FORMES DES QUEUES DES COMETES
fît maintes fois courir à la chrétienté, voyaient autant de présages de guerres menaçantes ; c'est sans doute aussi la Cornue des anciens, Tune des espèces de comètes mentionnées par Pline. On en trouve des exemples assez nombreux dans les anciens dessins, et la comète de 1 577 dont nous avons donné le fac-similé (planche IV) peut être considérée comme un modèle du genre. Mais n'oublions pas que les observateurs d'autrefois n'étaient pas toujours de scrupuleux dessinateurs, qu'ils ne se faisaient pas faute d'ajouter à la nature les fantaisies de leur imagination : une preuve curieuse de cette singulière manie se retrouve jusque dans Hévélius. Ce savant laborieux et instruit, voulant représenter dans sa Cométographie l'espèce de comète que Pline assimile, sous le nom de Xiphias^ à une épée, n'oublie pas la poignée de l'arme. On trouvera, au numéro 9 de la planche lll (page 172), le facsimilé de ce dessin par trop fantaisiste.
La courbure des queues cométaires a généralement le même sens dans toute l'étendue de ces appendices, de sorte que Tun des bords latéraux tournant sa convexité vers une région du ciel, l'autre bord tourne sa concavité vers la région opposée : exemples, la comète de 1811, la comète de Donati et beaucoup d'autres. Cependant les deux queues de la comète de 1807 avaient leur courbure en sens opposé, et un dessin de la même comète de 1811 que nous trouvons dans Chambers et dans l'atlas d'A. Keith Johnston, représente un phénomène analogue. Une forme plus rare et dont nous ne connaissons qu'un exemple, est mentionnée par Pingre en ces termes : ce Nous avons remarqué, feu M. de la Nux à l'île de Bourbon, et nous entre Ténériffe et Cadiz, que la queue de la comète de 1 769 étoit doublement courbée vers son extrémité; elle représentoit comme la figure d'une cr). » N'oublions pas que c'est de la même comète que Messier a donné plusieurs dessins où la queue est
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représentée comme un ruban rectiligne plus brillant sur les bords que dans l'axe ou à Tintérieur. Cette dernière particularité est aussi assez générale ; néanmoins le contraire peut se présenter ; c'est ce qui est arrivé pour la comète de 1618. « On vit à Rome, dit Pingre, une espèce de noyau, comme l'appelle Ilévélius, dans la queue de la dernière comète de 1618; c'étoit comme une ligne ou un trait éclatant qui , tel que la moelle d'un arbre , s'étendoit dans toute la longueur de la queue, en divisant en deux sa largeur. Kepler et Schickard virent ce même phénomène, mais il ne divisait pas alors la largeur de la queue ; il côt(»yoit un de ses bords, Ce qui est plus conforme à ce qui est ordinairement observé. »
En dehors des formes que nous venons de décrire et qui sont assez régulières pour ^tre susceptibles d'une définition précise, les queues des comètes peuvent affecter des apparences irrégulières et bizarres. Dans les récits relatifs aux grandes comètes historiques, vues à l'œil nu par des observateurs qui n'étaient souvent rien moins qu'astronomes, on trouve la mention des apparences les plus singulières : mais on ne peut guère ajouter foi à des descriptions, naïves peut-être, mais à coup sûr altérées par les croyances superstitieuses des témoins. C'est aux astronomes modernes à suivre, avec une fidélité scrupuleuse et à dessiner, à mesux'e qu'ils les voient se modifier au foyer de leui*s télescopes, toutes les formes des noyaux, des atmosphères et des queues cométaires. Les évolutions de ces phénomènes sont encore peu connues, et on devra les étudier sans idée préconçue, si l'on veut édifier une théorie qui soit à l'abri des démentis de l'observation. Or le seul moyen de découvrir la vérité, en astronomie comme dans toutes les sciences naturelles, c'est de commencer par recueillir des faits, c'est de raisonner et de s'appuyer sur des faits.
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§ VII — Longueur des queues des Comètes
Dimensions apparentes et dimensions réelles des plus grandes queues observées. — Formation et développement des appendices cométaires ; leur disparition. — Variations de longueur dans la queue de la comète de HuUey, à ses diverses apparitions. — Grande comète de 1858 ou de Donati.
Puisque nous avons commencé à faire la statistique des divers éléments des comètes, donnons aussi quelques détails sur les dimensions apparentes et sur les dimensions réelles des queues. Nous n'aurons d'abord en vue, pour chaque appendice cométaire, que les dimensions raaxima sous lesquelles cet appendice a été vu de la Terre, dimensionsqui se mesurent en degrés, selon rétendue apparente que les queues ont occupée sur la voûte céleste. Des dimensions apparentes, nous passerons ensuite aux dimensions réelles, évaluées en kilomètres ou en lieues. Sous le premier rapport, Téchelle des grandeurs variera des plus petites aux plus considérables, depuis la queue de 2"* 1/2 de la comète de 1 851 , jusqu'à l'immense queue de 100'' qu'eut la comète de 1264, jusqu'à celle, plus grande encore, de la comète de 1861 , qui atteignit 118*" de longueur, dépassant ainsi de 28*" la distance apparente d'un point de l'horizon au zénith. Maïs la différence ne sera pas moins considérable, quand nous comparerons les dimensions vraies. Tandis que la seconde comète de 1811 avait une queue de onze millions de kilomètres, les grandes comètes de 181 11, de 1847 I, de 1687 et de 1843 lançaient dans l'espace, à T opposé du Soleil, des traînées lumineuses immenses, mesurant depuis 176 millions jusqu'à 320 millions de kilomètres, dépassant dès lors le double de la distance du Soleil à la Terre.
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Voici un tableau reufermant quelques-uns de ces éléments :
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La discordance entre les longueurs apparentes et les longueurs réelles est frappante ; il esta peine besoind'en indiquer la raison, et tout le monde a déjà compris qu'elle tient à la façon dont chaque comète présente sa queue à Tobservateur, à l'angle visuel sous lequel on voit de la Terre une ligne plus ou moins inclinée suivant les positions relatives de la Terre, du plan de Forbite de la comète et de la comète elle-même, au moment où les dimensions apparentes ont été mesurées : de la valeur en degrés et de la connaissance des positions dont il s'agit, on déduit ensuite par le calcul la vraie longueur de la traînée lumineuse.
Du reste, les dimensions observées sont loin de concorder toujours entre elles pour une même queue, et de permettre par conséquent Tévaluation exacte des longueurs réelles. Il est très-diflicile de distinguer les limites d'une lueur aussi
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faible que celle de la plupart des queues cométaires, du moins à rextrémité la plus éloignée du noyau. La pureté du ciel, la puissance des instruments, la vue même des observateurs, sont autant d'éléments variables. Lalande disait à ce sujet, dans son Astronomie : « Dans les pays méridionaux, où Ton jouit d'un ciel pur et serein, les queues des comètes se distinguent mieux et paroissent plus longues; la comète de 1 739 parut à Paris presque sans queue, on avoit beaucoup de peine à en distinguer une légère trace d'un ou deux degrés ; tandis qu'à Montpellier, M. de Ratte jugeoit le 29 avril qu'elle avoit bien 25"" dans sa totalité, et la partie la plus lumineuse étoit de 10''. M. de la Nux, à l'île de Bourbon, la vit beaucoup plus grande, par la même raison que la lumière zodiacale y paroit constamment. »
§ VIII — Formation et développement des queues
Variations de longueur dans la queue de la comète de Halley, à ses diverses apparitions. — Mêmes phénomènes pour la comète de Donati en 1858. — Le développement maximum des queues coïncide-t-il toujours avec le passnpfc de la comète au périhélie ?
C'est le moment de constater un phénomène d'une haute importance pour la constitution physique des comètes; j'entends celui du développement et des variations de leurs queues, selon la position que l'astre occupe sur son orbite, c'est-à-dire selon sa distance plus ou moins grande au Soleil.
On a déjà vu que les queues des comètes naissent et se développent souvent pendant leur période de visibilité, et généralement avant leur passage au périhélie. « On a constamment observé, dit Pingre, qu'une comète tendant à son périhélie ne commence à prendre une queue que lorsqu'elle approche du Soleil ; la belle comète de 1680 n avoit pas de queue le 14 novembre, 34 jours avant son péri-
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hélie. La longueur réelle de la queue augmente de jour en jour, et la tête, ou plutôt la chevelure qui environne la tête, semble, au contraire, diminuer. La queue parvient à sa plus grande longueur peu après le passage de la comète par son périhélie; elle diminue ensuite par degrés, de manière cependant qu'à égales distances du périhélie la queue est plus longue après le passage qu'auparavant. On a de plus observé que les comètes dont la distance périhélie excédoit de beaucoup la distance moyenne du Soleil a la Terre, ne prenoient point de queues, et que la queue des autres étoit d'autant plus belle , tout étant d'ailleurs égal, que leur distance périhélie étoit moindre. »
Les lois que formulait ainsi l'auteur de la Cométographie sont-elles vraiment générales, s'appliquent-elles à toutes les comètes connues? Non, sans doute, comme on va le voir bientôt; néanmoins, ce qui reste certain, c'est que le plus souvent il y a une relation évidente entre la naissance, la formation et le développement des queues- cométaires, et la proximité plus ou moins grande de ces astres au Soleil.
Prenons d'abord pour exemple la comète de Halley à son apparition de 183S. Quand elle fit sa première apparition, elle avait l'apparence d'une nébulosité légèrement ovale et pour ainsi dire dépourvue de queue. Le 2 octobre, c'est-à-dire un mois et demi avant son passage au périhélie, qui eut lieu le 16 novembre, on voit se former la queue, qui trois jours plus tard atteint déjà une longueur de 4 à 5 degrés. Les jours suivants, elle croît encore en longueur, et, le 15, elle atteint son maximum, qui fut de 20*". Le 16, elle était déjà réduite à 10 ou 12% le 26 à 7% le 29 à 3% le 5 novembre à 2"" 1/2. (c II y a tout lieu de croire, dit J. Herschel, qu'avant d'arriver au périhélie la queue avait entièrement disparu; car la comète continua d'être observée à Poulkowa, au delà du jour de son passage au périhélie, sans
LA COMÈTE DE DONATl OU DE 1858.
Farmalion e( diveloppement de* appendice! comilairci, d'nprii P.-G. Bond. i.UU wpUmbre 1858. — 2. Le 30 leplerobre.