasion je me voulois sauver.
Béatrice. Bonne excuse! mais quel est oit cest esprit qui sortit du monument ?
Méduse. Ce devoit estre le mauvais esprit de Fortuné, qui estoit venu pour entendre ce que ta dame vouloit dire, et, si elle eust parlé, elle eust esté bien heureuse. Tu sçais qu'un chacun ^ un esprit bon et un mauvais ?
M. Josse. Elle veut dire un génie. Pecora campi !
Béatrice. Je sçay bien cela. Ce devoit donc estre le mauvais esprit de Fortuné ; et pourquoy ne me le distes-vous ?
Méduse. Pour ce que je n'eus le loisir.
Béatrice. De grâce, revenez veoir Madame.
Méduse. Je ne puis , pour ce qu'il me faut aller trouver une jeune fille qui a commis une petite faute , c'est-a-dire qui s est donné un eschantillon de bon temps avec un sien parent , y estant persuadée par mauvaises langues. Elle est toute désolée et a grand besoing de mon se* cours, voire autant qu'en peut avoir ta maistresse. Partant, ayes patience.
M. Josse. 0 très meschante femme! ô Jupiter!
362 Larivey.
pourquoy ne tonnes-ta de là-haut? pourquoy,proh do for ! hanc "vid^s et pateris^
Béatrice. Quel besoing peut estreplus ffl>and que celuy d'une femme passionnée d'amour?
Medvse. Geluy de celle à laquelle il convient applicquer de Talun de roche, des fleurs de mjrthe et les escorces de miel grené..
Béatrice. Je vous entend, il £aiut la marier.
Méduse. Tu l'as deviné.
Béatrice. Sçavez-vous ce qui y est bon ? C'est l'eau de trippe.
Méduse. Elle y est bonne, mais celle de coings , de nesples et de poires de grain est encor meilleure.
FiDELLE. Que misérables sont ces marys qui espousent des femmes sans sçavoir comme elles ont esté nourries et eslevées !
Béatrice. Dieu soit loué que je n'en ay que faire ! Quand voulez-vdus me tenir la promesse que m'avez faite?
Méduse. Quelle promesse?
Béatrice. De m'apprend re k faire du fard;
Méduse. Ne sçaurois-tu t'ayder de celuy de ta dame?
Béatrice. Il n'y a point de moyen ^ elle le tient soubz la clef; et, quant à cest autre musqué, il couste un escu l'once.
Méduse. Si elle esprouvoit une fois le mien , elle quitteroit les autres.
Béatrice. Cestuy-la est parfait, et le meil» leur du meilleur.
Méduse. II ne fait seulement que blanc, et le mien fait blanc et rouge.
Béatrice. Enseignez-le- moy, je vous, prie.
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Méduse. Très volontiers. Il faut prendre ds l'eau de trementine , de lliuile de myrthe rectifié et repnr^é, la fleur de blacque boulluë avec glaire dœuf, et mettre toutes ces choses en an oojau de mouton ou de yeau. Après, faut prendre du laict vierge, du sublimé destrempé arec alun de roche , de Teau sallée sans vitriol. Tontes ces choses, purgées et rectifiées à la napo* litaine , retirent tes peaux de la face et Tempes* chent de cresper ou ridder, et ne nuisent aucur nement au voille qu^on met sur les espaulles. Après meslez-y un* peu d'alun de plume, et elle fait la chair blanche, vermeille et claire, la conserve délicate , nette et jeune, ne gaste point les dents et ne fait pnyr Fhaleine , comme fait Teau de talque calcine , Teuforbe et Feau de colom-» bin blanc , dont on usoit jadis.
M. JOSSE. Femina nulla 6ona,
Béatrice. Je veux que me donniez ceste recepte par escrit.
Méduse. Regarde, situ faccomodois une fois à ma mode , je te promets, sur ma foy, qu'il ne se trouveroit femme qui ne portast envie à ta beauté et ne voulust apprendre de toy.
Béatrice. Je ne suis pas encore trop layde.
Méduse. Laisse-moy aller, car je te veux une autre fois monstrer k faire une huille que , t'en frottant les cheveux sans estre au soleil , te les fera en quatre fois seulement devenir d'argent.
Béatrice. Je le* voudrois bien. Allez maintenant.
364 Larivet.