ACTE II, SCÈNE VIU. 2«ri
DON ÉLEUTÉmO.
Allez , monsieur ; si ce n*était pour faire vivre les autres. . .
DON PÈDUE, à fart.
Le malheureux ! . . . (Haut.) J'ignorais , mon ami , que du destin de votre pièce dépendit le sort de toute cette pauvre famille. Moi aussi j'ai eu des enfants , et quoique Dieu me les ait ravis, hélas! je sais ce que c'est que le coeur d'un père... Dites-moi , vous entendez-vous au calcul ? Avez-vous une bonne main ?
DON ÉLEUTÉRIO.
Oui, monsieur, pour tout ce qui regarde les comptes, je crois être suffisamment rompu. Dans la maison de mon maître, car je m'y trouvais en qualité de serviteur de confiance. . ., dans cette maison, dis-je, il n'y avait pas d'autre intendant que moi. C'était moi qui gouvernais tout, puisque, vous le savez, ces grands seigneurs n'y comprennent rien. Mais je me suis toujours conduit bravement , ainsi que chacun pourra vous le dire. Oh! quant à cela, lorsqu'il s'agit de loyauté, je suis votre homme ! Je défie qui que ce soit d'alléguer. . .
DON pèdre.
C'est au mieux; j'ajoute foi entière à vos paroles.
DON ÉLEL'TÉRIO.
II me reste à vous entretenir de mon écriture: je l'ai apprise chez les frères des Écoles pies , et j'ai constamment fait des progrès. Je me suis même muni de quelques notions d'orthographe. D'ailleurs, monsieur, si vous désirez voir, j'ai là... (il tire un pa-
pier de sa poche.) Ceci est écrit un peu à la hâte, car c est une tonadiUe qui devait être chantée demain... Hélas ! mon Dieu !
DON PÈDRE
Mais ce n*est pas trop mal : le trait me plait.
OON ÉLECTÉRIO.
Oui, monsieur, regardez cette petite introduction ; puis passez aux couplets satiriques avec leur refrain joyeux, et vous trouverez à la fin...
DON PÈDRE
Je ne vous parle pas de vos vers, mon garçon; ils ne m'intéressent nullement. Ce que je veux dire, c'est que le trait de plume est correct; mais quant à la tonadille , on devine tout de suite qu'elle doit être cousine germaine de la comédie.
DON ÉLEUTÉRIO.
Ah! sans doute.
DON PÈDRE
Voyez-vous , mon ami , il faut renoncer pour toujours à ces sottises-là.
(Il lui rend le papier.) DON ÉLELTÉRIO.
Je le sens bien, monsireur; mais je crois que lo diable en personne...
DON PÈDRE
Il faut noyer dans le plus complet oubli toutes ces absurdités. Oui, c'est la première condition que j'exige de vous. Maintenant je suis riche, très-riche même, et il n'entre guère dans mes habitudes de répondre par des larmes stériles aux infortunes de