ACTE n, SCÈNE VI
liassions changent avec les années. Dame! lorsque vient la période où le sang bouillonne dans nos veines et nous excite à la galanterie , les jeunes garçons s'amourachent des jeunes filles, c'est inévitable; et -chacun court à sa chacune. N*ai-je pas raison ? Mais croire que c'est le caractère qui leur inspire cette passion-là^ la bonne histoire!... A moins pourtant qu'il ne vous plaise de confesser que tous les mortels ont le même caractère lorsqu'ils sont à certain âge! Mon Dieu, monsieur, je vois bien la chose par moi-même. J*ai été gamin et très-jeune homme, et dans ce temp9-là , ma foi , je risquais mes farces, tout comme les autres enfants et adolescents; mais cela eut une fin. Plût au ciel que le doute me fût encore permis! car je n'espère plus, que dis-je? je ne rêve même plus qu'aucune fillette regorgeant de santé, el la joue en feu, raffole de ma personne. Ah bien^ oui! ça n'aurait pas le sens commun . Hélas ! seigneur don Roque d'Urrutia , quoique ce soit un spectacle douloureux, il est nécessaire de se connaître...
DON ROQUE
Mufioz, tais-toi, tais-toi, tais-toi! Pour l'amour du ciel, brisons sur ce chapitre! Chacune de tes paroles me traverse de part en part.
MuSoz.
Je donnerais tout au monde pour pouvoir rendre ma pensée comme je la sens.
DON ROQUE
Mais est-il possible d'en dire davantage ? Que le diable emporte...
Le vieil idiot qui...
DON ROQUE
Tais-toi !
MU^OZ
Je me tais, et je me sauve.
( Fausse sortie. )
Mais reviens donc. Réfléchis !
MUl^OZ.
Je réfléchis, et je reviens.
DON ROQUE
Ne t'ai-je pas déjà dit , Munoz , que tu avais raison toujours, et que tu pariais conmie un oracle? Mais, mon garçon, quidfaciendum ' ? Veux-tu que j'aille me jeter dans le puits? Veux-tu... ?
MUfiOZ.
Moi , monsieur, tout ce que je demande, c'est d'exprimer ma façon de penser sans fard et sans détours.
DON ROQUE
Mais tu me l'as déjà exprimée mille fois, et, à chaque reprise de tes prédications , tu m'assassines derechef. Ce que je demande, moi , c'est que tu te caches enfin.
Mu5;oz.
Où cela?
DON ROQUE
Ici donc ! (Montrant le canapé.) AUons, fourre-toi là-
> (Qti6/au/-il/aire?) — Cette locution latine est d'un usage général en Espagne.