L'ASTRONOMIE COMÉTAIRE PENDANT LA RENAISSANCE
période où la doctrine d'Aristote prévaut en tout, sinon qu'elle est entièrement remplie des prédictions des astrologues : notre premier chapitre a résumé sur ce point tout ce que les érudits ont trouvé d'intéressant sur les apparitions des comètes et leur signification redoutable.
Vers le milieu du xvf siècle, Je mouvement de la Renaissance, si favorable aux lettres et aux arts, fit sentir aussi dans les sciences d'observation sa bienfaisante influence. A la fin du xv"" siècle déjà, on voit Regiomontanus décrire avec soin les mouvements des comètes ; Apian constater la direction des queues, généralement opposées au lieu du Soleil ; Cardan remarquer que les comètes sont bien au delà de la Lune, fondant son opinion sur la petitesse ou l'absence de parallaxe. Le moment est venu où, au lieu de procéder par voie de conjectures et d'hypothèses, on va s'attacher à multiplier les observations, à leur donner un caractère d'exactitude et de précision qui jusqu'alors leur a fait défaut. On fera encore beaucoup d'hypothèses erronées, mais on s'attachera à les discuter, en comparant aux faits d'observation les conséquences géométriques et astronomiques qui en découlent. Des astronomes de haute valeur, comme Tycho, Kepler, Galilée, Ilévélius, Cassini, se tromperont sur le véritable caractère des orbites des comètes ; des philosophes, comme Descartes, chercheront à les rattacher à Jeurs hardies mais fausses conceptions du système du monde. Mais le grand principe qui permet de relier en un majestueux ensemble tout l'édifice des connaissances astronomiques accumulées, celui de la gravitation universelle, va permettre bientôt à Newton de considérer les comètes comme des astres appartenant au même système que les planètes, ou du moins soumis, comme les planètes, aux mêmes lois. A partir de ce moment, la véritable astronomie cométaire, la science des comètes commence, et rapidement s'élève à un
degré de développement comparable à celui des autres branches de l'astronomie.
Faisons une esquisse rapide des principales phases de cette histoire jusqu'à Newton ; arrivés là, nous aborderons directement l'étude des comètes, de leurs mouvements, de leur constitution physique et chimique, autant d'éléments qui ont leur place marquée d'ailleurs dans la série de chapitres consacrés à cette étude.
On peut considérer l'apparition de la comète de 1577 comme le point de départ de la nouvelle période. Tycho, qui venait de suivre avec tant de soin l'étoile temporaire de 1572, subitement apparue dans Cassiopée, fit des observations nombreuses et précises de la comète nouvelle : il en détermina la parallaxe, et ainsi mit hors de doute le fait que les comètes se meuvent dans une région plus élevée que la Lune, ainsi que Cardan l'avait remarqué déjà. Tycho essaya de représenter le mouvement de la comète en lui faisant décrire autour du Soleil une orbite circulaire supérieure à Vénus. Quant à la nature physique de l'astre, c'est pour lui un météore, mais non un météore atmosphérique, puisqu'il le suppose engendré dans les profondenre du ciel : c'était une première atteinte aux idées d' Aristote, que d'autres astronomes contemporains, Mœstlin, Rbthmann, continuèrent d'ailleurs à professer.
Les comètes de 1 607 et de 1 6 1 8 fournirent à Kepler une ofccasion d'expliquer les apparences de leurs mouvements, et d'imaginer une hypothèse qui, bien que fausse, était ingénieuse. Selon l'immortel auteur des trois grandes lois des mouvements planétaires, les comètes traversent le système solaire en suivant des orbites rectilignes, et Pingre fait remarquer avec raison que le mouvement apparent des comètes de 1607 et de 1618 s'explique plus naturellement dans cette hypothèse que dans celle de Tycho : ce qu'on peut
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interpréter en disant que les routes suivies par ces astres, dans leurs portions qui ont été visibles, s'approchent plus d'une ligne droite que d'un cercle. Quant h la nature physique des comètes, que Kepler croit aussi nombreuses dans le ciel que les poissons dans la mer, voici oc qu'il en dit dans le deuxième livre de son ouvrage sur les comètes : « Elles ne sont point éternelles, comme l'a pensé Sénèque ; elles sont formées de la matière céleste. Cette matière n'est pas toujours également pure : il s'y assemble souvent comme une espèce de crasse qui ternit l'éclat du Soleil et des étoiles. Il faut donc que l'air se puriBe et se décharge de cette espèce d'excrément ; cela se fait par le moyen d'une faculté animale ou vitale inhérente à la substance même de l'éther. Cette matière épaisse se rassemble sous une figure sphérique ; elle reçoit et réfléchit la lumière du Soleil, et est mise en mouvement comme une étoile. Le Soleil la frappe par des rayons directs qui pénètrent sa substance, entraînent avec eux une partie de cette matière et sortent pour former au delà cette trace de lumière tpie nous appelons queue de la comète. Cette action des rayons solaires atténue les particules qui composent le corps de la comète; elle les chasse, elle les dissipe : ainsi la comète se consume, en expirant pour ainsi dire sa queue. » On voit que si, dans la pensée de ïycho et dans celle de Kepler, les comètes sont élevées au rang de corps célestes, du moins ce sont toujours des astres temporaires d'origine récente et destinés à disparaître.
Quelques-unes des vues de Kepler se ressentent des singulières et mystiques conceptions du grand astronome sur les corps célestes ; cependant celles relatives à la formation des queues, nous le verrons plus loin, ont été reprises et perfectionnées par des astronomes contemporains : elles forment le point de départ d'une des théories modernes les plus accréditées sur les phénomènes cométaires.
if> I.ES COMETES
Galilée crut aussi que les comètes se meuvent en ligne droite ; mais il ne sut pas s'élever au-dessus des opinions vulgaires qui en faisaient des météores passagers, des exhalaisons de la Terre.
Les comètes remarquables qui parurent vers le milieu du xvii^ siècle, notamment en 1664 et 1665, puis en 1680, attirèrent Tattention de tous les hommes de science. La pensée que ce sont des astres véritables se faisait jour de plus en plus; on revenait en définitive, après quinze siècles, au système d'Apollonius de Myndes ; mais l'astronomie moderne fut plus exigeante que la science des anciens philosophes grecs. Il fallait satisfaire à des observations nombreuses et précises, et, pour cela, sortir des idées vagues, des conjectures ; et dès lors, toute la question se réduisit à trouver la véritable forme géométrique des orbites que les comètes décrivent et, cette forme trouvée, à déterminer les lois de leur mouvement.
Cassini s'attaqua à ce grand problème, mais il ne parvint pas à le résoudre, et il ne faut pas s'en étonner, si l'on songe que cet illustre astronome n'osait pas encore abjurer les croyances qu'avaient renversées Copernic et Galilée, sur le système du monde. Faisant toujours de la Terre im observatoire privé de mouvement, il dut confondre les mouvements apparents des comètes avec leurs mouvements réels. Cassini supposabîenque ce sont des astres aussi anciens que le monde, mais il leur fit décrire des orbites circulaires très-excentriques à la Terre, de façon à rendre compte delà faible portion de l'orbite visible pendant la courte durée de leurs apparitions.
Un laborieux observateur, Hévélius, revint à peu près au système de Kepler, c'est-à-dire aux orbites rectilignes, ou sensiblement rectilignes. Les comètes sont aussi, pour lui, le produit des exhalaisons de la Terre, des autres planète^ ou