ACTE 11, SCÈNK VUI
porter une obole, quand j*ai tout employé à son impression , même Targent que je n'avais pas !
DON ANTONIO
Allez donc ! les exemplaires se vendront, avec le temps.
Non ! ils ne se vendront point. Le public se garde bien de se disputer chez le libraire les pièces qu'il a sifflées au théâtre! Leur vente ne se réalise à aucune époque.
DON ÉLEUTÉRIO.
Eh bien , puisque vous en jugez ainsi vous-même, vous comprenez que ces énormes frais vont rester à ma charge. D'un autre côté, bonté du ciel!... oh! messieurs, je serai tout ce que vous voudrez; je %rai un mauvais poëte, et je serai un mattre sot ; mais ce que je puis vous jurer, c'est que je suis un ^honnête homme. Ce fripon de don Hermogène m'a escroqué jusqu'à mon dernier liard pour se débarrasser de ses dettes suspectes et se tirer de ses désordres : bien plus , il m'a mis sur le dos des dépenses nouvelles; et aujourd'hui je me trouve dans ' rimpossibilité de m'acquitter d'une manière honorable envers les créanciers qui m'assiègent.
DON PÈDRE
Mais il me semble que vous n'auriez qu'à leur souscrire une obligation , en prenant l'engagement de les payer peu à peu. Vous y arriverez a\ec le produit de votre emploi ou avec vos ressources, cl par la stricte économie dont vous ferez preuve dans vos affaires.
DON A AGUSTIMA.
Que parlez-vous d'emploi, que parlez- vous de ressources, monsieur? Mais le pauvre garçon o'a aucune corde à son arc.
DON PÈDRE
Vous ne possédez rien ?
DON ÉLEUTÉRIO.
Rien, monsieur. Il faut vous confier que j'étais attaché au bureau de loterie situé là-haut, dans le voisinage. Je quittai cette place pour entrer au service d'un de nos nababs ' ; mais mon maître mourut : alors je repris ma liberté, et je me mis à écrire des comédies , parce que ce gueux de don Hermogène m'avait tourné la tête...
DONA MARIQUITA
Oh! que l'enfer confonde cet imposteur!
DON ÉLEUTÉRIO.
Et si encore je pouvais me dire : « Tu es seul, à la garde de Dieu! » Mais j'ai une femme, j'ai une sœur, j'ai mes enfants!
DON PÈDRE
Combien sont-ils?
DON ÉLEUTÉRIO.
Quatre, monsieur; et le plus âgé n'a pas encore atteint six ans, je vous jure.
DON PÈDRE, à part, avec émotion.
Des enfants! quelle pitié!
' CaJbaUero ïndiano^ riche seigneur des Inde»; c*e8t ce que nous appelons un nabab. On désigne ainsi , par plaisanterie, tout Espagnol ou tout autre Européen qui a fait fortune aux Indes.