‹ Les ComédiesChapitre 278 sur 405 · ACTK II, SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

ACTK II, SCÈNE XIV

DON CLAUDE

Oh! le projet est superbe! Je tremble seulement pour la réussite.

DONÀ CLARA.

Du moment que c'est notre volonté, qui donc peut y mettre obstacle? Mon père, je suppose, fera éclater toute sa furie; mais, en un tour de main, il sera obligé de céder. Après cela, si vous craignez que le vôtre ne vous donne les étrivières !

BON CLAUDE

Des étrivières à moi ! Je voudrais l'y voir ! Mon honorable père est un pauvre vieux, tout gonflé de vanité, tout couvert de dettes suspectes, enfoncé jusqu'au cou dans des procès où il se fait écorcher jusqu'au vif. Don Luis ne sait rien de cette triste position... Ah! mon amie, heureusement encore que le bonhomme est de la municipalité. Gare, gare à ceux qui lui tombent sous la patte : « En prison ! en prison! d Et aussitôt mes gaillards de cracher au bassinet. La loi est inflexible. Pour prendre l'air, il n'est point d'autre porte. Aussi, lorsqu'une année Ua fatalité veut que les amendes ne donnent pas, nous crevons de faim !

DONA CLARA

S'il en est ainsi , qu'est-ce qui vous arrête ?

DON CLAUDE

Ce qui m'arrête? Je sais parfaitement ce qui m'arrête. Avec vos intrigues, mademoiselle, vous m'attirez , à parler franchement , dans une bagarre de tous les démons; et j'ai une peur épouvantable...

i3() LA FAUSSE DÉVOTE.

DON A CLARA

Don Claude, c*est assez ! Si votre amour était une passion sincère, vous sauriez y puiser du courage pour des entreprises autrement difficiles ! Je vous connais à présent. C'est assez !

( EUe fait semblant de se retirer. Don Claude la retient. )

DON CLAUDE

Ma chère Clara , allons donc ! .

DONA CLARA

Perfide !

DON CLAUDE

Ravissante brunette !

DONA CLARA

Séducteur !

Écoutez votre Claude !

DONA CLARA

Non; je ne veux même pas vous voir.

DON CLAUDE

Grâce , mon pauvre ange !

DONA CLARA

Laissez^moi! Adieu.

DON CLAUDE

Voyons, arrière une bonne fois toutes ces misères , et faisons la paix !

DONA CLARA

Hélas! comment trouver la paix lorsque je sens mon cœur se briser dans ma poitrine ? Ah ! que j'étais éloignée de savoir ce que c'est que Tamour ! que j'en étais éloignée ! Seule avec moi-même, sans

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avoir jamais connu , sans avoir jamais effleuré les pièges flatteurs du monde , par quel funeste entraînement ai^je pu tomber dans Tabime du mal ? C'est vous, don Claude , c'est vous qui m'avez ravi mon repos; c'est vous, ingrat, qui m'avez arrachée du sentier de la perfection; c'est mon aveugle penchant pour vous qui m'a précipitée vers ma ruine , en chassant au loin les conseils de la sagesse. Quel désenchantement , et combien il arrive tard ! Mais ai-je le droit de me plaindre ? Ne suis-je pas la seule coupable? ï'ai conçu de l'amour pour un homme, et voilà ma récompense ! 0 les trompeurs ! Et vous , (Ion Claude , vous êtes plus fourbe qu'eux tous ; car c'est une lâcheté de ne point céder aux larmes d'une malheureuse femme !

Ml çà , par le grand saint Pierre, où en sommesnous, et que signifient ces transports? Ne vous ai-je point déclaré ma ferme résolution de courir chez le camarade, et d'unir mes conseils à ses conseils ? Oui , décidément , il faut que la bombe éclate aujourd'hui sans remise; et, en dépit des imprécations de votre père et des emportements du mien , et dût même, au premier choc, don Luis tomber roide mort, si nous parvenons à célébrer notre hyménée, je me moque de tout le reste ! Ainsi calmezvous , et ne pleurez pas davantage , car vous allez me donner des attendrissements... Corbleu! je ne sentirai pas mon propre habit sur mes épaules, tant que je ne verrai point notre affaire tirée au

clair. Je vole à ma consultation , et vous reviens sans plus tarder.

(Il flort par la droite.) DONÀ CLARA , essuyant ses larmes et souriant

Que le bon Dieu te prête des ailes!... Enfin ^11 parait que la peur bat la chamade. Parlez-moi de quelques soupirs bien . dramatiques , et poussés à

propos !

( Elle sort par la gauche.)

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