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DOUBLES QUEUES DES COMÈTES

avec une grande rapidité ; mais elle est fprDiée d'une seule tramée lumineuse. Cependant on peut citer plusieurs exemples de queues doubles et mémo multiples. Les comètes de 1807 et de 1843 avaient une double queue, ou, ce qui revient au même, une queue formée de deux branches, de longueurs très-inégales. Il en était de même de la comète de i 823, sur laquelle Arago donne les détails suivants :

a Le 23 janvier 1 824, la comète, outre sa queue ordinaire opposée au Soleil, en avait une autre dirigée vers cet astre, ce qui lui donnait quelque ressemblance avec la grande

nébuleuse d'Andromède. La première queue paraissait embrasser un espace d'environ 5° ; la longueur de la seconde n'était guère que de 4° ; leurs axes formaient entre eux uu angle très-obtus, peu différent de 180° (ftg. 25). Près de la comète, la queue extraordinaire se voyait à peine : le maximum d'éclat était à 2" de distance du noyau. Dans les premiers jours de février, on n'apercevait plus que la queue opposée au Soleil ; l'auti-e avait disparu ou s'était tellement affaiblie, que les meilleures lunettes de nuit, par le temps le plus serein, n'en présentaient aucune trace. »

Les comètes de 1 850 I et de 1 851 IV (fig. 26 et 27) ont

mi LES COMÈTES

offert le même phénomène de deux queues inégales, dont la

moins longue se trouvait dirigée vers le Soleil.

Les observations et les dessins de Messier montrent que

la grande comète de i769 eut, sinon une queue multiple, du moins des jeta latéraux de lumière, formant comme deux queues secondaires, partant du noyau, beaucoup plus petites d'ailleurs et moins étendues en laideur que la queue principale, et formant des angles inégaux avec l'axe de cette dernièi-o. Les unes et les autres étaient reetilignes, ainsi

Fio. 27.— Comète do 1851. qu'on peut le voir sur la planche IV.

La comète de Donati a offert, en 1858, une semblable particularité. Outre la queue principale, remarquable par son étendue, sa courbure et son éclat, on aperçut d'abord une, puis deux traînées lumineuses, beaucoup plus fnibles, reetilignes, on du moins paraissant telles au premier aspect, et à peu près tangentes aux deux courbes lirnîtimt la grande queue. Les figures de la planche VII et de la planche IX donnent une idée très-exacte de ce phénomène qui a été observé en Europe par Schwabe (de Dessau) dès le \{ septembre, puis par Hind à Londres et par Winnecke et Struve à Poulkowa. En Amérique, les queues secondaires de la comète de Donati ont été étudiées et dessinées avec beaucoup de soin par Bond, à l'observatoire d'Harward Collège. En suivant le développement de ces appendices intéressants sur les belles planches du grand ouvrage consacré à cette comète par l'astrormme américain , on remai'que les circonstances dont voici le détail :

Le 27 septembre, on commence à voir une légère queue

llOMftTES A IJIEUES MULTIPLES 1N5

reetiligne, en partie masquée par la queue principale, et à peu près de même longueur qu'elle ; elle semble tangente à la partie concave de la courbure ; mt^me apparence le 28 ; le 29, elle commence à se rapprocher du noyau ; ic 30, elle estàpeine visible; mais, les jours suivantsjusqu'au 3 octobre, elle se distingue mieux : elle est alors plus longue de moitit! que la queue principale. Le 4 du même mois, une seconde

FiG. 28. — Queue »cilup1e de lu comète de 17ia, d'nprè) Chégcoui.

queue reetiligne, moins longue que l'autre, se montre, faisant avec la première un angle sensiblement égal à l'angle des deux bords courbes de la queue principale, à partir du noyau. Le 5, c'est la plus longue qui est aussi la plus vive et la plus large. Les 6, 7 et 8 octobre , la plus longue des queues secondaires se voit seule; mais le 9, la seconde a reparu, à la vérité pour la dernière fois. A cette date, la convexité de la queue principale s'est accentuée, et la plus longue des queues recliligues, toujours tangente à cette convexité, est elle-même notablement courbée à sa partie inférieure, de sorte que, prolongée en ligne droite, elle ne

va plus aboutir au noyau de la comète. Ces apparences singulières permettent de considérer la comète de Donati comme ayant eu une triple queue.

Au siècle dernier a été observée une comète dont la queue, disposée en éventail, a présenté jusqu'à six branches distinctes. C'est la fameuse comète de 1744 ou de Chéseaux. La figure 28 représente, d'après les dessins de cet astronome, la queue sextuple dont nous parlons. C'est à la date du 8 mars que cette apparence a été la plus sensible : les six branches divergentes de la queue s'échappaient du noyau sous la forme de courbes lumineuses dont les rayons extrêmes comprenaient un angle d'environ 60**, les plus longs se trouvant vei's la partie concave. Chéseaux vit l'astre se lever avant le Soleil, et le large éventail surgir au-dessus de l'horizon bien avant que le noyau fût visible : ce curieux phénomène a été dessiné, à Lausanne, par l'observateur, et c'est d'après l'esquisse originale que nous avons composé notre planche V.

Il y a bientôt quatorze ans, on a observé en Europe et en Amérique une belle comète (comète 1861 II) qui nous intéresse à bien des points de vue. D'abord, c'est une des comètes à longue période que nous avons mentionnées ; elle effectue en 422 ans environ sa révolution circumsolaire. De plus, comme nous le verrons bientôt, selon toute probabilité, la Terre a traversé sa queue le 30 du mois de juin 1861, événement au moins curieux, ne fût-ce que par l'absence de toute conséquence fâcheuse pour les habitants de la Terre. Enfin, la comète dont il s'agit a été, précisément à cette date du 30 juin, remarquable par sa belle queue en éventail, dont les longs rayons divergents lui donnent quelque ressemblance avec la comète de 1744. Le dessin que nous re-

COMÈTES A QUEliES MULTIPLES 187

produisons ici (fîg. 30), dû à M. G. Williams, de Liverpool, montre toutefois une différence frappante dans la forme des appendices des deux comètes. Tous les rayons qui composent la queue multiple de la comète de 1861 sont sensiblement reclilignes et émergent de la tête de la comète ; seuls les rayons extrêmes, dont l'angle mesurait environ 75°, sont détachés du noyau, tandis que les plus longs

Fio. 39. — Queue ea éveDlail de la ^inde comète de 1S61. D'aprèi roburvatioa dn 30 juia et le de«iin de M. G. WUlUms.

rayons internes affectent une légère courbure dont la concavité est tournée vers l'extérieur.

Avant de s'être montrée sous cette forme singulière, la grande comète de 1861 avait paru pourvue de deux queues d'iuégale longueur, faisant un angle d'environ i 3°. Les dessins que donne M. Liais pour les dates du 19 au 28 juin ne laissent à cet égard auçuu doute. Ceux que nous reproduisons

ici (fig. 30} d'après e P. Secchi montrent la comète à deux jours d'intervalle. Le 30 juin, la Terre passant précisément dans le plan de l'orbite, les deux qiieucs, l'une longue et miuce, l'autre plus courte et plus large, se projetaient pour nous l'une sur l'autre. Le 2 juillet, la Terre déjà hors du plan les voyait séparées. Le dessin de M. Williams donnant l'aspect de la queue pour le même jour, il semble singulier que cet aspect ait pu être si différent pour les deux obsçrvateurs.

Mais s'il est vrai que la queue de la comète ait été entièrement dirigée vers nous, la divergence des rayons n'est qu'un effet de perspective, qui a dû changer avec une grande promptitude, vu l'extrême vitesse relative des mouvements des deux astres.

Ainsi le nomlire, comme la forme et la dimension desqueues cométalres, sont choses variables, non-seulement quand ou compare entre elles des comètes distinctes, mais quand il s'agit de la même comète à des époques différentes; et cette variation est due à Fia. 30. — 1.68 deux queuci dcux causes : d'abofd à des change-

àc la comÈle de 188), ,

d'après le P. Secchi. Le meuts récIs qui S effectuent au sein de

30 juin et le 3 juillet. ,,,.., ■ .-, .

1 astre lui-même, avec une rapidité souvent prodigieuse ; puis ù des effets d'optique ou plutôt de perspective, que le mouvement rapide de la comète dans son orbite et celui de la Terre dans la sienne produisent nécessairement dans l'aspect des diveifes parties de la tête, du noyau et de la queue.

II faut citer encore, parmi les comètes à queues multiples,

NOMBRE DES QUElîES DES COiMÈTES 189

celle que Dunlop observa en 1825, en Australie. Elle avait une queue formée de cinq branches inégales et distinctes, ce A l'^l/S de la tète, les rayons des diverses queues se croisent et divergent ensuite indéfiniment. » Arago, après avoir cité ce passage, mentionne encore comme une comète à queue double la comète 1845 111, laquelle c< présentait une queue de 2"" 1/2 de long, divisée en deux branches, par une ligne noire » . Mais, à ce compte, un grand nombre de comètes n'ayant qu'une queue pourraient être considérées comme ayant une queue double, puisqu'il arrive fréquemment que les deux bords de la queue sont plus brillants que l'espace qui les sépare, et que le plus souvent en outre ils sont d'inégale longueur et d'inégal éclat. C'est ce que fait M. Liais, qui regarde les queues des grandes comètes de 1858, de 1 860 et de 1 861 , comme formées en réalité de deux queues, dont la plus longue et la moins large est située à peu près dans le prolongement du rayon vecteur ou de la ligne qui joint le noyau au Soleil : l'autre queue, plus courte mais plus étalée, fait avec la première un certain angle; quelquefois, par suite de la position de la Terre par rapport au plan de l'orbite de la comète, les deux queues, se projetant l'une sur l'autre, se confondent pour nous en une seule : c'est ce qu'on vient de voir dans la comète de 1 861 . Du reste, la question ainsi posée n'a pas grand intérêt ; la distinction des queues ou leur multiplicité n'a une réelle importance qu'au point de vue de leur origine, de la cause physique qui leur donne naissance.

I VI — Formes diverses des qoeuës des comètes

Formel élémentaire! dei queues. — Queues rectilignet, di<tergente> ou couTergentei p«r rapport i la tète de U comète. — Queues cométaires à timple ou k double courbure; comètes de 1811 et de 1769. — Formes biurres des appendicci comélairei d'après les anciennes obierrations.

(jiie les queues dos comètes soient simples, doubles ou multiples, les formes sous lesquelles elles se présentent à

FiG. 31. — Comète de Winnecke, le 19 juin 1868.

l'observateur, quelque variées qu'elles soient, peuvent aisément se ramener à deux ou trois formes élémentaires.

Il y a d'abord les comètes à queues rectUigneSj c'est-àdire dont les rayons lumineux qui s'échappent de la tête se projettent sur le ciel comme des lignes sensiblement droites. Tantôt c'est, comme dans les comètes de 1843 et de 1769, et de Biela en 1846, un long ruban de lumière, à peu près partout de même largeur, et quelquefois variant peu d'intensité.

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