PRÉFACE VII
pas de lien plus étroit, de relation plus directe arvec le reste de T univers visible ?
Le mouvement de translation dont il est animé prouve tout au moins qu'il est quelque part, soit un corps céleste inconnu, soit un système de corps célestes, autour duquel la gravitation fait décrire au groupe une orbite à période indéterminée. En tout cas, ce mouvement d'ensemble est le résultat de l'action concourante des attractions de tous les astres de l'univers. La force de gravitation est donc déjà un lien commun entre notre monde et tous les autres.
Se rapproche-t-il ainsi d'une façon continue de quelque archipel céleste qu'il finira par aborder dans quelques millions d'années? Les générations d'alors sont-elles destinées à voir de plus près d'autres soleils? Ce sont des questions dont la solution, on le comprend, peut être considérée comme inaccessible pour nous.
Mais, parmi les astres dont se compose le monde solaire, n'en est-il pas de moins immuablement attachés que les planètes, que la Terre, au foyer de leur mouvement? N'en est-il pas qui s'écartent davantage de ce foyer, et qui, comme des messagers détachés du groupe, vont porter aux mondes les plus voisins des nouvelles du nôtre?
Une telle hypothèse n'est pas sans fondement.
En eflTet, les astronomes des derniers siècles ont étudié les mouvements de certains corps célestes, qui viennent bien aussi graviter autour du Soleil, mais qui après avoir salué, pour ainsi dire en passant, ce dominateur des planètes, retournent se plonger à des distances indéfinies dans les profondeurs de l'éther. Un petit nombre de ces astres, retenus par la puissance solaire, détournés de leur route par l'influence de quelques-unes des plus grosses planètes,
Vlli PRÉFACE
sont demeurés tributaires du groupe dont désormais ils ont dû faire pûHie intégrante.
Ces astres singuliers, longtemps méconnus, sont los
Comètes.
J'ai dit longtemps méconnus. Les comètes, eu effet, ne sont décidément rattachées à la famille des astres que depuis deux siècles ; avant Newton, les astronomes mêmes les considéraient comme des météores passagers dont l'apparition, la disparition et les mouvements n'étaient soumis à aucune loi. Pour les populations de l'antiquité, du moyen âge, de la Renaissance même, c'étaient des objets d'effroi, des apparitions miraculeuses, des signes précurseurs de calamités terribles , les symboles flamboyants de la colère divine. Pour les savants d'autrefois, les Comètes étaient les monstres du ciel.
On a mis deux siècles, — ce n'est pas trop, — pour réhabiliter ces astres si calomniés. Grâce à la découverte de la gravitation newtonienne , et aux efforts réunis des géomètres et des observateurs, leur cours a été ramené aux lois qui régissent les mouvements des planètes. Ces vagabondes du ciel ont témoigné, les unes par leur marche régulière, les autres par leur retour aux dates prévues, de leur soumission aux prescriptions de la Mécanique céleste. Leurs écarts eux-mêmes ont été reconnus comme des conséquences légitimes des influences étrangères.
Depuis quelques années ou a fait plus : on a cherché, et Ton a réussi en partie, à pénétrer les mystères de leur organisation, à découvrir les causes de leur aspect si étrcmge , la nature physique et chimique de leur lumière ; mais surtout on a commencé à envisager sous son véri-