CHAPITRE
L*ASTR0N0M1E COMÉTAIRE, DE L'ANTIQUITÉ JUSQU'A NEWTOiN
§ I — Les Astronomes d'Egypte et de Chaldée et les Comètes
Leâ Es^ptiens et les Chaldéens ont-ils eu quelque connaissance posilive sur les comètes *? Apollonius de Mynde ; les Pythagoriciens considèrent les comètes comme de véritables astres. — Selon Aristote, ce sont des météores passagers; funeste influence de Tautorité de ce grand génie sur les développements de l'astronomie cométaire.
Telle est Thistoire, très-écourtée, des aberrations où est tombé l'esprit humain, il faut plutôt dire l'imagination humaine, à propos des comètes. Nous devons maintenant montrer comment peu à peu, bien lentement il est vrai, la vérité s'est dégagée de Terreur, et à Thistoire des superstitions et des préjugés, opposer celle de la science. Toutes deux sont instructives, et elles s'éclairent Tune l'autre à toutes les périodes de leur mutuel développement. Ainsi, par exemple, on conçoit que l'irrégularité du mouvement des comètes, leur apparition subite, imprévue, Tétrangeté de leur aspect, ont longtemps éloigné les hommes qui étudiaient la nature de l'idée qu'ils avaient affaire à de véritables astres, soumis à des lois régulières comme les planètes. S'il fallut des siècles de travaux, d'observations, de recherches pour arriver à la découverte du vrai système du monde,
en ce qui concerne le Soleil, les planètes et la Terre, la difficulté fut bien autre pour les mouvements et la nature vraie des comètes, puisqu'on ne prit pas la peine d'en faire des observations exactes et suivies. Or ces difficultés, cette pierre d'achoppement pour la science, favorisaient singulièrement au contraire les préjugés, les superstitions, toutes les hypothèses qui aujourd'hui nous apparaissent si saugrenues. D'autre part, la prédominance des idées mystiques détournait encore les astronomes d'une étude qui se trouvait être plutôt du ressort des devins que des savants.
Il n'en est que plus intéressant de voir quelques idées justes, quelques conceptions vraies se faire jour au sein de ces ténèbres de l'ignorance primitive. C'était, il est vrai, dans un temps et dans des pays où la philosophie, non encore obscurcie par les substilités scolastiqucs, s'exerçait librement à expliquer les faits par des hypothèses naturelles ; où, par une intuition hardie et heureuse, l'école pythagoricienne devinait, sans le démontrer, le vrai système du monde.
Est-ce aux Chaldéeus, aux anciens Égyptiens qu'il faut faire remonter la première idée vraie sur la nature des comètes? On pourrait croire qu'ils regardaient les comètes comme des astres assujettis à des mouvements réguliers, non comme de simples météores, s'il était vrai qu'ils eussent été en possession des moyens d'en prédire le retour. Des passages de Diodore de Sicile prouvent bien que les astronomes chaldéens et égyptiens hasardaient de telles prédictions; mais il est probable qu'ils les basaient sur certaines croyances, plus astrologiques qu'astronomiques, ainsi qu'on va pouvoir en juger. Voici, en effet, le passage de Diodore de Sicile relatif aux Chaldéens :
« Les Chaldéens, dit-il, par une longue suite d'observations, ont acquis une connaissance supérieure des mouvements et des corps célestes : connaissance qui les met en état