‹ Les comètesChapitre 34 sur 122 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

Totaux 790

ODHAncf calcolées

eu

coMina reconnneB identiques ou rtepparitioos

En défalquant du nombre total de 790 comètes observées, celles qui ont eflTectué plusieurs fois leur retour, on arrive au nombre de 705 comètes distinctes. Mais il ne faut pas oublier, pour interpréter ce nombre, que jusqu'au xvi® siècle toutes les comètes furent observées à Tœil nu, tandis que depuis l'invention des télescopes un grand nombre ont été trouvées à Faidedeces instruments. Ainsi, jusqu'en Fan 1600 environ, le tableau qui précède ne donne que les comètes les plus brillantes ; mais depuis, on a pu constater que les comètes télescopiques, ou trop faibles ou trop éloignées de la Terre pour être visibles à l'œil nu, sont de beaucoup les plus nombreuses. Au xvi'' siècle, sur 31 comètes observées, 8 étaient déjà des comètes télescopiques. Au xvii% ce nombre s'élève à 13 sur 25 comètes ; il est de 61 dans le xviu* siècle, et dans les trois premiers quarts maintenant écoulés du xix% sur

1 89 comètes, 1 5 seulement ont été visibles à l'œil nu ; 174 ont été découvertes ou reconnues à l'aide des instruments, et grâce au zèle des nombreux astronomes qui se livrent à cette recherche dans les deux hémisphères.

Ce n'est pas tant, du reste, dans le nombre des découvertes que réside le progrès accompli par les astronomes des derniers siècles et du nôtre ; c'est surtout dans la détermination des orbites, la précision des observations et l'étude physique de ces astres. Aussi faut-il distinguer dans les siècles antérieurs à Newton le nombre des comètes observées ou simplement vues, du nombre des comètes cataloguées : celles-ci sont peu nombreuses avant le xvi* siècle, parce que les anciens auteurs n'avaient laissé que des notes peu précises sur la position et la marche des comètes ; et encore, les documents qui ont permis de calculer plus tard les orbites viennent-ils surtout des annalistes chinois. Au contraire, depuis trois siècles et demi, presque toutes les comètes observées sont en même temps cataloguées. Dans notre siècle, c'est l'unanimité. Sauf le cas exceptionnel où l'apparition d'une comète serait si courte, qu'on ne pourrait en faire trois observations sufQsamment distantes, une comète vue et observée est en même temps et promptement aujourd'hui une comète calculée.

Mais revenons au nombre des comètes cataloguées. Il se monte à 326, nombre qu'il faut réduire, il est vrai, à 241, si l'on ne veut considérer que les comètes distinctes. Quant au nombre probable des comètes qui ont fait depuis les temps historiques leur apparition dans le monde solaire, il est évidemment beaucoup plus considérable que le nombre cité plus haut, même en ne considérant que les comètes qui ont traversé notre système dans des conditions favorables à la visibilité, pour un observateur situé à la surface de la Terre. Pour s'en faire une idée, on peut prendre pour base le chiffre^

que donne le siècle actuel. Il se monte, pour seulement trois quarts de siècle, à 1 47 comètes distinctes, ce qui ferait pour le siècle entier 1 85 comètes : c^est un nombre au-dessous de la vérité, et Ton pourrait sans exagérer prendre une moyenne de 2 comètes nouvelles par année. Mais tenons-nous-en au nombre 185, et comptons seulement les 20 derniers siècles. Voilà 3700 comètes, nombre énorme déjà, mais qu'il va falloir augmenter encore, pour les raisons suivantes :

En rangeant les comètes par mois suivant les dates de leurs passages au périhélie, c'est-à-dire au point de leur orbite dans le voisinage duquel elles sont surtout visibles, Arago a trouvé que, sur 226 comètes, il y en a 130 pour les mois d'hiver, 96 seulement pour les mois d'été. Sur 301 apparitions de comètes cataloguées, nous en trouvons 165 qui ont passé au périhélie de septembre à mars. La proportion, qui a légèrement diminué , est toujours d'environ 54 à 55 pour 100. Or, une telle différence ne peut provenir que d'une cause, d'ailleurs bien naturelle. C'est que les nuits des saisons hivernales sont longues, favorables à une observation prolongée d'une beaucoup plus grande portion du ciel, tandis que les nuits des saisons estivales, beaucoup plus courtes, diminuées encore par les longs crépuscules, doivent laisser dès lors échapper un plus grand nombre de comètes. La différence est de 1/7, de sorte qu'on peut ajouter cette fraction au nombre qui précède, pour tenir compte des comètes qui échappent à l'observation : on trouverait ainsi 4228 comètes.

On pourrait ajouter à cette raison d'augmentation le fait que les observateurs et chercheurs de comètes sont plus nombreux dans l'hémisphère boréal que dans l'hémisphère austral de la Terre, et qu'ainsi doivent échapper à l'observation un certain nombre de comètes dont les orbites sont tellement inclinées, qu'elles ne sont visibles, au voisinage de

leur périhélie, que dans l'hémisphère austral. Mais il est clair que nous avons déjà tenu compte en partie de ce fait en égalant le nombre des comètes qui passent au périhélie dans les saisons estivales à celui des comètes des saisons hivernales. En effet, les parties du ciel qu'on ne peut explorer à cause des courtes nuits dans l'hémisphère boréal de la Terre, sont précisément en \'Tie aux mêmes époques dans l'hémisphère austral, et si le nombre des observateurs était le même des deux côtés, il est clair qu'il n'y aurait aucune correction à faire.

En outre, il s'en faut que toutes les comètes qui arrivent en vue de la Terre soient observées en effet ; il s'en faut que les astronomes, voués à la recherche pénible des astres nouveaux, puissent explorer à la fois toutes les régions du ciel. 11 n'en est plus des comètes télescopîques comme des petites planètes : celles-ci viennent toujours à un moment de leur révolution couper l'écliptique sans cesser d'être visibles, et les chercheurs n'ont à explorer le ciel qu'à une faible latitude boréale ou australe. Les comètes font leur apparition partoutet disparaissent de même. Un grand nombre doivent échapper ainsi aux recherches des astronomes. Mais de plus le temps n'est pas toujours favorable, et s'il s'agit d'une de ^es comètes qui passent à peu de distance de notre globe, qui dès lors ne sont visibles, à cause de la rapidité de leur mouvement propre, que quelques semaines, ou même quelques jours, le ciel couvert peut fort bien pendant tout ce temps en masquer l'apparition. L'éclat de la Lune est un autre obstacle qui peut la faire échapper aux observateurs. Le passage suivant des Questions naturelles de Sénèque prouve que les anciens se doutaient déjà que les comètes sont en plus grand nombre que ne l'indiquent leurs apparitions : « Beaucoup de comètes, dit-il, sont invisibles, parce que les rayons du Soleil les effacent. Posidonius

DU NOMBRE DES COMÈTES lii

rapporte que dans une éclipse de cet astre on a vu paraître une comète qu'il cachait par son voisinage. »

Ainsi, c'est déjà par milliers qu'il faut compter les comètes, celles du moins qui sont venues effectuer leur passage dans une période de 2000 ans, une minute dans la durée probable du monde solaire! Mais notre calcul ne s'applique qu'aux comètes dont les orbites sont telles, que ces astres s'approchent de la Terre à une assez faible distance pour être visibles. 11 reste à évaluer le nombre probable de celles qui doivent traverser notre système à toutes les distances possibles, et alors nous arriverons à des nombres tellement considérables qu'ils seront une justifica— tion de l'expression de Kepler. Nous suivrons pour cela Lambert et Arago,en modiCant seulement, d'après les documents actuels, les chiffres qui ont servi à leur évcduation du nombre des comètes dans notre système.

Lambert s'appuie, pour son évaluation, sur les éléments des vingt-quatre comètes que renfermait, de son temps, la table de Halley. Il les réduit d'abord à vingt et une, à cause des réapparitions de deux d'entre elles. Puis il étudie les positions de leurs périhélies, dont deux dépassent l'orbite de la Terre, deux autres sont situés entre la Terre et Vénus, onze entre Vénus et Mercure, six enfin entre cette dernière planète et le Soleil. Ces nombres, suivant lui, sont d'accord avec l'hypothèse que les comètes sont uniformément distribuées dans les espaces interplanétaires. M^is suivant quelle loi faire croître le nombre des comètes connues ? Il semble au premier abord que cela doive être dans le rapport des espaces circonscrits par les sphères des diverses planètes, c'est-à-dire proportionnellement aux cubes des distances. Mais Lambert admet a que les comètes sont disposées de façon à ne jamais se rencontrer, et à ne jamais se troubler dans leur marche. Pour cet effet, dit-il, leurs orbites ne doi-

ut LES COMÈTES

vent se couper en aucun endroit; et, de plus, ces orbites ne seront point regardées comme des lignes géométriques : Ton y comprendra, de la sphère d'activité de chaque comète, autant qu'il en faut pour T empêcher de faire des incursions dans la sphère des autres, et pour prévenir les désordres qui naîtroient de ces incursions.» Sur cette restriction déduite du principe des causes finales, et qui ne nous semble aujourd'hui d'aucune façon justifiée, l'observation ayant prouvé que l'intersection des orbites, les perturbations qui en peuvent être la conséquence sont choses parfaitement possibles, le célèbre géomètre réduit l'accroissement du nombre des comètes à la raison des carrés des distances. Les nombres 6 et 17 des comètes de la table de Halley comprises dans les sphères de Mercure et de Vénus, nombres qui sont à peu près dans le rapport de 1 à 3, lui paraissent justifier cette hypothèse. Prenant alors pour base la comète de 1680, dont le périhélie était plus de soixante fois plus près du Soleil que Mercure, Lambert conclut que la sphère circonscrite par l'orbite de cette planète peut contenir soixante fois soixante ou 3600 comètes. S'élevant ensuite jusqu'à l'orbe de Saturne dont le rayon égale 24 fois le rayon de l'orbite de Mercure, il arrive à multiplier par 600 le nombre précédent, de sorte que plus de deux millions de comètes se mouvraient dans cet espace.

Si nous voulions faire aujourd'hui un calcul semblable, il faudrait d'abord doubler le chiffre du point de départ, puisque à la comète de 1680 il faudrait joindre celle de 1843 dont la distance périhélie est aussi faible. Puis c'est jusqu'à Torbite de Neptune qu'il y aurait lieu d'étendre lés limites connues du monde solaire. Dans ces conditions, on ne trouverait pas moins de 45 millions 500 mille comètes I

Arago, après avoir discuté les éléments des comètes contenues dans les catalogues, à l'époque où il écrivait son

Astronomie populaire^ arrive au même principe que Lambert, c'est-à-dire qu'il admet l'uniforme distribution de ces astres dans l'espace circonscrit par le système solaire, a Aucune raison physique, dit-il du moins, ne pourrait être alléguée pour établir que les choses doivent être autrement. » Mais il repousse avec raison le second principe de Lambert qui restreint l'accroisseinent du nombre des co*mètes à la raison du carré des distances ; il part de l'hypothèse de la loi qui fait croître ce nombre comme les cubes. Or, dans le catalogue de 1853, on trouve 37 périhélies dont la distance au Soleil est moindre que le rayon de l'orbite de Mercure. « Il faudra donc, dit-il, faire cette proportion

13 est à 78^ comme 37 est au nombre cherché ;

ou, en effectuant les opérations indiquées,

1 est à Â7Â 552 comme 37 est à 17 558 424.

Ainsi, en deçà de Neptune, le système solaire serait sillonné par plus de dix-sept millions et demi de comètes. »

Un calcul semblable, aujourd'hui que le nombre des comètes dont les distances périhélies sont inférieures à la distance de Mercure, est monté à 43, donnerait plus de vingt millions de comètes.

Nous ne voulons pas quitter ce sujet sans joindre, aux évaluations que nous venons de rapporter, quelques réflexions qui permettent d'en apprécier la portée.

Tout le monde sent bien qu'il s'agit là d'une question tout à fait indéterminée, dont la solution tout approximative, ne peut donner jamais qu'une limite inférieiu*e du nombre cherché. En admettant l'égale distribution des comètes dans l'espace comme un fait probable, on voit à l'instant que la suite du calcul dépend uniquement du point de dépeirt, par exemple du nombre des comètes qui sont venues passer

lU LES COMÈTES

entre le Soleil et Mercure. Or ce nombre est évidemment bien inférieur à celui des comètes qui ont en réalité pénétré dans cette région depuis les temps historiques. Si l'on eût observé et cherché depuis 2000 ans comme on cherche et conune on observe depuis deux siècles, à quels nombres de comètes distinctes ne monterait pas le chiffre d'un catalogue complet? Mais il y a plus: à chaque siècle, ce nombre augmenterait, abstraction faite des réapparitions, et l'évaluation précédente s'élèverait dans une pareille proportion.

D'ailleurs, pourquoi limiter l'espace à l'orbite de Neptune? n'est-il pas évident que la sphère des comètes qui, au moins une fois viennent graviter autour du Soleil, s'étend jusqu'aux régions du ciel où l'attraction de sa masse est prépondérante. Supposons que les étoiles de première grandeur aient, en moyenne, des masses égales à celle du Soleil, et qu'elles soient à peu près également distribuées sur la sphère dont le rayon serait égal à la distance moyenne^ soit à la distance d'Alpha du Centaure. C'est à la moitié de cette distance, c'est-à-dire à 100000 fois le rayon de l'orbite de la Terre, que s'étendrait l'action du Soleil. Toute comète pénétrant en deçà tomberait sous l'empire de notre monde et graviterait autour de son étoile centrale, dans une orbite dont les éléments dépendraient de sa vitesse initiale.

En appliquant à une sphère de cette étendue les calculs (jue nous avons donnés pour la sphère qui s'étend jusqu'à Neptune, sait-on dans quelle proportion énorme se trouveraient multipliés les résultats de nos calculs ? Dans le rapport des nombres 30^ et 100000', c'est-à-dire par trentesept milliards. De sorte qu'au lieu de compter en tout le nombre déjà considérable de vingt millions de comètes, on arriverait au chiffre effrayant de 74000000000000000,

OU soixante-quatorze millions de milliards de comètes, au minimum, soumises chacune, pour une au moins de leurs périodes, à l'empire du Soleil !

En présence de telles considérations, la comparaison de Kepler n'est plus seulement une métaphore, et il est permis de dire littéralement, avec le grand astronome du xvi® siècle : « Les comètes sont aussi nombreuses dans le ciel que les poissons dans l'Océan, ut pisces in Oceano. »

§11 — Comètes a orbites hyperboliques

Les comètes appartiennent- elles toutes au système solaire ? — Orbites dont le caractère est nettement hyperbolique. — Opinion de Laplace sur la cause de la rareté des comètes hyperboliques. — Y a-t-il des comètes décrivant réellement des paraboles ? — Premier aperçu sur l'ori^ne des comètes.

Toutes les comètes observées jusqu'à présent appartiennent-elles au système solaire ? Ou bien en est-il, comme nous l'avons déjà suggéré, qui ne viennent qu'une fois faire leur visite au Soleil, qui, avant de subir l'influence de son attraction, avant de pénétrer dans la sphère de son activité, lui étaient tout à fait étrangères ?

Théoriquement parlant, la réponse n'est pas douteuse. Un corps céleste, décrivant sous l'influence de la gravitation une orbite ayant le Soleil pour foyer, peut également se mouvoir dans une parabole, dans une ellipse, dans une hyperbole. Tout dépend de sa vitesse en un point quelconque de son parcours, de cette vitesse comparée à l'intensité de la gravitation au même point. Pour fixer les idées, prenons un point dont la distance au Soleil égale la moyenne distance de la Terre ; et supposons l'astre aiTivé à ce point. Pour une certaine vi-

tesse, que nous avons appelée vitesse elliptique ou planétaire, Torbite est un cercle ou une ellipse ; pour une vitesse plus grande (égale à la vitesse moyenne de la Terre multipliée par le nombre 1,414 ou [/t)y la courbe est une parabole, aux branches infinies ; au delà, c'est une hyper^ bole, autre courbe aux branches infinies.

La question se réduit donc à celle-ci : y a-t-il dans les comètes connues des orbites véritablement paraboliques ou hyperboliques? Pour la parabole, il peut y avoir doute; car il est toujours permis de supposer que les orbites paraboliques sont des ellipses extrêmement allongées ou à excentricités considérables. Mais s'il en est qui aient le caractère manifestement hyperbolique, c'est-à-dire dont l'excentricité surpasse certainement Tunité, il n'y a plus de doute possible, car alors la courbe décrite n'est plus enveloppée par la parabole, elle la dépasse ou Tenveloppe, et par conséquent la confusion avec une courbe fermée, avec une orbite elliptique, n'est plus possible. Or, parmi les éléments calculés des comètes, il en est un certain nombre dont les orbites présentent manifestement ce caractère. Citons celles qui, selon l'avis de M. Hœk, méritent sous ce rapport un certain degré de confiance :

EXCKNTRICmi DMTAACB P^lUBiUS

Comète 182/i H 1,00173 1,05

Dans le catalogue des comètes donné par M. Watson, nous trouvons encore plusieurs comètes à orbites hyperboliques, celles de 1729, de 1771, de 1773 et de 1774, ayant respectivement pour excentricités 1 ,00503 , 1 ,00937, 1,00249 et 1,02830; ajoutons-y la comète II! 1833, dont Texcentricité est 1,00026. Comme le nombre des comètes cataloguées est d'environ 311, ou voit qu'il y en a une sur vingt-deux à peu près qui, certainement, est étrangère au système solaire. Il est donc possible qu'un certain nombre, p€irmi les comètes non périodiques, décrivent des hyperboles, dont la portion visible s'est confondue pour nous avec un arc de parabole; toutes les autres auraient pour orbites des ellipses excessivement allongées; et ainsi se trouverait confirmée l'hypothèse que Laplace formule en ces termes dans le dernier chapitre de V Exposition du système du monde :

« En rattachant, dit-il, la formation des comètes à celle des nébuleuses, on peut les regarder comme de petites nébuleuses errantes de système en système solaire, et formées par la condensation de la matière nébuleuse répandue avec tant de profusion dans l'univers. Les comètes seraient ainsi, par rapport à notre système, ce que les aérolithes sont relativement à la Terre, à laquelle ils paraissent étrangers. Lorsque ces astres deviennent visibles pour nous, ils oflFrent une ressemblance si parfaite avec les nébuleuses, qu'on les confond souvent avec elles, et ce n'est que par leur mouvement ou par la connaissance de toutes les nébuleuses renfermées dans la partie du ciel où ils se meuvent, qu'on parvient à les distinguer. »

Dans la fameuse note qui termine V Exposition du système du mande^ note où l'illustre géomètre a exprimé ses vues sur la formation des planètes et du Soleil, il ajoute, en parlant des comètes : « On voit que lorsqu'elles parviennent

dans la partie de Tespace où rattraction du Soleil est prédominante, il les force à décrire des orbes elliptiques ou hyperboliques. Mais leurs vitesses étant également possibles suivant toutes les directions, elles doivent se mouvoir indifféremment dans tous les sens et sous toutes les inclinaisons à Técliptique ; ce qui est conforme à ce que Ton observe. »

Laplace examine ensuite pourquoi les orbites hyperboliques sont si rares, et de fait, à l'époque où il écrivait, on n'en connaissait aucune qui eût certainement ce caractère, et il conclut que cela tient aux conditions de visibiUté qui ne rendent les comètes observables que lorsque leur distance périhélie est peu considérable. « On conçoit, dit-il alors, que, pour approcher si près du Soleil, leur vitesse au moment de leur entrée dans sa sphère d'activité doit avoir une grandeur et une direction comprises dans d'étroites limites. En déterminant, par l'analyse des probabilités, le rapport des chances qui dans ces limites donnent une hyperbole sensible, aux chances qui donnent un orbe que Ton puisse confondre avec une parabole, j'ai trouvé qu'il y a six mille au moins à parier contre l'unité, qu'une nébuleuse qui pénètre dans la sphère d'activité du Soleil, de manière à pouvoir être observée, décrira ou une ellipse très-prolongée, ou une hyperbole qui par la grandeur de son axe, se confondra sensiblement avec une parabole, dans la partie que Ton observe : il n'est donc pas surprenant, conclut Laplace, que jusqu'ici Ton n ait point reconnu de mouvements hyperboliques. » Mais, depuis près d'un siècle, les progrès de l'astronomie pratique et théorique ont rendu plus précise la détermination des orbites cométaires, et accru les chances dont il avait calculé le rapport.

Quant aux orbites véritablement paraboliques, elles ue

APERÇr SUR L'ORIGINE DES COMÈTES \i<)

peuvent être qu'une exception, un eus singulier : dès qu'on imagine une comète parabolique pénétrant dans la sphère du système planétaire, la moindre perturbation, modifiant la vitesse dans un sens ou dans l'autre, va transformer l'orbite soit en parabole, soit en ellipse, rejeter dès lors la comète hors de notre système, ou au contraire k contraindre à devenir un satellite périodique du Soleil.

§ 111 — Aperçu sur l'origine des comètes

Toutes les comètes qui visilent le monde solaire lui ont-elles appartenu toujours ? Modifications probables des orbites primiti?es par les perturbations planétaires. Cause de la diminution lente des périodes de certaines comètes.

L'origine des comètes est une question aussi intéressante que difficile.

En comparant toutes les orbites calculées, on voit qu'on passe, d'une façon pour ainsi dire insensible, des comètes à courtes périodes aux comètes à périodes immensément longues, et de là à celles dont le grand axe a des dimensions infinies. Si les dernières sont étrangères au monde solaire, les premières lui ont-elles appartenu toujours ? S'il en était ainsi, pourquoi les comètes périodiques offrent-elles, dans les éléments de leurs orbites, comme dans leur constitution physique, de si profondes, de si radicales difierences avec les planètes? Pourquoi ces inclinaisons dans tous les sens, ces mouvements tantôt directs, tantôt rétrogrades? Pourquoi ces faibles masses, ces apparences vaporeuses, ces changements si rapides d'aspect, la naissance et le développement des queues ?

D'autre part, si les comètes ont toutes une origine extrasolaire, pourquoi toutes les orbites n'ont-elles pas un grand

axe au moins éjçal au rayon de la sphère (Vactivité du Soleil ?

Il est difficile de répondre aux premières questions, dans rhypothèsc d'une origine commune aux comètes et aux planètes. Si Ton admet, au contraire, que les comètes viennent toutes des profondeurs de l'univers sidéral, on peut expliquer la faible excentricité relative de certaines orbites peu* les actions perturbatrices des masses planétaires qui ont modifié les orbites primitives. Nous avons vu que des per-^ turbations en sens contraire ont pu rejeter certaines comètes hors du système, et qu'ainsi s'explique la disparition de quelques comètes périodiques. Du reste, indépendamment de cette cause de changement, il en est mie autre qui tient également à la petitesse des masses des comètes : c'est celle qui agit en diminuant d'une façon continue la révolution périodique des comètes d'Encke et de d'Arrest : qu'il s'agisse de la résistance d'un milieu ou d'une force répulsive, composante de l'activité rayonnante du Soleil, le résultat est le même ; c'est une diminution progressive de la moyenne distance des comètes au Soleil, et, à la longue, la réunion de leur masse vaporeuse au globe solaire.

Dans un ouvrage qui dans notre pensée formera comme la seconde partie de celui que nous publions ici et qui sera consacré aux Etoiles filantes, on donnera des preuves nouvelles de cette origine des comètes ; on les verra surgir de tous les points de l'espace, dans leurs pérégrinations de monde en monde, venir tourbillonner autour du Soleil, comme des papillons autour de la flamme d'une chandelle ; les unes, pour s'y consumer et alimenter le foyer incandescent, les autres pour se disperser en longues traînées et répandre dans les espaces planétaires la poussière de leurs atomes. Les traînées d'artifices qui varient le spectacle si grandiose, mais toujours le même, des nuits étoilées de la

Terre, ce sont des fragments de comètes dispersées qui nous les fournissent. Qui sait si ce n'est pas, pour les planètes, un moyen d'accroître leurs masses, que la rencontre incessante de ces corpuscules cosmiques? Qui sait si les comètes ne jouent pas ainsi un rôle important dans la formation et révolution des systèmes planétaires? Ce rôle qui, vis-à-vis de notre énorme plêmète d'une part, et de notre courte existence d'autre part, semble si peu de chose, a peut-être une influence très-sen$ible à la longue sur la masse de la Terre : cette influence a pour elle le temps, les millions de siècles, et la matière des nébuleuses « répandue, conmie dit Laplace, avec tant de profusion dans l'univers » .

§ IV — Les systèbies de Comètes

Des comètes qui ont ou semblent avoir une origine commune. — Les comètes doubles. — Les systèmes de comètes selon M. Hœk. — Distribution des aphélies sur la voûte céleste ; région du ciel particulièrement riche en aphélies.

Quand on cherche à se faire une idée, d'après les données actuelles de la science,, de la constitution de l'univers visible, on voit que les corps célestes dont cet ensemble se compose sont partout distribués en groupes, en associations dont le lien commun est la gravitation universelle.

Il existe des systèmes planétaires : au foyer de ces groupes est une étoile, un soleil central, dont la masse prépondérante retient autour de lui, circulant dans des orbites régulières, d'autres astres ou planètes, auxquels ce soleil distribue chaleur et lumière ; quelques-unes de ces planètes forment, avec leurs satellites, des groupes ou systèmes secondaires. Notre système planétaire est le type des associations astrales de ce genre.

I5i LES COMÈTES

Il existe des systèmes stellaireSj ou groupes de deux, trois ou plusieurs soleils gravitant les uns autour des autres, probablement suivant les mêmes lois. Ces systèmes sont euxmêmes les éléments d'associations plus vastes, qui, comme les nébuleuses résolubles connues sous le nom à! amas stellairesy se composent de myriades de soleils : notre Voie Lactée est un des plus spleudides échantillons de ces agglomérations immenses.

Les nébuleuses elles-mêmes paraissent, en certaines régions du ciel, se grouper en systèmes, de sorte que le plan général de T univers se résume en une vaste synthèse d'associations de divers ordres, s'embrassant les unes les autres à Tinfini, sans qu'aucun des individus, ou astres par^ ticuliers qui les forment, échappe à la nécessité de faire partie de quelque groupe.

Y a-t-il pareillement des systèmes de comètes ?

11 est d'abord certain que, parmi les comètes, il en est qui sont attachées à notre système planétaire. Etrangères à l'origine, elles s'y sont trouvées reliées par des actions perturbatrices des masses planétaires, et désormais elles font partie intégrante du groupe. Nous avons vu qu'il est possible que ces comètes, par des perturbations en sens opposé, s'échappent un jour du lien de l'attraction solaire; mais d'autres, au contraire, ne pouvant résister, grâce à la faiblesse de leurs masses, aux causes qui tendent à les précipiter au foyer de leur mouvement, iront s'y joindre un jour en se confondant dans la masse centrale ; ou bien, désagrégées et disséminées dans les espaces interplanétaires par les perturbations successives des masses des planètes, elles constitueront une sorte de milieu résistant dont les éléments accroîtront à la longue ces derniers corps.

Nous pouvons déjà du reste faire une réponse à la question posée. On a vu se dédoubler la comète de Biela, et maintenant

Ton peut dire que les deux astres jumeaux, voyageant ensemble, présentent un embryon de système cométaire. La comète observée en 1860 par M. Liais offre un exemple d'un autre genre, puisque si les deux comètes qui la constituent s'éloignent du Soleil en conservant leur distance, et sortent du système, elles constitueront dans l'espace un groupe de deux comètes indépendantes.

Mais toutes les autres comètes, j'entends les comètes non périodiques, celles qui décrivent des paraboles ou des hyperboles, sont-elles de simples voyageuses indépendantes, courant de système solaire en système solaire, sans jamais fixer nulle part leur course vagabonde ? N'est-il point, parmi ces déclassées, des comètes groupées ensemble et parcourant leurs longues orbites de conserve ?

La question ainsi posée paraît susceptible d'une solution directe, comme le témoignent les recherches faites dans ce sens par un astronome hollandais contemporain, M. Hœk. Ce savant, en étudiant et comparant les éléments de diverses comètes, est arrivé à reconnaître qu'un certain nombre d'entre elles paraissent avoir une origine commune, qu'elles formaient, avant de pénétrer dans la sphère d'attraction du Soleil, des groupes ou systèmes, ce qu'il prouve en faisant voir que ces astres ont eu jadis, se trouvant alors à une faible distance les uns des autres, un mouvement initial de même direction et de même vitesse. Du reste, dans sa pensée, les comètes à orbites elliptiques ou périodiques sont l'exception : l'immense majorité des comètes se meut dans des courbes à branches infinies. Elles nous arrivent, isolées et par groupe, des profondeurs sidérales ; elles sont envoyées dans notre système par quelque étoile, dont elles se sont assez éloignées pour échapper à la prépondérance de leur attraction et tomber temporairement sous l'influence de l'attraction de notre propre Soleil. Mais à quel caractère M. Hœk a-t-il

reconnu que certaines comètes émanent du même foyer, peuvent être considérées comme ayant probablement une commune ^origine ? Pour résoudre cette question difficile , l'astronome hollandais a comparé les éléments des comètes déterminées avec une suffisante exactitude, les comètes cataloguées depuis 1556 par exemple. Il a déterminé la position de leurs aphélies, et réuni d'abord entre elles les comètes dont les apparitions n'étaient pas séparées par des intervalles de plus de dix années et dont les aphélies ne mesuraient pas, dans le ciel, une distance apparente ou angulaire de plus de 10 degrés. Il a cherché de plus si les orbites des comètes ainsi groupées trois par trois ou en plus grand nombre , n'avaient pas des points d'intersection communs.

Prenons, d'après M. Hœk, un premier exemple. Considérons les comètes de 1672, de 1677 et de 1683, puis les comètes 1860 III, 1863 I et 1863 VI. Voici les positions des aphélies de ces six comètes :

LOMOrniDES LATITDIUU

1863 IV 313«,9 76%/i

Les différences en longitude, mesurées sur un arc de grand cercle équivalent, pour chaque groupe, à un peu plus de 3 degrés. Il y a donc là une remarquable coincidence. Mais, si l'on cherche les points d'intersection des orbites des comètes, on arrive à une coïncidence plus étonnante encore, car on trouve que ces points sont groupés dans une région du ciel dont l'étendue n'est pas de 2 degrés, vers 319** de longitude et 78"* de latitude australe. En joignant le Soleil par une ligne droite à l'étoile 7 de l'Hydre, on a la commune

intersection des cinq orbites. Il est donc extrêmement vraisemblable que ces cinq astres émanent d'un même foyer cométaire. Si d'ailleurs on cherche à quelles distances du Soleil se sont trouvées dans le passé les comètes de ce système, voici le résultat auquel M. Hœk arrive en prenant pour unité de distance le rayon moyen de Torbite de la Terre :

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