ACTE I, SCÈNE Ilî. 3ÔI
DON CLAUDE
Héias ! mon ami, notre sergent déterre des cartes; le jeu commence, et adieu prudence! D'un côté, dix piastres que me coûta la bamboche ; et de Tautre, de Tautre... que Tenfer engloutisse ce maudit lansquenet ! J'y ai toujours eu un guignon abominable. Car, pour être juste, je dois te dire que je gagnais au sergent les quatre premières mains , quand presto ! la chance tourna ; et , dans l'espace d'une heure et demie que dura le massacre, je perdis à la file tout ce que je mettais. J'y aurais laissé bras et jambes. Mais soudain mon gaillard, poussant quatre crédienne! se lève de la table de jeu, murmure qu'il se fait déjà tard , s'échappe , et nous plante là tous ensemble, tondus comme des moutons.
PÉE1C0.
Les fillettes aussi?
DON GLADDE.
ravain mis pour elles ; tu sens bien qu'il n'eût pas été convenable. . .
PÉAIGO.
Ainsi donc , en résumé , de tout l'argent qui vous a été envoyé , jrfus une obole ?
DON CLAUDE
Pas l'ombre d'une. . . Franchement , je ne sais plus comment me tirer du gouffre. Et ce damné brocanteur, qui est à me harceler sans cesse pour cette misère que je lui dois !
PÉRICO
Encore ce tracas, monsieur !
'Mi LA FAUSSE DÉVOTE.
DON CLAUDE
(]e tracas encore, mon garçon. Bien plus, le drôle menace de venir céans. Il veut essayer si don Luis ne pourrait pas découvrir une méthode pour me faire délier les cordons de la bourse.
PÉRICO.
fih bien! laissez-le venir.
DON CLAUDE
Merci ! Pour que le vieux connaisse mes tribulations? Ah! nous en verrions de belles cette fois-là !
PÉRICO.
Est-ce que déjà il se permet de rechigner, ce beau-père en herbe?
DON CLAUDE
Il m'abrutit.
PÉRICO.
Et dona Inès ?
DON CLAUDE
Dona Inès ! Mais n'avais-tu pas remarqué qu'elle me faisait froide mine, même avant ton départ? Eh bien ! la glace n'a pas fondu depuis. Vaille que vaille, des deux cousines celle qui me charme le plus, c'est la petite Clara. Parle-moi de cette aimable enfant! Aussi n*ai-je pas manqué de lui décocher quelques œillades. Sur mon honneur, elle me convient !
Quelle abomination! Gomment, voilà une fille qui ne demande qu'à chanter ses matines , et vous voulez la dérober au ciel?... Un moment!
ACTK I. SCftNE HI. 353
DON CLAUDE
Que signifie...?
PÉRICO.
Ne me troublez point.
DON CLAUDE
Qu'as-tu à ruminer?
PÉRICO , se parlant à lui-même.
Cest que... Y aurait*il moyen? Oh! non. Pour^ tant il se pourrait... Mais alors... Grand Dieu! une idée céleste ! Oui , cela doit se faire : il n'y a pas à
tergiverser.
DON CLAUDE
Quoi donc ?
PÉRICO.
Vous allez être initié à mon plan. Je suppose, pour le début, que vous savez déjà quel Pérou convoite don Martin.
DON CLAUDE. '
Cette histoire de Séville? J'en ai entendu un faible diapitre.
Hier, après le souper, la suivante m'a conté le tout par a , i , c. Voici la chose : Nos deux vieux ont à Séville, ou, pour mieux dire, ils ne l'ont plus, un cousin, gros bénéficier, et qui a institué pour son unique héritière doua Clara. L'héritage est fabuleux : que vous dirai-je? Des maisons , des moulins, des propriétés, des plantations d'oli* viers!... Enfin, le vrai mot de la situation, c'est que, comme dona Clara s'est mis en tète de devenir
religieuse , son père , sans que personne puisse lui chercher chicane, ramasse à lui seul iVnorme butin. A chaque seconde, il espère recevoir la copie du testament; car des avis sûrs l'ont informé que le bénéficier jouit positivement de la félicité étemelle. Mais ici se place mon idée. Cette petite Clara se révolte, n'est-ce pas? lorsqu'on lui dit qu'elle est gentille; elle crie à l'assassin quand on lui débite des douceurs; et si quelqu'un ose s'approcher d'elle, vlan! un bon soufBet^ ou bien un franc éclat de rire.
DON CLAUDE
Chaque fois cpi'il m'est arrivé de lui adresser la parole, elle s'est toujours montrée fort gracieuse. Après cela , comme je ne manifestais aucune intention...
PÉRICO.
Conmient ! de l'aimer? Mais il le faut bien, monsieur. L'autre cousine ne vous platt point, et vous ne lui allez pas beaucoup. En revanche, si vous pouviez vous remplumer avec la dot de la novice...
DOU GLAUDB.
Quel précieux coquin tu es dans ces sortes d*affaires !
PÉillGO.
A l'université d'Alcaia ', j'étais la terreur des écoles, mon maître!
' ■ Dans le texte : En la gran Complu fo,.. t:0Mri.trruM : sous la do*