‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 98 sur 158 · SCÈNE XIÎ · texte numérisé non relu

SCÈNE XIÎ

Victoire, FideUe.

Victoire.

, onsieur, qu'avez-vous ? Je voy vostrc I visage tout changé ; n'est-ce point, par ] aventure , pour quelque amoureux ac - ..«>«.«vi cident?

FiDELLE. VousTavez deviné du premier coup. Victoire. Qu'est-ce qui vous est advenu ? FiDELLE. Que faictes-vons à ceste heure icy dans la rue?

Victoire. Je vous attendov, mon bien, pour ce que mon cœur, présageant fa douceur qu'ores je devoy sentir, predisoit vostrc venue.

FiDELLE. Si le cœur vous avoit prédit ma ve-

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nuè\ TOUS seriez enfermée en une chaiiâire et n^au^ riez sortjr hors vostre porte.

ViGTOiaE. Et pour quelle occasion?

FiDELLB. Je n eusse jamais creu qu'une dame de si bel esprit, et 6mée de si rare qualité comme vous estes, deust en moins de rien, pointellée d'un effréné appétit, devenir la plus vue, orde et in^ famé du monde : car j'ay .cogneu vos tromperies et cavillations. Je suis marry et me plains seulement que tous les tourmens que je pourroj préparer a vostre vie seroient trop légers et petits au respect de la trahison dont avez. usé envers mojr. Les promesses qu'avez faictes à Dieu de né retourner plus à péché sont, par vous observées selon vostre loy, jouissant de vos plaisirs amoureux , ores avecques cestuy, et maintenantavec cest au^ tre amant. Perfide, desloyalle, ingrate, sois asseurée que je ne m'appeseray jamais que je ne te voye mise soubs terre ! Je descouvriray à ton mary ton adultère, je lui fcray veoir ta desloyauté, et Tassisteray à te tirer le cœur de la poiclrine ; et ne cessera jamais mon raisonnable courroux que je n^aye publié au monde ta putasserie , vilaine que tu es '. affin qu'après ta mort tu demeures vive en ton infamie, ce qui me sera autant aisé à faire qu'il t'a esté facile décevoir qui te croyoit et se fioit en toy.

Victoire. Jusques à présent, j'ay creu que TOUS mocquiez, pour ce que, examinant ma conscience, je trouve ne vous avoir jamais manqué ; mais ores que je vous voy en si grande colère <^ntre moy, je pense qu'avez esté mal informé de mes âfiaires. Mais, patience ! l'amour que je vous porte ne me^toit pas cela.

Le Fidelle, Comédie. 367

FiDELLB, Et mon service ne meritoit pas que tu m'aban4oDnasses pour Fortuné ; mais tune marcheras pas superbe et hautaine pour Tamour au'il te porte, pour ce que je luj descouTri^ay les charmes et sorcelleries que tu luy as faictcs et ce que j'ay ce jourdTmy veu de mes propres yeux, et luy feray cJairement cognoistre qu'en toy ne règne aucune yerité, que tu n'as ny toy, ny loyauté, ny amour ^ ny charité, ny sincérité , mais seulement toute dissimulation, sottises, tromperies apparantes, menteries peu honnestes , perjuremens abhominables , infidélité plus que barbare , instabilité continuelle en toutes choses, fors en perfidie et cruauté, car de cela tu ne t'en estancheras jamais ; et, pour conclusion, je feray que seras contrainte maudire le jour et llieure en laquelle tu Tas ja* mais cogneu.

Victoire. Je ne s^y aue c'est, je ne le cojgnoy point. Helas ! misérable que je suis ! je me voy perdue!

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