UÉDOUBLEME.NT DE LA COMÈTE DE BIÉLA
111 — Dédoublement de la Comète de Bœla
Premiers indices du dédoublement de la comète de Gambart ou de Biéla, dans le mois de janvier 18il6. — Observations des deux comètes jumelles en Amérique et en Europe. — Éloignement progressif, puis rapprochement des fragments. — Retour et observations des deux comètes en 1852; leurs distances ont augmenté. — Éléments de l'orbite de chaque comète.
Nous arrivons à des transformations plus singulières encore dans T aspect extérieur des nébulosités cométaires, et surtout à des transformations plus radicales.
Le deuxième retour de la comète de six ans 3/4 depuis 1 826, époque de sa découverte comme comète périodique, ou le onzième retour depuis sa première observation en 1772, a été marqué, avons-nous dit, par un événement mémorable : le dédoublement de Tastre, son partage en deux comètes distinctes. Voici, à ce sujet, quelques détails historiques :
Le 21 décembre 1845, M. Encke avait déjà observé à Berlin la comète de Biéla ; M. Valz la vit à Marseille le 25 du même mois; ni Tun ni Tautre de ces deux astronomes n'avaient aperçu de trace de séparation. Le 19 toutefois, M. Hind signalait vers le nord du noyau une sorte de protubérance : était-ce un premier indice du dédoublement? Quoi qu'il en soit, il parait certain que c'est seulement le 1 S janvier 1 846 que la comète a été vue double à Washington (États-Unis) . En Europe, ce n'est qu'à la date du 15 janvier, quinze jours avant le passage de la comète à son périhélie, que Valz à Marseille, Challis à Cambridge, Encke à Berlin, constatèrent Texistence de deux noyaux séparés.
« Les 1 8 et 20 janvier, dit M. Valz, la comète n'offrit rien de particulier. Seulement, la condensation lumineuse centrale me sembla plus intense qu'aux précédentes apparitions. Le temps couvert ne me permit de revoir la comète que
le 2.7. Je fus alurs tout ébahi de trouver deux uébulosilés à 2' d'intervalle, au lieu d'une seule nébulosité... Hier 29, malgré les nuages, j'ai observé de nouveau la double tète; la tète secondaire est bien plus faible que l'autre. » Chaque noyau était suivi d'une petite qneue dont la direction était perpendiculaire sur la ligne qui joignait les centres des Hoyaux. Les deux noyaux avaient la même vitesse et se mouvaient dans la même direction. A la date du 31 janvier, ^. Hind constatait la séparation rapide des noyaux. Moia'«
Fie. 48. —Comète de Biëla dédoublée, le 19 forier 18A6. D'tprËi nn dcMùt de Slnite.
d'un mois plus tard, l'éloignementdes deux comètes jumelles avait triplé, et d'ailleurs l'aspect de chacxme d'elles était luimême variable, pour ainsi dire d'un jour à l'autre. Tantôt l'un des noyaux l'emportait en éclat , tantôt c'était l'autre, de sorte qu'il était difficile de dire quelle était la comète principale, quelle était la secondaire.
Les figures 48 et 49 donnent, à deux jours d'intervalle, l'aspect et la position relative des noyaux et de leurs queues, le 19 et le 21 février 1846, d'après les dessins de l'astronome russe Otto Struve. On voit qu'alors il n'y avait au-
DK'UOIBLEMENT DE LA COMÈTE DK B[ÉI,A 331
uuiie liaison apparente, aucune communication matérielle entre les deux astres. « La partie du ciel qui les séparait fnt, en un mot, comme le dit Humboldt, notée libre de toute nébulosité à Poulkowa. Or, quelques jours plus tard, le lieutenant Maury aperçut à Washington, avec un instrument dioptrique de Munich, de neuf pouces de diamètre, des rayons que l'ancienne comète envoyait vers la nouvelle, de sorte que , pendant quelque temps , il y eut une sorte de pont jeté de l'une à l'autre. Le 24 mars la petite comète, diminuant insensiblement d'éclat, n'était déjà presque plus
KiG. A9, — Comèle Je Biéla dédoublée, le 21 rétrier IBAG. D'tprès SIruve.
reconnaissable. On vit encore la plus grande jusque vers le 16 ou le 20 avril, où elle disparut à son tour. » {Cosmos, 111, p. 584.)
L'accroissement de l'intervalle apparent des deux noyaux ne prouvait point un éloignement réel des deux fragments de la comète , puisque pendant les ob-scrvations celle-ci s'approchait de la Terre ; mais le calcul des distances vraies a été fait par M. Laugier, puis par M. Plantamour et jiar M. d'Arrest, et il résulte du tableau suivant, dû à celui-
ci, qu'après s'être éloignées jusqu'au 13 février, les deux comètes se seraient ensuite progressivement rapprochées :
KlLOMilMS
Distance des deux noyaux le 1& janvier 18iï6 285 000
— — 3 février 308 000
— — 6 mars 305 000
Les variations d'éclat et d'aspect qu'ont présentées les deux comètes ne furent pas moins remarquables que leurs variations de distance. Toutes deux montraient une condensation lumineuse au centre de leur nébulosité; toutes deux avaient des queues assez courtes, mais parallèles entre elles, a Mais dès la première observation, le 13 janvier, où la nouvelle comète était très-petite et faible en comparaison de l'ancienne, leur différence d'éclat et de grandeur apparente alla en diminuant. Le 1 0 février, elles étaient à peu près égales, bien que la veille la lumière de la Lune, eflTaçant la nouvelle, eut permis à l'ancienne d'être observée. Le 14 et le 16, la nouvelle comète était décidément plus lumineuse que, l'ancienne, présentant en même temps \m noyau vif et brillant comme une étoile, comparé par le lieutenant Maury à un diamant étincelant; mais cet état ne dura point. Dès le 18, l'ancienne comète avait regagné sa supériorité , étant environ deux fois aussi brillante que sa compagne, et offrant un noyau étoile d'une vivacité inusitée. A partir de ce moment, la nouvelle comète faiblit, tout en restant visible jusqu'au 15 mars. Le 24, la comète se montra simple, et, le 22 avril, l'une et l'autre avaient disparu.» (Herschel, Outlines of astronomy.)
LA DOUBLE COMÈTE DE BIBLA EN 185^ â33
La communication lumineuse observée par Maury entre les deux astres, et citée plus haut, mérite aussi d'arrêter l'attention. Outre la queue propre à chaque comète, cet observateur vit un bel arc lumineux qui, comme une arche de pont, s'étendait de l'un à l'autre noyau. C'était à l'époque où la nouvelle comète avait son maximum d'éclat ; et, quand l'ancienne eut repris sa supériorité, elle émit de nouveaux
Fis, 50. — Lesdenxcamèles jumeUet de Biélt, à leur retonr en 18S2. D'après Seccbî.
rayons qui lui donnaient l'apparence d'une comète à trois faibles queues, formant entre elles des angles de 120° et dont l'une joignait les deux comètes.
Ces phénomènes étranges soulèvent des questions du plus haut intérêt. Quelle est la cause qui a déterminé la séparation, le dédoublement de la comète de Biéla? Est-ce le fait d"uûe perturbation extérieure? est-ce au contraire le résultat d'une convulsion intestine? D'oii proviennent ces variations d'éclat, trop frappantes pour qu'on puisse les attribuer à des illusions optiques ? Quand on a observé la séparation pour la première fois, n'était-elle point déjà accomplie depuis un certain temps? Nous croyons, comme M. Liais, que cette
23i LKS COMÈTES
supposition est probable, etqued'un jouràrautreraucieuue comète n'aurait pas projeté à une distance de soixante-dix mille lieues un fragment qui ne s'est éloigné que lentement de Tastre primitif.
On conçoit que les astronomes aient été attentifs quand la comète de Biéla, à son retour de 1852, put être observée de nouveau. En aoiit et septembre de cette année, les deux astres, qui avaient voyagé de conserve pendant toute une révolution, furent aperçus par le professeur Challis à Cambridge, pM le père Secchi à Rome, et par M. Struve. Cette fois les deux comètes étaient en moyenne huit fois plus éloignées qu'à leur passage en 1 846 ; voici en eflTet quelles furent leurs dislances pendant la durée des observations :
KILOliiTRKS
Le 27 août 1852 2 /il? 000
U septembre 2 510 000
11 est à remarquer que le maximum d'éloignement des deux noyaux correspondit, aussi bien en 1846 qu'en 1852, aux jours voisins du passage des comètes à leur périhélie, passage qui eut lieu, en 1846 le 12 février, en 1852 le 23 et le 24 septembre.
Ainsi, on peut considérer les deux comètes comme formant désormais deux astres distincts ; et en effet, de leurs mouvements respectifs on a pu déduire les éléments de leurs orbites, qui, tout ressemblants qu'ils soient et accusant la communauté d'origine, n'en ont pas moins des différences marquées. Voici ces éléments, d'après M. d'Arresl, pour le passage de 1852 :