LA COMÈTE DE D'ARREST
serve, sans le secours d'aucune comparaison avec les comètes antérieures. Elle porte le nom de l'astronome qui Ta découverte en 1851, et qui a reconnu Tellipticité de son orbite. Notre savant compatriote, M. Yvon Villarceau, fit de son côté la même remarque, et calcula des éphémérides pour le prochain retour au périhélie qu'il annonça pour la fin de 1857, et qui se vérifia à douze heures près. La nouvelle comète fut revue au cap de Bonne-Espérance par M. Mac Lear. Les astronomes ont été moins heureux au retour suivant qui a dû avoir lieu en 1864, mais sans qu'on ait pu apercevoir l'astre, dont la position dans le ciel et la distance à la Terre étaient très-défavorables. En 1870, le passage de la comète au périhélie eut lieu le 23 septembre : elle était observée trois semaines auparavant par M. Winnecke, grâce à l'éphéméride calculée par MM. Yvon Villarceau et Le veau.
a De toutes lés comètes qui n'ont pas cessé de nous revenir, dit M. Yvon Villarceau, la comète de d'Arrest est peut-être la plus intéressante au point de vue des perturbations : je ne crois pas qu'aucune autre ait été suivie aussi près de Jupiter. » Ces perturbations, que l'astronome que nous venons de citer avait calculées pour 1864, avaient augmenté de plus de deux mois la durée de la première révolution, la comète s'étant trouvée en 1862 à une distance de Jupiter égale aux trois dixièmes de la distance du Soleil à la Terre (H millions de lieues). Elles ont été calculées ensuite avec un grand soin par M. Le veau pour la période suivante, et c'est sans doute à ce travail considérable, travail de trois années, que fut due la possibilité des observations de la comète à son apparition de 1870. La comète passa en effet à son périhélie le 23 septembre de cette année. Nous entrons dans ces détails pour montrer quelles sont les difficultés de l'astronomie comé-
taire, et comment la science en est arrivée, sinon à les surmonter toujours, du moins à les atténuer considérablement.
La comète de d'Arrest parcourt son orbite en un peu plus de six ans et demi (6*", 567) ou en 2398 jours : c'est 13 jours seulement de plus que la planète Sylvia. C'est, après la comète de Faye, celle dont Tellipse a Texcentricité la moins grande, ou dont la forme est la moins allongée.
§ VÏÏI — Comète de T^ttle
La période de la comète de Tuttle est intermédiaire entre celle de la comète de Halley, à longue période, et celles des autres comètes périodiques revenues. — Orbite très-allongée de la comète de 13 ans 2/3. — Observation antérieure en 1790; cinq passages non observés depuis. — Prochain retour en septembre 1 885.
Toutes les comètes périodiques dont nous venons de faire rhistoire, celle de Winnecke que nous allons décrire après celle-ci, peuvent être considérées, celle de Halley exceptée, comme des comètes à courtes périodes . La comète de Tuttle, découverte il y a seize ans par l'astronome américain de ce nom, est intermédiaire entre la comète à longue période de Halley et les autres. Elle effectue en effet sa révolution eu 13 ans 2/3, ou plus exactement en 13"%8H, ou environ 5044 jours. C'est près de deux ans de plus que la révolution de Jupiter. Mais elle décrit une orbite très-allongée, de sorte qu'à Taphélie elle s'éloigne du Soleil à une distance qui dépasse dix fois sa dislance périhélie ; elle se plonge dans l'espace au delà même de l'orbite de Saturne, à un milliard cinq cent cinquante mille lieues du foyer du monde solaire : au périhélie, elle est à peu près loin du Soleil comme notre planète.
La comète de Tuttle avait été déjà observée en 1790 par
LA COMÈTE DE WINNEOKE iOT»
Méchain qui la découvrit et par Messier, et c'est la comparaison des éléments paraboliques des deux astres qui a fait reconnaître leur identité. De 1790 à 1858, il s'est écoulé 68 ans, c'est-à-dire cinq fois la durée de la révolution périodique de la comète, qui a dû ainsi revenir à son périhélie sans être vue, en 1803, en 1817, en 1830 et en 1844. Le calcul des éléments elliptiques effectué par M. Bruhns a seul permis de connaître exactement la période, et de prédire le retour de la comète pour Tannée 1871 . Elle a été en effet observée à Marseille le 13 octobre de cette même annéç, puis à Carlsruhe, à Paris et au cap de Bonne -Espérance ; elle est passée au périhélie le 30 novembre suivant. Abstraction faite des perturbations qu'elle peut avoir à subir dans le cours de la révolution qu'elle a commencée depuis son dernier passage, le retour prochain de la comète de Tuttle au périhélie doit être attendu pour le milieu du mois de septembre 1885. Mais, comme pour les autres comètes périodiques, cette époque pourra se trouver quelque peu * modifiée sous Tinfluence des attractions planétaires et des perturbations de l'orbite qui en seront les conséquences.
§ IX — Comète périodique de Winnegke
Découverte de la périodicité de la troisième comète de 1819 ; calculs de ses éléments elliptiques par Encke. — Découverte de la comète de Winnecke en 1858 j son identité avec la comète de Pons. — Retour de l'astre au périhélie en 1869; époque probable de son prochain retour en 1875.
Pons avait découvert en 1819, à Marseille, une comète, dont plus tard Encke calcula les éléments elliptiques : ces
1. Il faut faire observer que la comète de Tuttle se meut dans une orbite dont rinclinaisoir est considérable : elle dépasse dU°* Dès lors, en s*éloignant du Soleil, en pénétrant dans les régions de l'espace et à des distances où se
no LES COMÈTES
éléments eissignaient à la période de Tastre une durée de o"*,6. Or, en mars 1858, M. Winnecke découvrait à Tobservaloire de Bonn une comète nouvelle, et il fut bientôt constaté que ses éléments paraboliques avaient avec ceux de la comète de Pons une grande ressemblance : il restait à savoir si l'identité était réelle, et pour cela, à attendre. le retour de la comète en 1863 et en 1869. Elle fut revue en effet au mois d'avril de cette dernière année par M. Winnecke lui-même, et passa au périhélie le 30 juin. L'époque de son prochain retour se trouve dès lors approximativement fixée pour le mois d'avril 1875 : il y aura lieu toutefois, comme pour toutes les comètes susceptibles de s'approcher de Jupiter ou des autres planètes du système, à tenir compte des perturbations possibles.
Depuis sa première apparition en 1819, jusqu'à celle de juin 1869, 50 ans se sont écoulés, qui correspondent à neuf révolutions de la comète : trois passages seulement, comme on voit, ont été observés; sept sont passés inaperçus. Mcds maintenant l'orbite elliptique est déterminée avec précision, les observateurs sont nombreux et attentifs; l'astre n'échappera plus sans doute à leurs recherches que dans les circonstances où sa proximité apparente du Soleil et sa distance à la Terre ne permettront pas de l'apercevoir.
La durée de la révolution de la comète de Winnecke est de 2042 jours, ne dépassant que de 40 jours celle de la comète de Brorsen; l'excentricité de l'orbite est un peu moins forte : au périhélie, la comète se trouve à une distance du Soleil égale aux 4/5 de la distance de la Terre ; à l'aphélie, elle va dépasser l'orbite de Jupiter de 1/5 environ de cette distance.
meuvent les grosses planètes, Jupiter, Saturne, la comète s'éloigne de plus en plus de leurs routes : Tinfluence perturbatrice de leurs masses sur la comète doit donc ôtre eu tout cas assez faible.