X PRÉFACE
pace est telle, qu'elles ne peuvent traverser sans dommage les régions sillonnées par les planètes et par le Soleil. La houle que les ondulations de ces astres massifs engendrent dans Téther est si forte, que les Comètes, en naviguant dans ces parages agités, y subissent des avaries considérables : elles s'y disloquent parfois, s'y divisent en fragments; le plus souvent elles y laissent des débris qui voguent dans le sillon tracé par elles. C'est ainsi que les espaces interplanétaires sont parsemés de corpuscules que les planètes rencontrent dans leurs routes périodiques et qui viennent illuminer nos nuits de traînées lumineuses.
Les Etoiles filantes sont dues à ces rencontres.
Dix ans à peine se sont écoulés depuis qu'un savant astronome italien, Schiaparelli , a relié par une vue féconde l'astronomie météorique à l'astronomie cométaire. Si cette théorie hardie, non de l'identité absolue, mais tout au moins de la communauté d'origine des météores et des Comètes, est vraie, quelle iraportance'prennent tout à coup ces derniers astres dans l'économie de l'univers! Eu courant ainsi de monde en monde, en répandant sur leur route, dans le voisinage des astres permanents de chaque système la poussière des éléments dont elles se composent, n'est-il pas vraisemblable qu'elles modifient à la longue la structure de ces astres eux-mêmes? Si l'analyse spectrale ne se trompe, c'est surtout le carbone qui constitue la matière des Comètes, le carbone combiné à quelque autre élément, comme l'hydrogène. Eh bien, voici donc les Comètes qui répandent ces substances si importantes pour les végétaux et les animaux, d'abord dans les intervalles planétaires, puis, par la chute et la combustion des météores, dans les atmosphères des planètes, entretenant peut-être de la sorte la vie à leur surface.
La matière informe , disséminée en amas immenses
PREFACE \i
dans certaines uébuleuses nou résolubles, puis détachée successivement en globules séparés, irait ainsi, décrivant des hyperboles ou d'autres courbes à branches infinies, d'étoile en étoile, de monde en monde : ces amas de matière nous apparaîtraient aux instants de leur passage, soit sous forme de Comète, soit comme de longues traînées de météores.
Ainsi les Comètes, que dans les temps de superstition et d'ignorance on considérait comme des fléaux, seraient plus vraisemblablement, non pas seulement des astres inoffeusifs, mais des astres bienfaisants, des régénérateurs de la vie dans les mondes plus avancés.
Ces vues, il est vrai, ne sont encore que des hypothèses : — nous savons si peu de chose sur le côté de la science astronomique qu'un grand écrivain de notre temps appelait par anticipation V organique céleste j par opposition à la mécani-que céleste^ aujourd'hui presque achevée! — Mais elles suffisent à montrer quel intérêt, scientifique et philosophique s'attache au sujet de cet ouvrage. Les Comètes n'ont fourni jusqu'à présent qu'un chapitre, et des moins étendus, à la science du ciel. Les considérations qui précèdent font assez voir qu'elles jouent dans l'univers un rôle d'une grande importance, et leur histoire mérite de plus amples développements que ceux qu'on leur donne dans la plupart des traités.
Du reste, à côté de riutérèt scientifique, il y a l'intérêt historique : considérées à ce point de vue, les Comètes fourniraient la matière d'un intéressant ouvrage. Dans le livre qu'on va lire, on trouvera quelques chapitres consacrés sommairement à leur histoire, ou à ce qu'on peut appeler l'astrologie cométaire. C'est l'introduction obligée de la partie purement astronomique, sans laquelle il serait diffi-