ACTE IH, SCÈNE VIIl
BONA FRAN€1SCà.
Ah ! don Diègue , si vous l'ignorez , pour Dieu ! ne feignez pas de le savoir ! et si , en effet ^ vous le savez, ne m'interrogez point!
(Le Uiéàtre s'éclaire peo à peu par la naissance du jour. )
Cela suffit) mademoiselle. Dès qu'il est bien reconnu que nous parlons dans le vide , que cette douleur et ces larmes sont une plaisanterie, eh bien! nous serons à Madrid aujourd'hui même, et dans huit jours , Paquita , vous serez ma femme !
DONA PRAJCGISCA.
Et j'aurai comblé les désirs de ma mère.
Et vous , vous serez malheureuse pour la vie !
DON A FRANCISCA
C'est le lot qui m'attend.
Voilà donc les fruits de l'éducation 1 voilà ce qu'on appelle élever bien une jeune fille ! Lui enseigner à masquer, à voiler ses penchants les plus innocents sous une perfide dissimulation ! ... On leur décerne un brevet d'honnêteté le jour où elles sont passées maltresses dans l'art du silence et du mensonge. On s'entête à vouloir que leur complexion , leur âge et leur caractère n'aient aucune part dans leurs inclinations; et leur propre volonté doit se plier au caprice de qui les gouverne. On leur permet tout, excepté de se montrer sincères. Pourvu qu'elles ne disent jamais ce qu'elles pensent , pourvu qu'elles
rejettent avec horreur ce qu'au fond elles brâ* lent de posséder, pourvu surtout qu'elles se résignent à prononcer, au premier commaodemeDt/uD ^ oiU parjure et sacrilège , source étemelle de tant de ' scandales , les voilà parfaitement élevées 1 Car on décore du nom d'éducation-modèle celle qui sait le mieux leur inspirer la terreur, Tastuce, et le mutisme de l'esclave.
DOIVA FRANCISCA.
Vous avez trop raison, monsieur ; tout cela est \a vérité. Voilà ce qu'on exige de nous, voilà ce que nous apprenons , grâce aux leçons que Ton nous donne... Mais la cause de mes chagrins est autrement cnielle !
Quelle qu'elle soit , mon enfont , il est nécessaire de prendre courage. Si votre mère vous voyait avec ces larmes , que dirait-elle ? Écoutez ! . . . Sans doute elle est déjà levée,
DONA PRANGISCA.
' 0 mon Dieu !
1K)N DIÈGUE
Oui , Paquita , le mieux sera de recouvrer un peu d'empire sur vous-même. . . Ne vous laissez point tant aller au désespoir... Comptez sur la Providence... Allez! presque jamais nos disgrâces ne sont aussi irrémédiables que l'imagination nous les peint. Regardez dans quel trouUe vous êtes ! Quelle agitation et quels pleurs!... Voyons, me donnezvous votre parole de vous présenter avec un