COLORATION DES LUMIÈRES COMÉTAIRES
d'un bleu pâle, tirant sur le noir. Citons encore les deux comètes « terribles et de couleur noirâtre » dont l'apparition en 1456, avant celle de Halley, est mentionnée par quelques auteurs.
Les observateurs modernes paraissent s'être peu préoccupés de la coloration des lumières cométaires. Cependant nous trouvons dans Arago la comparaison suivante entre la queue de la grande comète de \ 843 et la lumière zodiacale : « Le 19 mars, la queue de la comète, située presque à côté de la lumière zodiacale, était parfaitement blanche, tandis que la lumière zodiacale était évidemment teinte en rouge tirant sur le jaune. » Il ne dit rien de la couleur du noyau. Parmi les nombreuses observations de la comète de Donati, 1858, nous n'avons relevé que les mentions suivantes de sa couleur faites par un observateur de Neuchâtel, M. Jean Jacquet : « Le dimanche 3 octobre, après une journée sans nuages, crépuscule splendide. La ligne sinueuse des montagnes, du côté où le Soleil a disparu, se dessine dans un ciel tout d'or et de feu. 11 est six heures; nous essayons de voir si la comète, vu la pureté de l'atmosphère , serait déjà perceptible. Après quelques instants de recherches, nous la découvrons excessivement petite et pâle, et toujours de cette blancheur argentée d'une planète vue en plein jour. » Deux jours après, le 5 octobre, à la même heure, la comète est visible dans le voisinage d'Arcturus. « Des nuages défilent, dit l'observateur neuchâtelois, longuement pour mon impatience, dans cette partie du ciel où Arcturus réside ; ils se dissipent enfin : je vois une étoile jaune, et un peu au-dessous à sa droite une petite aigrette blanche. Ces deux couleurs me frappent : on dirait que l'étoile est en or et l'aigrette en argent. » (Souvenirs de la comète de 1858.) Il s'agit évidemment là de la couleur de la queue et de l'enveloppe qui entoure le noyau, car le lendemain le même observateur parle
de celui-ci, qu'il retrouve « petit, vif, et de couleur rougcjaune ».
La comète de Coggia (1874 111), observée cet été, a présenté des phénomènes de coloration sensible. Voici, en effet, ce qu'en dit le P. Secchi : « La comète, lorsqu'on l'examinait avec les oculaires ordinaires, était magnifique. Le 9 juillet, elle formait un éventail rougcâtre (par contraste) d'environ 1 80 degrés d'ouverture , à rayons curvilignes et partant d'un noyau jaune-verdâtre. » On voit que l'astronome romain considère la couleur rouge de Téventail comme produite par un effet de contraste. Ce n'est pas l'opinion de M. Tacchini. Après avoir décrit le spectre continu sur lequel se projetait le spectre discontinu du noyau, ce savant ajoute en effet : « Cette belle bemde colorée ne se présentait qu'au passage du noyau, qui, regardé à l'oculaire simple, paraissait d'un blanc verdâtre, taudis que l'éventail était sensiblement rougeâtre même en occultant le noyau\ »
Cette question de la coloration de la lumière dans les diverses parties qui composent une comète, noyau, atmosphère et queue, est intéressante, car elle se lie à celle de la nature de celte lumière, comme nous le verrons plus loin. En y joignant l'analyse par les méthodes spectroscopiques, par les polariscopes, on arrivera sans doute à savoir si les comètes brillent d'une lumière qui leur est propre, ou si elles ne font que réfléchir celle dont le Soleil les éclaire ; peut-être ces deux hypothèses sont-elles également vraies , mais s'il en est ainsi, dans quelle mesure l'atmosphère et le noyau part'cipent-ils à cette double cause de visibilité? Voilà une
i. « Questo bel nastro colorato presentavasi al solo passagio del nucleo, il quale guardato colFoculare semplice appariva bianco-verdastro, mentre il ventaglio era sensibilmente roseo ancbe occultando il nucleo. » {àtemorie delta Socielà dêgli spettroscopisti italiani, Luglio 187/1.